‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 708 sur 975 · SCÈNE PREMIÈEIE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈEIE

MADAME DE CHAVAiNiSES, coiffée en cheveux et en robe blanche du matin très-èléijante ; BRESSON.

BREssoN, avec humeur. Enfin, ii^ matin, on peut vous parler, car hier soir, à ce bal, il y avait cercle autour de vous!

MADAME DE CHAVANNES. Cela VOUS fàclie?

BRESSON. Certainement! impos-ible de vous aborder! c'est tout au plus si l'on pouvait de loin apercevoir votre toilette (|ue tout le monde trouvait charmante.

MADAME DE CHAVA^^ES. Vraiment!

BRESSON, avec humeur. Et oit je n'ai trouvé, moi, rien de remarquable !

MADAME DE CHAVANNES. C'est précisément ce qu'il faillit; et vous ne pouviez pas me faire un compliment plus adroit! car, dans cette toilette qui m'a coûté une demi-heure de raé-

LA GHANDiMEIŒ.

ditation, il y avait tout un problème <à résoiulro, une jiislc limite à sai>ii', une tran-ilimi outre le p:isso et le [ircseiit...

imEsso>. Tant de rlioses d iiis un lialiilleni nt de femme! [Ilef/anhint son nryliiji' du iiniliii.) lit dans- celui-ei, que je trouve Ircs-liii n, y ii-t-il aussi qucliue idée piMl'onde"?

MADAMK iiK (:iiAVAN>ES, souriant. l'eutèlre n'esl-c p:is jaus dessein (pie j'ai tàclié ce matin de cicliei' quel pies années, et de faire oublier mes clieveux b'aues; mais vous autres houimes, vous r,e voyez rien!..

uiiEssoN. Vous croyez ça !.. eh bien ! j'ai fait hier des (diservati(ius dont, en ami, je dois vous faire part! Vous ii'v prenez pas garle! ce n'est plus de l'amabilité! c'est de la coquetterie! \"ous n'étiez pas ainsi autrefois, vous u'avieypas ce dé-ir de plaire, ce besoin d'hommages!., et vous devez ctr<' satisfaite, ils rc vous ont pas manqué ! ce jeune homme CSC resté là presque toute la sidrée... tonte la unit deirièi-e votre chaise !

MADAME DE CHAVANNES. Jc dois coHvpriii- p'il a clc reni|dj de soins et d'attentions!

BiiEsso?i. Je crois bien ! ail Ueu de danser le galop, il a préféré causer avec vous !

MADAME DE ciiA VANNES. S'jl aime mieux les paroles que la musiipie. .

URESH)N. linfin. Madame, c'est se eompromcUrf •

MADAME DE chavannes. Oui,si je n'avuis été aimable qu'avoi: lui... mais il me semble qu'avec tout |e monde, à coininenci.r par le ministre ..

URESsoN.Parbleu...sivouscroyezquecelam aiif litplai-ir...

MADAME DE CHAVANM.s. l)e quoi alors vous plaignez-vo'is, et d'où viennent vos a'ariiics? ma réputation est fait'. . il n'y a pas de danger...

BRESSON. Pas de daugei' pour vous, certainement... ni.us il peut yen avoir pour d'autres, pour ce jeune homme.

MADAME DE CHAVANNES. Quellc idgC !

BREssoN. Se voir accueilli i-l distingué i ar une femme (lUC tout le monde entoure d'honuUflges et d'à lorat ions, il y a de quoi séduire, tourner une jeiiiie tète... de meilleures que la sienne n'y résisteraient pas ; j'ai bien vu l'effet que cela produisait sur lui.

MADAME DE CUAVANNES. VOUS VOUS êtCS abUSé!..

BRESSON. J'en suis sûr !

MADAME DE CHAVANNES. Et quelle prCUVr?

BUESSON. Ah ! il VOUS faut des preuves... eh bien ! il m',* fa t ses confidences, car je l'ai connu beaucoup, ce jeune homme.

MADAME DE CHAVANNES. Oui, je le sais... au Brésil.

BRESSON. OÙ je l'ai reçu autrefois à votre recommandatioii; je l'aimais, je l'ai toujours trouvé très-bien, très-convenable jusqu'à hier soir... il est venu à moi les yeux brillanls et animés... « N'est-ce pas, geiK'ral, elle est charmante ? (pielle grâce, quel esprit et quel éclat! » et moi, sans vouloir le contredire, je cherchais à modérer sou enthousiasme.

MADAME DE CHAVAMSES, avgc reffochei Et pourquoi donc, s'il vous plaît ?

