SCÈNE V
JULIETTE, OSCAR
OSCAR, à part, sur le devayit du théâtre. Pas d'autre moyen de sahit!.. Revenir au classique!., revenir à ma femme... tout lui avouer... D'autant plus , que dans l'instant, elle va tout savoir... (Se retournant
vers Juliette qui fait quelques pas pour sortir.) Clière amie...
JULIETTE. Eh bien ! vous ne descendez point ?
OSCAR, troublé. Pas encore... Je voulais, avant tout... vous parler... vous consulter...
JiLiETTE , lui montrant les papiers qu'il tient à la main. Sur ce contrat... sur ces papiers que vient de vous rometlro votre oncle...
OSCAR, toujours dans le plus grand trouble. Oui... ehcreamie... Votre avis, d'abord.
JULIETTE. En vérité!., vous auriez quelque égard à mes prières...
osc.vR. Moi?.. -Mais tous mes désirs... vous le savez, sont les vôtres'.. Témoin, ce matin, cette campagne... que j'ai été heureux de vous doimer sur-le-champ... sans marchander... Et quant à ce jeune homme. . et à sou inaiiiige...
JULIETTE. Est-il po.ssible?.. Ah! que vous êtes bon et indulgent pour moi !
oicvR. Non... non... c'est moi au contraire qui ai besoin de toute ton indulgence
LAGNY. — Imprimerie de ViiLAT ol Cie. — Hi" O —
OSCAR
jii.iETTE. Comment cela!.. Expliquez-vous ?
OSCAR. Ah! i-'ist là le (lifficilo!.. Vois-tu bien, chère amie... je l'ai éi)ousce par amour!., un amour que le temps n'a pas diminué... au contraire !..
jii.ir.TTE. Eh bien! il n'y a pas de mal à cela...
OSCAR. Non, sans doute... Mais cela est c^uise que je l'ai iiimée avcc un excès... un délire!., nue passion exclusive qui ctiiit peut être un tort!
JiLiETTE. C'est possible... niais il n'y a pas encore grand mal!..
OSCAR. Si vraiment!.. Un homme qui est en adoration continuelle devant sa femme... cela prèle au ridicule, surlont eu province.
JiLiETiE. En vérité!..
OSCAR. Et par crainte desépigrammes... param mrpropre... pas antre chose... car, je te le jure, je ne l'.iimais pas!..
JULIETTE. Comment! Monsieur?..
OSCAR, vivement. Un instant d'erreur et d'oubli... un seul instant... qui m'a pour jamais enlevé le repos!.. Et la preuve, c'est qu'aujourd'hui... de moiuième, et ^ans que rien m'y oblige... r.ccablé d'in- I pi ii'tudes et de remords... j'ai mieux aimé tout avouer, et venir à tes pieds... ijl se jette à yeiiuux.)
jfUErTE, froidement. R(dcvez-vous, Monsieur...
OSCAR. Quoi !.. pas un regard décolère!., et ce pardon...
JULIETTE, de même. M'est d'autant plus facile que voire franchise autorise la mienne... et que, maintenant, je puis sans crainte vous dire à mon tour : Et moi aussi je suis coupable !..
OSCAR, se rel'-vant. Hein?..
JLLIETTE. Jamais, sans vos aveux de tout à l'heure, vous n'auriez connu mon fatal tccret!.. jamiiisje ri'aurais osé vous avouer que je vous avais trompé... et depuis longtemps...
OSCAR. Qw'i^'st-re (pie cela signifie?..
ji LiETTE. Qu'il y a des ménages où Ton s'entend m:dgrè soi !.. Et entre nous, vous le voyez... il y avait encore sympathie!..
OSCAR. Tu me trompes... tu n'es pas coiqiahle !..
JULIETTE. Bien plus que vous, .Monsieur!., car vous m'avez trompée, dites-vous, pour nue personne que vous n'aimiez pas, et moi, pour quelqu'un que j'aimais et que j'aime encore !..
OSCAR. Comment!., la préfecture...
JULIETTE, vivement. .Non, Monsieur!., un autre!..
OSCAR. Quoi!., là... sous mes yeux!.. Et depuis quand?
JULIETTE. Il y a six mois, à peu près...
OSCAR, à part. A la mémo époque que moi !
JULIETTE. On me demandait, par une lettre brûlante, un rendez-vous...
OSCAR. Comme nmi!..
JULIETTE. Ou m'indiquait, à la nuit tombante... la grotte du parc...
OSCAR. Comme moi !..
JULIETTE. A dix heures...
OSCAR. Ah! ce n'est pas possible!.. Ma femme, vous vous mo()uez de moi!..
JULIETTE. Depuis six mois entiers...
OSCAR, lui sautant au cou. Quel bonheur!... Et Manette?..
JULIETTE. C'était moi...
OSCAR, tombant à ijenoux en poussant un cri. .Vh!.. demande... ordonne... Désormais, obéissance absolue...
JULIETTE. C'est ce que je voulais... pas autre chose !