SCÈNE III
FLORVAL, BERTRAND.
KLonvAt.. Hé I bonjour, papa Bertrand. Va-t-nu m'appnrter à déjeuner?
lUiRTRAND. Que voulez-vous, mon capitaine? la las.se de eafe, une limonade?
FLORVAL. Comment, morbleu ! à un militaire ! Le |iàlé frdid, la tranche de jambon, deux bouteilles de vin : je ne regarde |ias à la dépense.
BERTRAîiD, à part. Je le crois bien, c'est moi qui paye. [Haut.) Mais... c'est que... je voulais dire .Monsieur compte sans doute faire un long séjour..
FLORVAL. Moi? non : j'aime le changement.
Air : A boire je passe ma vie.
A voyaarer passant ma vie.
Jamais je ne suis arrêté :
J ai pris [lour guide la Folie, Et pour compagne la Gaitô.
En tous lieu\ liravant les orages.
Pour moi, changer c'est être heureux.
Puis(pie les plaisirs sont volages.
Il faut bien courir après eux.
iiERriiANu.C'es; que, tous 1rs huit jours, nous avons l'usage de l'égler nus cnm|ites avec les voyageurs.
FLORVAL. Comment ! c'est de l'argent que tu me demandes? que ne pirlai.s-tu plus tôt?
Biii.TRANU, n part. Il est plus solvable que je ne croyais. [Haut.) l'aïubm...
FLORVAL. Point du tout. J'aime qu'on me parle fianchemeut; et pour te le prouver, je vais te faire une C(uifidence : c'e.st que pour le moment je n'ai pas de fonds.
DERTRA>D. Qu'cst-ce ([uc VOUS ditcs donc ? et vous faites ici une dispense ..
FLORVAL. Est-ce quc Cela te toni'inente ?
BERTiiAXD. Ceitalneiiieut, et beaucoup.
FLORVAL. Bah! cela ne m'inquiète pas du tout, moi.
BERTRAXU. Ail ! je \ous ferai bientôt eliangcr de tnii.
D'abord, je vous préviens que vous ne sortiie/: pas d'ici que vous ne m'ayez payé.
FLORVAL. Kh bien ! j'y resterai longtemps. D'aideuis ne peux-!u me faire crédit sur ma bonne mine?
iiERTRANU. Voilà une jolie caution !
FLORVAL. Tu es bien diflicile. Tiens, je suis sûr que madame Bertrand s'en serait coitentée.
Aui :
Je m'otlVc moi-même en painicnt; Que m.T jiarole te rassure ; Nos militaires, bien souvcnl, N'ont pas de caution plus sûre.
Oui, dans tout temps, rliaipie soldat, Clie." à Vénus, clier à B 'llonc, Ne paya sa dette à l'Etat, Qu'en payant de sa personne.
.Mais rassure-loi ; j'ai des espérances. BERTRV>D. Belle monnaie!
FLORVAL. C'est la plus commode.
AiR : Fidèle ami de mon enfance.
Quand l'espoir charme l'existence.
Chaque instant promet un plaisir; On possède la jouissance Qu'on voit de loin dans l'avenir.
Pour moi, vivant sans déliance.
Du sort je ne redoute rien :
Qui n'est riche qu'en espérance.
N'a pas peur de perdre son bien.
D'ailleurs, nous allons entrer en campagne, et si j imais je m'enrichis...
BERTRAND. Et Si VOUS ètCS tllé?
FLORVAL. C'est mon métier.
BERTRAND. Mais VOS Créanciers... vos malheureux rrcanelers?
FLORVAL. On les paiera.
BERTRAND. Oui, cn chausons. FLORVAL. C'est plus gai !
Air du Devin da viltage.
Quand on sait chanter et boire, A-t-on besoin d'autre bieu ?
Bacchus chasse l'humeur noire; Et quand j'ai bu tout est bien.
Quand j'ai bu. sur ta ligure Je vois un air de bonté; Et même, je te l'assure, Je crois à ta probité.
ENSEMBLE
FL<IBVAL.
Quand on sait chanter et boire, A-t-on besoin d'autre bien?
Bacchus chasse l'humeur noire; Et quand j'ai bu, fout est bien
BhimiAND.
Quand on sait chanter et boire, Encor faut-il (luclipie biL-u.
Sans argent, l'on peut m'en croire.
Souvent on reste en chemin.
BERTRAND. Décidément, je veux savoir quand je serai payé.
FLORVAL. Ail! vous viuilcz savoIr? vous êtes Ijieii curieux! brisons li; n'cst-ll rien arrivé pour moi? J'avais écrit à Paris... et...
iiEiiTRAND, One ne disiez-vous donc? voilà une lettre.
FLORVAL. lionne donc, bourreau! c'est de l'argent comptant! Allons, (ju'on m'appiu'te à déjeuner, et songe ipie je veux è re trai.é coinuie nii prince.
BERTRAND. Oh! pour le déjeuner, vous allez voir. {.i part.) Je vais lui envoyer demi-part; non, quart de part.
L'AriîERGE.
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SCODBRl.jMonseigneur, d'où proTÏect une pareille rigueur. — Scène 15.