SCÈNE in
JULIETTE, OSCAR
OSCAR , à la cantonade. Je n'entends pas qu'il en soit ainsi ! Et Manette , pourquoi n'est-elle p:is là , (]uand je la demande? l'oui'ipioi s'est-elle absentée sans ma permission?
JULIETTE, à part. Quelle fermeté dois l'organe! Thérigny a raison!., il n'a plus peur! il a retrouval'aplomb et le pouvoir...
osc.iR, avec contentement. Je venais! je respire ! je viens de les gronder tous !.. Il y a si longtemps que cela ne m'était arrivé ! {Apercevant Miette.) Ah! c'est vous, filière amie !
JULIETTE. Moi-même... qui viens vous parler d'affaires.
OSCAR. Je devine! encore celle de la calèche et de la campagne !
JULIETTE. Non |ias!.. celles-là sont accordées.
OSCAR, à pari. Bien malgré moi! et si , mainlenaiit, c'était à refaire.. {Haut et s'asseyant). Enfin, ipie voulez-vous, chère amie? l'arlez vite, car j'atU'uds mon oncle, qui va venir avec les actes tout Jressés, tout préparés, et qui n'attendent plus que ma signature.
JULIETTE. Vous êtes donc décidé à ce mariage '.'
OSCAR. 11 faut bien en finir!., c'est mon seul parent, l'Vst mon oncle... c'est ma famille... et pour mile autres raisons...
JULIETTE, vivement. Lesquelles?
OSCAR, lies raisons trop longues à vous expliiiuer, et conire lesquelb s il n'y a pas d'olijcctious...
JULIETTE. Il en e^t une cependanl que je crois a>sez imporlaiite et qui^ nous ne i.iouvioiis (le\iner... c'est que M. Thérigny est aimé!
OSCAR, Celi lie fait rien à mon oncle.
jiii.iKTVE. Dans ce moment, où la passion l'empêche de r.iisonner! mais, plus tard, il se repentira d'avoir épousé malgré elle une jeune per.somie ([ui , après tout, est sans avenir et sans fortune.
OSCAR, toujours assis et jouant avec sa tabatière. Voilà comment les femmes jugent toujours au liasaril... {D'unair <1e supériorité.) C'estqu'.ai coniraire AIIk-iwis est très-riche.
jui.nviTK. En vérité !
û.^.\<\,ile ««'■"iJ'. Une fortune immense... le cousin est niurt... elle est .seule héritière de cinq cent mille îi\r<s!..
JULUiTTE, eivemtnt. Et votre oncle le savait?
osuR , vivenvut. Il siit toujours ce ipi'il fait.
JUi.iEiTK, à ;)(7)7. Et c'est lui (|ni l'enipurteiMit... et mon pauvre protégé... si ainouivux, si desintéressé! Ah ! ce n'est pas juste !.. Allons , du coiirage! de la générosité! el niôme au prix di; mon pouvoir, sauvons son amour. {Haut et revenant prés d'Oscar fyu' est toujours étendu dans le fauteuil.) Monsieur...
OSCAR, toujours cjot/uenard. Eh bien ! arrivons-nous enfin à celte terrible atliiire dont vous avez à me parler?
JULIETTE. Oui... oui... m'y voici !.. Une afiaire trèscmbrouillée... très-difficile..
OSCAR. Pour vousdutresfeninies,(piiireutendt'z rien à tout cflaet vous effrayez de tout... tandisqueiions...
JULIETTE. C'est pour cela que je m'adresse à vous, qui vous en tirerez beaucoup mieux que moi !..
OSCAR. C'est probable!.. Voyons, chère amie, de quoi s'agit-il?
JULIETTE. Je vous ai raconte ce matin, cette folie... vous savez... la grotte mystérieuse...
OSCAR, à part, et se levant vivement. Ah ! mon Dieu! nous y voilà encore !
JULIETTE, vivement, et à part. \h ! mon règne commence! {Haut.) L'idée que j'avais eue d"en\oyer celte petite .Manette...
OSCAR, vivement. Qui n'y trouva personne... elle vous l'a attesté.
JULIETTE. Oui... mais il paraît qu'elle m'avait trompée... et la preuve, c'est qu'anjourd'hiri même. Monsieur, elle a reçu de son séducleur une somme énorme... qualTO mille francs.
OSCAR. G ciel !.
JULIETTE. Et il par.iit que Chantclonp, son prétendu... un soldat...
oscah. Qui revient d'Afrique...
OSCAR
MANETTE. Oli ! Chanlcloup ! — Acle 2, «cine 12.
JDLiF.rTE. A voulu coiiiiaîlrc d'où lui venait celle somme... et que la pauvre Manette , effrayée de ses menaces, lui a tout avoué... jusqu'au nom de son sé,ducleur...
OSCAR. Que vous savez?..
JULIETTE. Eh! mon Dieu! non... Mais cela ne tardera pas à être puljlic... car, dans sa fureur, dans sa jalousie... Chantcloiip vi^ut ie tuer... Manette nu: l'a dit, si on ne lui l'ait entendre raison... Et moi, que voulez-vous que je dise a ce soldat jali>ij\ et brnlul ?.. Tandis que vous. Monsieur...
OSCAR. Moi?... De quoi voulez-vous que je lui parle?
jvuETTE, froidement. Vous lui parlerez morale, pardon et indulgence envers ceux qui en ont besoin... D'ailleurs, comme vous le disiez tout à l'heure , les hommes ont seuls l'intelligince et l'habitude des al'fail'i^s... de celles-là, surtout... {Lui faisant ta rêvé' rence.) et je vous laisse avec lui.
OSCAR, la retenant, Ma femme!..
JULIETTE. Que me voulez-vous?
QSCM, avec embarras, l'n mot encore..! un seul!..