‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 618 sur 975 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

Les mêmes, GÉDÉON, JULIETTE, OSCaTî.

GÉDÉON. Vivent les receveurs gi'néraux! ou fait chez eux des diners de. ministre.

OSCAR

JULIETTE. Ah! monsieur Thérigny... (,■! Gédéon.) Noiri! iiolairc, un des deux notaires de l'endroit, que je vous pvcscutc.

GÉDÉON. Un notaire, bravo!., j'aime aussi les notaires.

JULIETTE, souriant. Vous aimez tout le monde en sortant de table.

GÉDÉON. C'est vrai, et j'aime surtout le café.

JULIETTE, à Manette. Vite, Manette...

GÉDÉON, à Manette qui sort. Bien chaud!., parce que le café, (Prenant la main d'Oscar.) c'est comme les amis... il faut qu'il soit chaud... Et toi, je ne sais pas ce que tu as... tu es glacé, lu es stupide, tu es là comme un livre de caisse tout ouvert, et sans rien dire.

OSCAR. Du tout, mon oncle, je suis comme à mon ordinaire.

GÉDÉON. Alors, ma pauvre nièce...

OSCAR, à part. Voilà une heure que je crains de voir arriver Athénais... à l'improvistel.. (Haut.) Je voudrais bien vous parler... vous consultei'...

JULIETTE, vivement. Sur notre nouvelle campagne...

THÉRIGNY. Dont je vous apporte le plan et les litres.

oscAu, troublé. Oui... oui... c'est cela.

GÉBÉoN, voyant un domestique qui apporte un plateau. A|n'cs le café... Aussi bieii, j'ai aussi à vous parler d'affaires importantes qui me concernent... et puisquenous voicien famille.. . Restez, monsieur le notaire... vousn'ètes pasde trop. ..j'aurai besoinde vous.

JULIETTE. Vous voulez aussi acheter une campagne...

THÉRIGNY. La même, peut-être...

OSCAR, vivement. Si c'est ainsi... je me retire.

GÉDÉON. Eh! non... c'est bien mieux que cela. (Tout le monde s'assied.) Vous saurez, mes amis, qu'après une jeunesse indéfiniment prolongée, j'éprouve le vague besoin de donner ma démission...

OSCAR. D'inspecteur des finances...

GÉDÉON, prenant le café. Non... de ma vie aventureuse et conquérante. Je vote pour la réforme... je me marie!..

OSCAR ET JULIETTE. VoUS, Ulon OnClC?

GÉDÉopi. Comme un philosophe !.. comme un sage!.. Je ne tiens pas à la fortune.

OSCAR. Vous qui l'aimiez tant!..

GÉDÉON. Pas plus que mes autres maîtresses... Comme je renonce à toutes... autant commencer parcelle-là... J'avais une trentaine de mille livres de rente, dont l'Opéra m'a absorbé la moitié... le chant et la danse... tour à tour, ou simultanément... Et ce qui n;e reste , je veux l'offrir à une femme pauvre, mais belle, vertueuse! C'est une économie... La vertu ne coûte rien.

OSCAR. En vérité !..

GÉDÉON. C'est comme je vous le dis.

JULIETTE, lui prenant la main. C'est bien, mon oncle!., très-bien!.. Je ne m'y attendais pas.

OSCAR. Ni moi non plus... Sans dot!

GÉDÉON. Sans dot!.. Je n'en veux pas... Qu'est-ce que de l'or... de l'argent... des billets de banque... des inscription> de rente?.. Nous ne voyons que cela au ministère des finances... >!ais la candeur, l'iiuiocence !.. voilàdu nouveau dans l'adniiiiisli'ation!.. de l'original, de l'imprévu ! Enfin... vous m'approuvez?

OSCAR. Certainement !

JULIETTE. Et il nous tarde de voir notre nouvelle lante !

GÉDÉON. Vous la verrez dès aujourd'hui... Ou, plutôt, vous la connaissez déjà!

OSCAR ET JULIETTE. Est-il pOSSibIc !

GÉDÉON. Bien mieux encore!.. Elle dépend de vous, OU plutôt de votre mari... car c'est sa pupille...