BflESSON, embarrassé. Parce (jué,. parce qu'il parbut tfoj) haut!.. « De toutes les femmes qui sont ici, disait-il, c'est celle cpic je préfère ; et je ne suis pas le seul, car tout à l'heure, devant moi, on est v.;nu l'inviter. »

MADAME DE CHAVANNES. C'est vTai ! uii dauseur égaré qui se trompait.

BBESSON. « Et elle est si bonne, ajwtait-il, je lui dois tant de reconnaissance... tenez, général, je voudrais me battre pour elle, couiprenez-vous'? . » Je coui|)i-enais très-bien! On est venu dans ce moment lui proposer de jouer... ah ! bien oui, il était trop oci^u^ié, il a refu.sé!.. mais le côté perdant s'adressait toujours ii lui: « Amédée, cinq napoléons, dix, quinze... » 11 avait de l'or plein sa poche, et pariait sinis com[)ter... il vous regardait toujours! Enfin un étourdi, un extravagant qui, cédant à rinflneacc du premier mouye,-

nient, agit d'abord, réfléchit après; et il n'i n fuit pas d;,vantage, j'espère, \)our vous prouver...

MADAME DE ciiAVANNi;s, suurkiiit. <Jue vous êtes bien nialidroit, mon cher ani ; car enfin, san; le vouloir, vous ni2 le rendez intéressant ce ji.'une homme.

BRESSON. Moi!..

MADAME DE CllAVANNES. S-illS doUtc!

BUESSON. Si ce n'est ipic cela!.. altendi'Z... j'en ai aiipris bien d'autres en caus^uit ce matin avec Didier, mou a;^ent do change et son camarade de coll. 'go ; c'est par lescam.UMiles de ecdlégc que l'on connaît l,i jeunesse... [En confidence.) N(dre ami .\médée a une passion!..

MADAME DE (aiAVANNES. JC le Sais!

iJiiEssoN. yn'il av.iit faite à [i;irdeau\ et qu'il a retrouvée à Pai-is, une griselt : qui le trouqie, et ijui joue les gr.ni Is sentiments |iour se faire épouser... car il a un,; très bol c bii'tip.e ce garçon là, dont il peut disposer, et qui ne durera pas longtemps du tr.iin d:int il y va.

M.tuAJlE DE CHAVANNES. Eu vérité!..

BRESSON. |l prête à tops ses amis, c'est-à-dire à tout le monde; et de peur qu'il ne lui arrive de mauvaises idées ou qn'd ne tombe eu mauvaises main-, vous devriez me seconder dan^ mes anciens projets ; j'av.iis pens;'; à mi lille Pauiéladopt je ne s.iis que faire... uni; llUe à marier.

M-Ui.iHE DE ÇH.^YANNES, à part. El lui aussi... [ll'iii'.j EUpib: jolie?

iiiiEssoN, Piii, si 011 regarde sa dot qui est su,erbe. . du reste, cette chère enfant, elli; a une éiiau!e un peu... ce n'est pUî sa faute, ni l.i mienil^;... cir enfin je iio suis pis beau, mais je suis t|''oit, je suis bien fiit... du rest ■, et miint-n uil qu'oïl rcdressi; la taill;... c'est niuius que rien, ' t p m:' p 'u que vous iii'aidiez de votre iiitlueiice.

MADAME RE pH ^^ ■^^■^ts, souriuiil. ic le voudi'ais... mais je dois vùiji! ijviii.i(n- frapplienveiit que j'ai sur lui d'autres vues.

BRESsos, El les jijelles?..

M.\DA5iE DE cu-vvANNES. Je uo poux pas cucore les dire...

«HE^^ûBi, |it pourquoi donc'

CN DOMESTigcE, annonçant. Monsicnr Amédée!

BRESSON. tlomniL'nt, déjà!., avant midi! j'espère (pie vous ne le recevrez pas?

MADAME DE CllAVANNES. Si Vraiment... (pi'd entre.

BRESsaN. Est-ce (pie par hasard vous l'allendiez?

MADAME DK CllAVANNES. îS'oii... Miis j'cta's sùi'e (pi'il viendrait ! (.t Brcsson qui fait un mouci-incnt d'imiiationrc.) I5ient('it, mon cher ami, bient('it, jc n'aurai pins de secrets pour vous... Vous aurai-je à dîner?..

BUESSON. J'allais vous le deiiruider?

MADAME DE CHAVANNES. Et VOUS faites biell!..

BRESSON. Me permctlez-vous de vous amener Paméla?

MADAME DE CllAVANNES. Je VOUS Cil prie eugràce (A part.)

Nous gagnerons cent pour cent à son voisinage!

BRESSON. Vous ctos ti'op boiinc!..

AMÉDÉE, entrant. Madame... général...

BRESSON. Je VOUS saluc. Monsieur. (// salue, brusiiucm^nt ÂmcdéPf et sort par le fond.)

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