‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 7 sur 975 · MARGUERITE, HE.N'RI D'ALBRET · texte numérisé non relu

MARGUERITE, HE.N'RI D'ALBRET

HENRI, s'inclinant devant elle. Madame... Madame!., vous revois enfin!

MVRGiERiTE. Vous daus cB palais!.. vous, Henri, que je croyais toujours hli'sséet prisonnier.

HENRI. Je suis guéri... ji; suis libre, et j'accours à Madrid piiiir solliciter...

MAR(.rERiTE. Qiioi douc?..

HENRI. La faveur d'être remis en prison avec le roi.

.MARGIERITE. Esl-il pOSsiblc?

HENRI. Ce n'est pas aisé, je le; sais, mais avec des protections!!!... et j'en ai! vous d'abord, madame Marguerite! Gentilhomme de votre maison, je suis à vous, à Votre Altesse Royale... je vous appariiens plus qu'au roi votre frère, et quand j'ai su (pie vous étiez à Madrid. . je me suis dit : J'irai I la princesse fera bien quoique chose pour un fidèle serviteur.

MARGi'ERiTE. Eh! iiiou pauvrc d'Albret, je ne puis rien pour luoi-même... je n'ai pu encore parvenir jusqu'au roi, et si vous avez des protections, dites-le-moi vite... je ne suis pas fière, j'en u.serai!

HENRI. Vous, grand Dieu !

MARGIERITE. Daiis la position OÙ nous sommes... tout peut servir... il ne faut rien négliger... Voyons, parlez!

HENRI. Vous savez. Madame, ce jour, où, à Fontainebleau, j'écrivais sous votre dictée cit conte si intéressant et si vrai, où un pauvre gentilhomme voudrait, au prix de son sang, mérit'T seulement un regard d'une grande dame...

iMAiiGCERiTE. Je ne me rappelle pas.

HENRI. .\ telles enseignes que ce conte n'était pas fini... et pour en connaître le deiioùment... je vous dis : « A de- B main, n'est-ce pas, Madame?» Mais Votre Altesse m'arrèki d'un regard triste et sévère en me répondant : « Non, pas u demain, Henri, car demain tous les gentilshonimcs partent <( pour la guerre avec le roi de Fr.uice. » Alors le .soir j'écrivis à ma mère, au Béiirii, pour (pi"(rlle m'envoyât sa bi nédiction, et le lendemain je vins, avant de partit, demander les ordres de Votre Altesse...

MARGUERITE. C'cst Vrai !

HENRI. Et Votre Altesse me dit : « Veillez sur le roi mon « frère, et ne le quittez pas. » Je me suis battu à Pavie à ses côtés; j'ai été blessé auprès de lui, et fait prisonnier avec lui... Vous l'a-t-il écrit, Madame?

MARGUERITE. Ah ! tant de malheurs, tant de souffrances l'ont accablé depuis ce jour fatal...

HENRI. Qu'il m'a oublié ! (.li'ec douleur.) Je ne lui demandais qu'une chose! qu'il vous apprit que vos ordres avaient été exécutés... Ah! les princes sont tous des ingrats !

MARGUERITE, /(" regardant en souriant. Et les princesses?..

HENRI. .\h!.. j'en connais de si fières et de si terribles, qu'elles n'accorderaient pas à ceux-là même qui les servent le mieux un regard d'affection ou de pitié!

MARGUERITE, lui tendant la main. Je ne suis pas de celleslà, Henri !

HENRI, s'inclinant. et lui baisant la main. Ah! que j'étais injuste! Disposez de moi, Madame; parlez! commandez!

MARGUERITE, souriant . Eh! mais, je ne vous demande que d'achever votre histoire, que vous avez prise peut-être d'un peu haut !

HENRI. Non, Madame, c'était nécessaire.

M.WGUERiTE. C'est justc; nous autres conteurs ou historiens, avons nos iiriviléges...

HENRI. Quand le roi fut transporté en Espagne, je voulus le suivre, toujours pour vous obéir; mes blessures ne le voulurent pas! et on me laissa seul dans une forteresse;... ^.'çs(. à-dire seul... aux soins du geôlier et de sa nièce... qui était ma garde-malade, et grâce à sa protection...

MARGUERITE. Ah!., c'cst là la protectrice dont vous me parliez... une jeune fille...

HENRI. Non, Madame, une jeune femme.

MARGUERITE. Qui VOUS aiiuait?...

LES CONTES DE LA REINE DE NAVAHRE

mcNBi, riromL-nt. Oli ! non, Madame... {Tristement.) Moi! pi'i'siinnu ne in'ainio !

maugi'ehite. Vous nionfpz, car vous rougissez! ainsi, c'est convenu, clic vous aimait... ot vous aussi sans doute?

PENRi, avec chaleur. Oh! |ioiir celii... je jure à Votre .\llcsse que cela n'était pas, et que e'clail bien impossible.

MARGUERITE. Et... piMlVi|Uoi?

HENRI, avec embarran. PoMn|U(ii?.. (tour fies raisons...

MARGUERITE. Ou(- VOUS uc pouvcz pas (lire?..

HE^Ri. Si, Madame!.. La plus forte de toutes, c'est que j'en aime une autre!

MARGUERITE. Bail ! voiisautrcs liomuics, cela n'empcclie pas.

HENRI. Ah! quel lilasphème!.. et si vous saviez... si vous connaissiez celle (pie j'aime!..

:\iARGi'ERiTE, vivemetil. Je ne veux pas la connaître... mais je ilésire savoir le déuoùment de votre liistoire, qui n'en finit pas!

HENRI. M'y voici, Madame, m'y voici... La nièce du geôlier, qui était venue passer quelque temps avec son oncle, la petite Sanelietle, élait mariée au courrier du roi, le seigneur Babiéça.

MARCiERiTE, étonnée. Vraiment!

HENRI. Et en reparlant pour Madrid, idlc me dit tout bas : « Comptez sur moi; avant un mois, vous serez libre. » Ce qui est en elTct arrivé... mais j'ignore comment...

MARGiERiTE. Jc Ic sais, moi ! Parce que Sanclielte et sou mari sont des puissances à la cour. Tous deux protégés par l'empereur, protégés par Guattinara, le nouveau ministre!., et vous |)ouvez en etiot par eux...

HENRI, arcccm/wrfw. C'est que j'aimerais mieux ne pas... m'adresser à Sancliette...

MARGLERITE. PoUI'qUoi?

HENRI, de même. Je ne saurais le dire... [Vivement.) El puis, j'ai une autre protectrice!

iiAiicrKiiiTE. Enciire nue!..

HENRI. Au UKiiiieiit (lii j'allais me prendre de querelle avec un capilaiiie des hallehardiers, (pii rel'usait de me laisser passer, parait une jeune dame devant qui je m'incline et qui, en entendant mon nom, s'écrie : « Monsieur le comte Henri d'Albret, ce fidèle serviteur de François 1"! — Ah! vous êtes Française, lui dis-je? — Non, Espagnole... mais, espérez en Dieu et en vos amis, je vous obtiendrai une audience de l'empereur, ce matin, après la messe. »

«lARGUERiTE. Eh! qui donc aurait un tel crédit?

HENRI. Je l'ignore! Une jeune fille, vêtue de blanc, l'air doux et triste! Je crois même qu'elle venait de pleurer, car elle avait encore les yeux rouges.. . et tenez, la voici !

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