JULIETTE, OSCAR ET THÉRIGNY, à ta fois. Alhénaïs!.. (Tous se lèvent, excepte Gédéon.)

GÉDÉoîi , les regardant. Eh bien! vous voilà tous 'trois stupéfaits !..

THÉRIGNY. Monsieur...

JULIETTE, le retenant , et à demi- voix. Silence!..

OSCAR. Quoi! mon oncle... Athénais de Beauregard...

GÉDÉON. Que j'ai vue à Paris, et que je trouve charmante!..

OSCAR. Est la... jeune personne...

GÉDÉON. Que je veux épouser... que je demande en mnriage...

OSCAR. A moi !.. (.4 part.) Ah! c'en est trop!., car après tout, c'est mon oncle... (Haut.) et je ne puis souffrir... je ne puis pas consentir...

GÉDÉON. Et pourquoi pas, s'il vous plaît?

OSCAR, troublé. Parce que... parce que...

GÉDÉON. le pressant. Eh bien! achève?

OSCAR, à part. 11 ne voit pas... il ne comprend pas... On a beau lui faire des signes... (Haut.) Parce que la différence d'âge et de caractère...

GÉDÉON. Ça ne te regarde pas.

OSCAR. Feront... qu'indubitablement... il arrivera malheur !..

GÉDÉON. Ça me regarde... El si tu hésites encore, après les services que je fai rendus...

JULIETTE. Lesquels?

OSCAR, à sa femme. Aucun... (.1 Gédéon.) Je voulais seulement, dans votre intérêt... vous dire... vous apprendre... que c'était... (.4 voix basse.) c'était elle!..

GÉDÉON, avec impatience. Qui donc?

OSCAR, a voix basse. La grotte mystérieuse... le ruban bleu...

GÉDÉON , stupéfait. Et cerise... 0 ciel!..

JULIETTE, vivement. Qu'y a-t-il?.. Vous changez de couleur?..

GÉDÉON. Du tout! la couleur n'y fait rien... Mais... votre mari.. .qui, sans doute. ..se trompe... prétend... ou plutôt me donne à entendre...

OSCAR , voulant te faire taire. Mon oncle !..

GÉDÉON. Qu'on accu.sait cette jeune personne de quelque étourderie... quelque légèreté...

THÉRIGNY, s'avancant près d'Oscar. C'est une imposture ! et je défie monsieur Bonnivet, ou qui que ce soit, de citer le moindre fait...

OSCAR, à part. A l'autre, luainlenant... (Haut.) Permettez, j'ai dit que je croyais...

GÉDÉON. Alors, tu n'es donc pas siir...

OSCAR. Si vraiment !..

THERIGNY. Aloi's... Monsicur... vous m'en donnerez à l'instant même... des preuves...

OSCAR. Je ne le puis... Ecoutez-moi...

THÉRIGNY. Je n'écouterai rien... vous parlerez...

JULIETTE. Eh ! oui , Monsieur, il faut parler!..

TOUS. Parlez! parlez!..

OSCAR, à part. Dieu! quelle situation!.. (Haut.) Eh bien! je ne sais rien... Epousez, mon oncle, épousez !

GÉDÉON. Non, non, tu parleras!..

OSCAU. Je ne connais rien... personnellement... mais j'ai entendu dire... vaguement... confusément... et mon oncle aussi... qu'il y a ipielcpies mois, dans un parc... une rencontre... un hasard innocent...

JULIETTE, vivement et riant. N'est-ce que cela?.. Calmez-vous... je sais ce que c'est...

OSCAR

OSCln, tolijours gogumard. Eh bien ! — Acle 3, scène 8.

OSCAR, à part, avec effroi. Ah! mnn Dion!..

jixiETTE. Je iToyais que celte iilaisanlerio ne serait jaiiwis sue...

OSCAR, élot)né. Une iilaisaiiterie !..

jiH.iRTTE. Eh! oui, Monsieui'... Mais clés qu'elle^ lirend la moindre graviti' , ou peut couiprouictlre quelqu'un .. je dois vous apprendre liautenient Fanecdote tout entière...

