‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 658 sur 975 · PIGEON · texte numérisé non relu

PIGEON

Air : Oui, je suis soldat, moi.

Oui, je suis biset, moi.

Qu'importe la forme?

On peut bien aimer son roi

Sans être en uniforme.

Qu'importe dans cet état Une allure guerrière :

Puisqu'au fait on est soldat,

Sans être militaire.

Oui, je suis biset, moi, etc.

Mais ne vous fâchez pas. Vous savez que je dois être habillé pour la revue : j'ai commandé mon uniforme.

SAINT-LÉON. A la bonne heure.

Air : Ainsi jadis un grand prophèto.

Avec raison chacun s'étonne Qu'un instant l'on puisse hésiter.

Quand parmi nous il n'est personne Qui ne soit fier de le porter!

Non, je ne connais pas en somme D'habit plus noble et plus brillant, Puisqu'il rassure l'honnête homme.

Et qu'il l'ait trembler le méchant.

uoRVAL. Et je vous demande si on peut avoir peur d'un héros en habit marron.

PIGEON. Us ont raison; il est de fait qu'avec un habit marron... j'aurais mieuï fait de prendre ma redingote. La nuit sera froide. (Il se couche.) Ah ! ah !

DORVAL, à Saint-Léon. C'est fort bien, chacun est au corps de garde comme chez soi : M. Pigeon dort, moi je m'ennuie, ces messieurs jouent; et toi, tu rêves sans doute à les amours, car tu fais une mine...

SAINT-LÉON. C'est Vrai, je suis furieux; et quand un jeune homme honnête se présente pour épouser...

DORVAL. Il y en a si peu qui se présentent ainsi !

SAINT-LÉON. Au uioiiis doit-ou le refuser poliment. La lettre la plus impertinente! Ecoute seulement cet endroit-là, je t'en prie : [Lisant.) « Je n'aime pas les « fats, et je crains que ma sœur ne pense comme « moi. Que voulez-vous? c'est un goût de famille. »

DORVAL. Comment ! c'est cette jolie madame de Versac qui écrit ainsi à toi, qui es la modestie même.

SAINT-LÉON. Que vcux-lu? elle a su que j'étais ton ami intime, voilà ce qui m'a perdu.

DOBVAL. Ingrat! cela t'a servi auprès de tant d'autres. D'ailleurs, pourquoi t'adiesser à madame de Versac? Parle à son mari, à Versac, qui est notre ami. Il y a doux mois encore qu'il était garçon :

Il saura compatir aux maux qu'il a soufferts !

SAINT-LÉON. Bah; il est amoureux de sa femme, et il n'ose plus nous voir depuis qu'elle le lui a défendu. (£» confidence.) Elle a peur que nous ne débauchions son mari.

DORVAL. Voilà bien le comble de l'injustice.

LA SENTINELLE, en dchors. Qui vive?

UN CAPORAL, en dehors. Patrouille !

La SENTINELLE, criont . Halte-là. Caporal, hors la garde... reconnaître patrouille.

SAINT-LÉON, à deux gardes qui sortent avec lui. Allons, Messieurs.

UNK NUIT DE LA GARDE NATIONALE

PIGEON. Voilà les rondes qui commencent! 11 n'y a rien qui vous rcvcille comme ça en sursaut. iOn entend chanter au dehors.)

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