‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 72 sur 975 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

ISABELLE, ÉLÉONORE, puis MARGUERITE.

ISABELLE, ù /i'/co/ion'.OIi! comincilest en colère... Vouloir vous enl'i'rmer dès ce soir dans un couvent.,. (,Jue je vous l)laiiis, Eléonore!..

ÉLÉONORE. Il y eu a de plusà plaindre que moi... Jequitte un frère qui ne m'aime pas, et cette pauvre Marguerite est séparée pour jaunis, l'.eut-étre, d'un frère qui l'aime tant... et qui est si malhi.'ureux!.

MARGUERITE, qui s'est approchée à pas de loup et qui passe entre ellesdeiu-. Pas tant ipie vous croyez... puisqu'on pense à lui et qu'on le plaint...

ÉLÉONORE. Ah! vous voilà, princesse!..

ISABELLE. .Arrivez donc vite...

ÉLÉONORE. De nouveaux complots se trament contre vous!

ISABELLE. On veut que denuin vous ijuiltiez Madrid.

ÉLÉONORE. Nous VOUS Cil prévciious...

MARGUERITE, leur prenant la nuim. Bien... bien... mes amies!., mais j'ai mon plan, et je réponds de tout, si vous voulez me venir en aide.

ISABELLE. Nous le voulous.

ÉLÉONORE. Mais moi, je pars

MARGUEBiTE, cffrai/ée. Vous partez?..

ÉLÉONORE. Dès ce soir.

is.vBELLE. Pour le couvent... Est-ce ennuyeux!..

MABGUERiTK. Et qui l'y oblige?..

ISABELLE. L'emijereur, qui le veut ..

MAUiuERiTE. Et si iious uc le voulons pas?..

I ABELi.E ET ÉLÉONORE. Comment cela?

.MAiiGiERiTE. Trois femmes qui ont mis nue chose là... (Montrant son front.) peuvent tout braver, tout défier; rien ne leur résiste... quand elless'entendcnt !.. Par malheur... elles ne s'entendent presque jamais!..

LEH CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

ISABELLE. Ici Ci'piMUlallt. .. luèllK! 011 l'taill (rai'iuiil, jo iii; vois pas ili; iiKivil...

.MARiaii'.iiiTK. (ri'st ce i|ui vous Irniiipc... Ce. serait plus facile l'iifiii'e à vaincre (.'1 (Ifiiii-voix. ) i|iie les daii^ers de ce malin.

is.uiia.LK, lie iiicine. Xoire secret à nous deux !

.MAUCi'i'.itiTE. Si je pouvais si'ulenHMit dii'e fnieli|U('s mots à Eléoniii'c, sans crainte d'être iidcri'oinpne on sni'prise... par l'enipcrenr...

isAiiKLLE. N'est-ce qne cela?.. Parlez vite... je veille pour vous!

jiAiir.CKiinr. Bien ! Irès-liien !

isAiiKLUE. Après le service cpie vous m'avez ivndu ce UL'itin...

MAiiciERiTE, (jaiement et nutitl raid hahelk. .\li!.. l'n liienr.iit n'est jamais perdu! [Isiilielle s'i st rdjiiirucliée de la porte lie i/tiailie, reijdnle cl écoute si personne ne fient, l'emlant (e teiiips-l(i, Miiripterite est sur le devant du théâtre, à droite, près tl'Kli'iinore.}

.MAiii.i i.iiiTK, « uoix basse, ù Elèonnre. Éléonore... proloc- Irire invisible!.. aiii;e gardien qui ave/, sauvé mon frère...

KLÈoNoKE, poussant lin cri et se cdchanl la tète dans ses mains. .\U!.. je suis perdue!..

iSAHKi.LE, riceiiient ride la porte. Qu'esl-ce donc'?..

MAiiiaEuirE, à hahelle. llien... (;a commence... (S'adressiint ricemenl ù Kléonore.) ISe trendilez |ias!.. ne rouyissez pis devant moi, sa sœur, comme vous mallleureusi', et dèvoui'e comme vous!., devant moi, ipii ne rêve (|ue votre lioolieur il tous deux.

KLKiiMiiu;, ricement. Que dites-vous?

ISADLLI.E, prés de la porte. Qu'y a-l-il?

MAiiiaERiTE, (( Isaljelle. C.id.i va di'jà mieux! [À Eléonore.)

liai, si pour me ven,i;vrde vos dissimulations et de vos mys-

( leres, cet amour, cpii naipiil dans l'omlire, pnuvait, gi'àce à

I nio:, apparaître an grand jour. Si vous avii;z le droit de l'a-

Miuer et d'en èlre Hère!..

ÉLÉoNoRE. Moi?...\li! tout mon sang pour un .sort [lareil!

iSAiiKLLE, (/(' même. \L\\ hieu?.. eli bien?..

MAiiin.ERrrE, éi Isabelle, (^'est Uni !..

|.;uiKLLE, desrendunt ciceincnt en scène. Kst-il possible?

MAUi.rtRrrE. C'est convenu!.. Elle n'ira pas au couvent!

Ei.EoNoaE, arec exaltation. l'Iu ot mourir!..

MAueiERiTE. Vous l'eiitendi z!

isAiiLi.LE. C'est admirable!., lih bien! maintenant... votre projet, voile plan?.. Pour ipi'il ivussisse, nous voilà toutes les Iroi-.! •

MARiuEiiiTE. .\u contraire!., pour qn'il réussisse, il est im- |iiirlaiit qu'Eléonore disparaisse pendant une demi-lieu re au mniii>!..

isu\i:i.LE. C'est singulier!., et où la cacher?..

vuiKUERiTE. Un seul endroit est sûr.

HAisELLE. LeipuM?

MAïua'EiiiTE. l.'or.itoirc de l'enipereur.

ISABELLE. C'est juste... il u'v va jamais'

ELÉoMinE, Il demi-L'oix. Ali! Marguerite... que me proposez-vous là'.'..

.MARecEHiTE, (/(' iiu'inc. Lc seul asile... le .seul refug<; où

vous soyez sous 1 1 protection de IJieu... et de l'Iiouneui'

Mais pour cela.. (La rciianlant acec inquiétude.) il faudr.ut pouvoir pénétrer dans cet oratoire!..

i:ii:o>oRE, ciremcnt. .le le puis...

MAiii.uEiuTE, (/(' même, l'ji avoir la clé?..

ELEONORE, (/(' inéini'. Je l'ai !

MARoiEurrE. Laqnede?

Ki.i:o\oiiE. Celle de ma mère!

MARecERiTE , sc dirigeant cers la porte du fond. Je m'en doutais! courous...

iSAiiELLE. Un instant!. .Si vous sort z parlegrand escalier... la ducliessc d'Ossoue... Rabiée.i ou d'autres vous verront monter.

KLÈoNORE. C'est vrai!..

MARCLERiTE. Comment faire?..

ISABELLE. Par ma elLimbie à moi, celle de Jeanne de Caslille...

MAiir.cERiTE. Qui coii luisait aussi à l'oratoire...

ÉLEoNORE. 0 bonne petite reine... merci!

MARGLERiTE, passuiit entre elles deux, et les tenant chacune

sous le bras. Vous voyez bien que quand ou s'entend p.)ur l'amitié... et la défense commune... (.1 FAéonore, la faisant passer pur la p"lile porte, à ilroite,) Venez, venez. Eiifermezvuus bleu dans l'oratoire, et n'iiuvrei! qu'à ceux ilu deliors qui diront ces mots : Le roiet la Franie!.. Parte?. {Eléoitore sort. A Guattinara qui entre.) Qu'y ii-t-jl?

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