BABET
Vous avez eu peur de votre ombre.
BASTIEN. C'est inconcevable, coumie il est iioltron, le beau-père , à son âge, croire aux l'evenants !
BEiiTRAND. Cfoife! Je n'y crois point, mais j'en ai peur.
Air : Tenez, moi, je suis un bon homme. Je pense que tout homme sage Doit redouter les revenants; Car les morts ont trop d'avantage Quand ils combattent les vivants.
Leur résister serait tube ; Aussi je m'en garderais bien :
Un vivant y risque sa vie.
Tandis qu'un mort ne ri.sque rien.
BASTIEN. Comme je le disais, cela prouve seulement que vous êtes peureux.
BERTRAND. Peufcux ! je lie suis point peureux, mais je suis prudent; et dans celte auberi;e, au milieu des Pyrénées, avec toi, Babet, qui n'es pas lirave, et B.istieii, mon gendre futur, qui s'eflraie d'un rien, mi ne sait pas ce (|ui peut arriver.
BABET. Arriver ! vous voyez bien qu il n'arrive jamais rien, pas même des voyageurs.
BERTRAND. C'cst Votre l'autc ! ouest si mal servi! Depuis huit jours n'avoir qu'un locataire!
BABET. Cet officier français! Mais ce jeune lioinnie
est fort bieti, et ce sera une bonne pratii|iie, car il a l'air de quelqu'un très comme il faut.
BERTRAND. Il a l'air de quelqu'un très-suspect, car il ne paie pas; et, avec ça, il a quelque chose dans la physionomie...
BABET. N'avcz-vous pas peur aussi de celui-là?
BERTRAND. Saus doutc. On ne sait d'où il vient; il paraît se cacher; et, quand on lui fait des questions, il vous rit au nez. C'est malhonnête!
AiR : Le jour de son mnriaije.
Je n'ai jamais pu connaître Ce qu'il fait, ni ce qu'il est ; Mais, à coup srtr, ce doit être Un fourbe, un mauv.iis sujet.
Il a commis qiielipie faute. Ou fait quelque mauvais coup...
BABET. Ah ! mon père !
BERTRAND
Et qui doit à sou hOite, Est cajiable de tout.
Cependant, il faut lui porter à déjeuner, car il ferait nu tapage !..
BABET. J'irai, mon père.
BASTii N. Pas du tout. Mademoiselle; ce sera moi.
BABET. Fi, le jaloux!
BASTIEN. Fi, la coquette!
BERTRAND. Paix ! j'iiai inoi-mènie. Mais au lieu de vous disputer, cherchons |dutôt à corriger la fortune |iar quelques moyens honnêtes.
Air : La loterie est la chance.
Sans une honnéle industrie Un traiteur ne ferait rien; Et tous les jours de la vie.
Un peu d'aide l'ait grand bien.
Toi; Bastion, lo, qui surveilles L'oidniinauee du festin.
Mets dans toutes les bouteilles Un peu plus d'eau que de vin.
TOCS.
Sans une honnête industrie, etc.
BERTRAND. Allcz, ct quc cliacuu soit à son poste.
L'AUBEKGE.
BERTRAND, seul. Mon conimercn tic traitiiir piiiul une iiiauvaise tuui-iuiiT, et si je n'y nift> cinli'.'. je iiKiurr.ii (le l'aiiii au ml iiii de mes |irovisiiiiis. Ileiiiriisement, j'ai déjà lait une spéculation qui double mes [uofils.
Air : Si Pauline est dans l'indigence.
Jl' sais (t'iiuc façon commode Riinroiiiii'i' rliaipii' voviiucur, !•'! JL' liais, i^'i'.'ii'i' ,1 ma nii'lliode, Voler en lont liion, tout lionneur.
Crie-t on : Garçon ! potage pour un! j'envoie demipart.
l-es pi'enant ainsi par famine, Mes snrcës ne sont pas douteux ; El cliuz Bertrand quand seul on dine.
Il faut tout demander pour deux.
Mais ce bel officier mange comme quatre et no paie pas même pour un. Ma foi, à tout risque, demaiidouslui de l'argent. Le dinlcile est de lui parler, car 11 elianle toujours. Mais je l'entends : le voilà qui elle comme (|uelqu'un qui paie.
i-i.oiiv.\i,, e« i/c/iors. Holà! hé! quelqu'un! le maître, les garçons, tout le monde !