SCÈNE PREMIÈRE
niItlER; puis BRESSON.
DitiER, tenant sous le bras une liasse de papiers et arrangeant sa cravate devant une (jlace. Est-il étonnant !.. vouloir
qiiu je le pré-enle à madame de Chavannes, ma cliente
Je vais lui remettre sa leltre... elle fera ee qu'elle voudra... Voilà une cravate détestalile... [It continue à arram^er sa cravate.)
BRESSON, entrant par la porte du fond et parlant à la cantonade.) Ces dames ne sont |wis encore visibles eh bien !
j'all iidrai... Ne vous inquiétiz pas de moi, et sui'tout ne
les déi-augez pas {Apercevant Didier.) Quelqu'un de la
maison...
lAGNY — lii.irinierle de Vulat eiC.ia. —M» S
LA GRANDMÉRE.
DiDitu, se. relonrncnt. Ciii o.rangL'i !..
i!.".i.S50N. J'aiir.iis dcsii'i' pailTÙ inudiiiic de (^li.ivaiincs...
iMDiKu Je Talti n Is.
imicssoN, .s'asscy<i:il. Mui de même... Munsietir (Ni.miii |«reiii p,'nt-(Mri; ?
DiDiKR. Je suis son asriit de eliaiif^e.
liRESs )N. AI) ! agent de cliange...
l'iDiKii. Viiilà q:iiii/e jours que j'ai liwitc'. Pidiii', snrcessenr de M. (1 diuiiard.
i!iti:sso>. Giducli.ird... mon aneienet vieil agent di.'eliange.
iiiniF.R. Monsieni' est mon elienl? j'en siiiS eiU'hàiUi'
Une eiiarge sniiei'he qiv^ j'ai aclielé<' liiiit eeiit ni Ile l'iMncS... tout eompris...
liKESsoN. Mui anssi... à ce qu'il pnr.iil!..
tiniF.n. Cela VI sans dire...
BRKSsoN. El ma cnnli ii;e,'... s'il vous plaît'?
DiriER. Elle est dedroil!.. elle e>t inliérenî'é à nîn ehirge ; et puis il ne faut pas croireqnc les jeunes aguit-. de change n'eiiten lent jKiS 1(;; rtlTaii'es au>si liien que lesaiicieiiS; vous verrez, .Monsieur, que je no néglige i-ien...
r.RKssoN. l^.is même l'aTt do itietlie sa cravate.
DIDIER; riant. Vous'o^icz Kl..... vous riVàvii Va c'est
vrai V'ons comprenez que ii'otir la'yerlhiit rc-iit mille
fi'anes qtiaiid on nc\;S ti pas... ii ifaiit nii màMage, nii ho ui mariagej c'est ce (|\fc me n'pi?te i'nâ'mèi'é-, V' f^'li '.'^ig'- l'iiu teueo contiimcl'c : la era\atc de cirez Bodier et les gauls jaunes... le matin au m uiégi-, et lcSo;v ali bal... t.es atVaires n;o donnent un mal allreiiv, à moi ^mtiilit qui suis un peu loiu'd, un [leu gauelie... et (pii m'enlelid?; milieux à ^'aiie un report qu'ur.o déclaration; mais il le fàW! Il me fuit une dot de cinq cents à six cents pour le uVoSii^.. .
tlirssûN, (tonné. Ah! . c'est de rigucW'. "..
DIDIER. Tout le monde vous le dira... Vï'ôVs îwfe\W'.iv un notaire, cinq cent; pour un agent do cliange... c'est le tarif! il y avait niic jeune personne charmahtr, uni' cousaie, qui in'a'jr.ut convenu à merveille!.... Nous nous adoi'ions;
mais que vonlcz-vons?.... une femme do deux cents pas
po.ssilile; elle a élo obligée d'épouser un avoué.
iiRESSON. Qui en a couru l.i chance!
DIDIER. Comme nous la courons lous!.. Des chances 1errihles... On ne n'ou-; plaint pas Assez..... il fauH du Vuoi'àgo dam notre é!at... et si tiiWis n^àvions ^las là, pour r.ous 'dédommager, des clients. . de lions elieiils...
liRESSON. Je conipreiiils uiainlrn-int pourquoi il Tant que je rois le vé)tre !..
DIDIER. Vrai... vous le deveï par délicatesse !.... U'ail-
leuis, \ous méjugerez, et je me flatte que vosaiïairi's seront Cn ftoYini S Hiatus...
lii.EssoN. Eh liien ! nous verrons... J'arrive de Rio-Jaueiro avec (les Couds à placei', et j'avais pensé à des pr.ipriétés.
DIDIER, vivement. N'achelez pas!..
iiRESsoN. C'est mauvais'?..
DIDIER. .\u contraire; c'est trop sûr, ça ne rapporte rien... achetez-moi des rentes.
