‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 715 sur 975 · ADINE, DIDIER, AMÉDÉE · texte numérisé non relu

ADINE, DIDIER, AMÉDÉE

AMKDÉE, causarU à demi-voix avec Uidier, et entrant, par la porte à droite , sans apercevoir Adine qui est à gauche. Oui, mon ami, je suis libre, tout est fini, et bien plus heureusenieiit que je ne croyais... Pauvre Herminie!..

DunER. Elle a un peu pleuré?

■ AMÉDi E. Du tout ! eu voyant mon air Iriste, elle s'est mise à rire... moi aussi ! Jamais rupture ne s'est faite plus gaiement... je ne croyais pas qu'il fût si.faiile de se quitter bons amis...

DIDIER. El le petit coupon de rentes de douze cenis francs est accepté? .

AMÉDÉE. Fort gentiment... sans façons... sans cérémonie...

entre amis cela m'a touché et pour le reste de mes

projets... lu as vu mon notaire, qui est le tien...

DIDIER. Oui. mon ami ! il s'occupe de ton contrat! iin contrat sublime!.. Ses clercs pleuraient en l'écrivant...

AMÉuÉE. Et comme nous eu sommes convenus, il viendra tantôt l'apporler à madame do Chavaiineset le lui soumettre?

DIDIER. Oui, mon ami.

AMÉDÉE. Mais couimc il n'y a encore rien de fait, silence, ici, avec tout le monde...

DIDIER. Excepté...

AMÉDÉE. Personne! ou je te relire mon amitié...

DIDIER. Mais, cependant...

AMÉDÉE. Ma clientèle...

DIDIER. C'est différent... je me tairai !.. [Se retournant et

apercevant Adine.) Ah!., c'est mademoiselle Adine elle

est si occupée qu'elle ne nous a pas vus.. . Elle est jolie, n'e.stce pas?

AMÉriÉE. Charmante!., elle ressemble àsa mère!

DIDIER. Le général Bresson a déjà parlé pour moi... et si tu veux aussi me seconder...

AMÉDÉE. Sois donc tranquille... je n'aurai qu'un mot à

dire... et puis, si tu n'es pas assez riche je suis là, je te

prêterai |iour payer ta charge.

DIDIER. 0 généreux ami !..

ADINE, à part. Qu'est-ce qu'ils ont donc à parler bas ? [Elle se lève, et feignant de les apercevoir.) Ah! mon Dieu! ces messieurs...

AMÉDÉE. Qui se sont lassés d'attendre et de ne pas vous voir...

ADINE. .Ma mère était à causer avec le général... elle y est encore... mais elle ne lardera pas à paraître, l'ar elle sait que vous êtes ici...

DiLiER. Nous ne sommes pas pressés...

AMÉDÉE. Surtout, si vous nous restez...

ADINE. Je crains de vousgèner...vousavezà parler affaires...

AMÉDÉE. Pas du tout... je venais, au contraire, proposer une partie de plaisir à madame de Chavannes et à vous... J'ai appris, hier soir, au bal, par madame de Nerville, votre cousine, que j'avais vue à Toulon, et avec qui j'ai renouvelé connaissance, qu'il y avait, ce matin, une course au bois de Boulogne...

DIDIER. C'est vrai!., un pari très-intéressant... Miss Annette contre Taglioni... et de là une course au clocher....

AMÉDÉE. Tu sais cela... toi?..

DIDIER. Certainement! je suis abonné au journal des Haras!.. Il faut cela, quand on est agent de change, quand on

a, comme moi, des clients... élevés! des clients à cheval

Voilà pourquoi je vaisau manège... etau bois de Boulogne..^

LA (iRANrt-iMftnE.

On est flrtllù iravoiriiii nj,'iMU dn chang'O qui monte à cheval!

ADiMî. riant. Lcsali'ain's vont liien plus vite!

DiDTEri, lid-f, à Amniik'. Elle a de l'espi'it, n'est-ce pas ?

AMÉtiKK. Madame <!(> Ncrville, (pii va ù cette course, me l)i'i)p(isait une place dans sa caléelie... elle en avait même denx... J"ai bien mieux aimé qu'elle vous les ofriît, et j'ai pensé que si vous vouliez me permettre d'accouipagner votre voiture...

DmiEn. En écnyer cavalcadour...

AMKDÉE. Ce serait très-agréaltle pour moi !

ADiNE. Et pour nousaussi... une trés-boinie idée que vous avez eue... je suis sure que ma bonne in.nnan y consentira... elle fait toutie que je veux... Et puis li matinée est superbe. .

iinin:R. Il y aura un monde fou! j'en suis.

AMÉOKK. A merveille!.... tu verras mon cheval il est

charmant, il fera de rell'et...

DIDIER. Et toi aussi... parce qu'un marin qui monte à cheval, c'i'st déjà assez phénomène...

ADiNE. Pas plus qu'un financier...

wDiER. C'est ce que nous verrons... nous jouterons...

AMKiiiiE, r/rc)?ienf. Volontiers. ..je parie vinut-ciiiq louis...

DIDIER. Je h's tien=. . Ces dames seront jugesde lacourse...

ADINE, sautant de jok. Quel bonheur .. comme nous allons I ous amuser!..

DIDIER. Je suis sûr «le gagner!., je tiens l'ot'lîcier de marine... (Chantant.)

Le roi di s mers ne m'échappera pas.

Page 1