OSCAR, à part. A moi!.. Voilà qui est curieux!..

Ji'LiETTE. Athénaïs, qui me confiait tout... me raconta un jour qu'elle avait trouvé dans son panier à ouvrage...

OSCAR, bas , à Gédèon. C'est bien cela !..

JULIETTE. Une lettre d'amour!.. Une lettre où l'on o>ait lui demander un rendez- vous!..

GÉDÉo^. Et cette lettre...

JL'LIETTE. Je ne l'ai pas lue... Dans un premier mouvement d'indignation, Athénaïs l'avait jetée au feu.

OSCAR , à part. Je suis sauvé !..

jiii.unTE. El, par discrétion, ou (lar égard, elle ne voulut jamais me nomuicr le coupable...

OSCAR , à pari. Très-bien!..

JULIETTE. .Mais, moi , je voulais qu'il fût découvert et confondu!., et sans en rien dire à Athénaïs... le soir... car c'était le soir...

OSCAR, à part. Elle croit me l'apiirendre!..

JULIETTE. Et par une nuit d'orage... j'envoyai au rendez-vous désigné une personne de confiance...

(jÉiiÉON. Eh! qui donc?

JULIETTE. Manette... ma servante...

OSCAR. Gran 1 Dieu!., quoi! c'était...

CÉDÉON, riant. Délicieux!..

JULIETTE. Oui , Messieurs... Mais le temps était si affreux., que le séducteur avait manqué au rendezdez-vous. .. à ce que nous a dit Manette... et elle revint sans avoir trouvé personne.

OSCAR, à part. La menteuse!..

GÉDÉON, riant. Ah! c'est impayable! parce que mon neveu, qui croyait...

JULIETTE, vivement. Quoi donc?

OSCAR, vivement et à vuix basse. Silence!..

GÊDÉONjie reprenant et riant toujours. Qui croyait...

OSCAR

devoir mn refuser son consentement... à moi , son oncle... fit pour riionneurde la fciniille... C'est bien... n'est trcs-bien ! c'est d'un bon neveu!.. Mais, maintenant, l'orage, lagrotte mystérieuse, la grotte d'iiiiée et de Didon... tout est expliqué... Et alors, plus d'empêchements, plus d'obstacles... Tu ne peux plus me rcluserta signature et la bénédiclion de luteiu'...

OSCAR, arec impalience. Eh! non, sans doute!..

Tl:Élllc^v. Grand Dieu!.. (À Juliette, à voix basse.) Vous l'entendez...

jLXiETTE, de mciiie. Certainement.

GÉDto}i , lias , d Oscar. Alors, dépêchons-nous... car l'empressement du petit notaii'c à te demander tout à l'heure des explications... m'est plus suspect... que tout le reste.

OSCAR, (le même. Vous croyez?..

OEDiioN , de même. Je m'y connais mieux que toi... {Haut.) Passons dans ton cabinet, jeler le projet de contrat. (|ue .Monsieur rédigera dans la l'orme... car moi, qui suis riche... j'entends tout partager avec nia femme, qui ne l'est pas.

JULIETTE. C'est trop généreux !

GÉDÉON. Ainsi, monsieur le notaire, donation mutuelle... régime de la communauté, acquêts de la communauté, et autres protocoles auxquels je n'entends rien... Arrangez tout cela pour le mieux.

OSCAR, à part , ploii'jê dans ses réflexions. C'était Manette!..

cÉDÉo>, qui s'est rapproché de la porte du cabinet. Eh bien !.. viens-tu?

OSCAR , toujours rêvant. Oui , mon oncle.

GÉDÉON. 0 Oscar!., je t'attends !..

OSCAR, tressaillant. Hein?.. (\wnl.. {.4 demi-voix.) Est-il possible de faire de ces plai»anteries-Ui...

GÉDÉON. Je t'ai dit que j'étais pressé... j'ai une visite à faire aux autorités... Adieu, ma niccc... à tantôt... Et toi , mon neveu et mou tuteur... respectable tuteur!., hàtons-nous!.. [Il sort avec Oscar par la porte à droite.)

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