BREsso.N. On parle de les remhourser...
DIDIER. Les députés qui n'en ont pas, mais qui , eu revanche, ont noire estime car ils poùs.sent à la vente et
enrichissent les agents de change témoin niadànïc 'cle
Chavannes, qui, ce matin, Tii'a dit de vendre. BRKssoN. Madame de Chavannes vend ses rentes?.. iiniE.i. four paver les detti's de feu son mari ! BRESSON. Il est donc mort"? vous en êtes bien sûr? DIDIER. J'ai assist:'; à l'inventaire... il y a di.v-luiit mois... b:.e-.son. Et sa femme?
DiD:En. Oiioiqne séparée de biens, 'elle veut tout payer, de sorte que, hipiidalion laite, elle ne sera pas riche. BRESSON, rivcnient. Tant mieux !
DIDIER, é/o/iHe. Comment, Monsieur! et qui donc ètes-vous?
BRESSON. Son ami intime... relui de son mari. . Ce pauvre Cbav.u;nes... il n'était pas fort, mais un grand ik.iii. . . nu ancien noble! L'empereur les aimait... cequi ne rempéchail pas d'en faire de nouveaux... .Moi, par exemple, simple hmisard, puis colonel, puis général, puis comte (h' lEmpiie. . moi, Bresson... fils d'un maître de poste.
DIDIER. Vous, monsieur le comte?..
LREssox. C'est là mon origine... elle m'a porté bonheur : je devais réussir dans la cavalerie, et c'est clans une e'iarge' di- mes honsards que j'ai dégagé ce diable de Chavaiine-;
(pii s'était laissé cerner par les Antriehieu- et je lui ai
même épargné un coup de sabre (pii lui aurait fiit du tort, lar il liait beau garçon... Moi, c'e.^t dilti-nul ! . Je ne ri quais rien... au contmire... ça m'a embelli... Voilà eomu.eiit
iious a\o is fait cwillàis-ance..... Et plus tard, à Erfiirl
quand il m'a présenté à sa femme... quand je l'ai vue pnur
la première l'ois Voilà de c'eS jours de ces moments
qu'on n'oublie pas;
DIDIER, avec /ineise. Je vous soupçonne, général, d'eu avoir été amoureux.
BRESSON. Cette hîàfeé..... Voilà trente ans que je ne fais
que ça et je le dis ;\ tout le monde... Mais alors, je me
taisais'... car il y avait là deUx rivaux avec qiii je ne pouvais pas me mcsui'ey... deux empereurs... rien que cela.. Oui, morbleu !.. à Eifij'vt, toUSles deVix passaient leurs soirées chez elle .. tons les'dclik lui faisaient la cour, et ils n'ont rien obtenu... Elle a ftcu de sang-froid, et fans s'émouvoir, les hommages 'de Napoléon. d'.\levandre et do bien
d'autres tâv c'élïtit une veWu terrible, et si aimable
cepen:laul; aiis.si je Vous demande par quelle fitalité
moi, oflleier de fortuiie, sans usage d« monde, sans éducation, j'allai tomber amoureux d'une ftmifle chez qui se trouvaient réunis le boii ton et la f:rAf'e, la lîiiesse do l'esprit , i'élépaiice des manii'res... C'était absurde... je me le disais... c la n'y faisait rim; et , ne sachant à qui m'en prendr.', ça me mettait dans dos rages qui retombaient toujours sur
l'inne'nii... Voilà comment je suis devenu général par
mauvaise humeur... C'est à ellequojc le dois...
DIDIER. En vérité!
B.1ESS0N. Oui, morbleu!., partout j'ai fait mon chemin... excepté afiprés d'elle ! et le temps 'Oe m'a point changé ; je l'aime comme le pAMuier jour..... Je suis resté jeune de eieiir comme elle est restée jeune de tournure et de visage... du moins, il y a deux ans, quand je l'ai quittée...
DIDIER. Vous la reirouverezdeméine gracieuse et fraîche, malgré ses beaux cheveux blancs.
BRESSO.N. îles roses soiis la neige!.. Toujours le même âge... je m'en doulais!.. Elle s'arrête, et moi je vais toujours... le n'est ]ias ma faute!.. Et sa famille?..
DIDIER. Il ne lui reste que sa petite-fille mademoiselle
Adiiie, qui est riche, celle-là ! et qu'elle veut marier, l'n beau parti... pour un agent de change.
BRESSON, souriant. Voui y pensez... mon gail'ard !
DIDIER. Moi! je pense à tout... et si qiielqtie parent... si quel |ne ami, général, donnait cette idée-là à madame de Chavannes... il ne i^eVàit pas impossible... C'est elle!..
BRt;ssw, se levant vivement. A\\\ mon Dieu ! lit se tient vn peu à l'éiart.)