AMÉDÉE, ADINE
ADINE. Ah! s'il ne m'épouse pas!., comme je vais l'aimer!., qu'il est bon! qu'il est aimable!., et vous aussi!.. Et combien me voilà honteuse niaintenanl, d'avoir pleuré tout à l'heure devant vous!.. 11 faut m'excu.ser... ma pauvre tète n'y était plus!., et je vous demande pardon de mes confidences, de mes pleurs et de l'amitié que je vous ai montrée.., j'avais tant de chagrin!..
AMÉDÉE. Je le bénis maintenant, puisqu'il m'a valu laconliance et l'amitié d'une sœur !
ADINE. D'une sœur... oui, vous avez raison, c'est bien le mot.
AMÉDÉE. Aussi, quel bonheur pour moi , si nous pouvons réussir!., si je peux faire rompre votre mariage...
ADINE, naïvemeut. Ah!., si jamais je peux vous rendre le même service!., croyez, Monsieur,que ma reconnaissance...
AMÉDÉE. Ah! ne vous occupez pas de moi... mon bonheur n'est plus possible... mais le vôtre, du moins... et si par mon crédit auprès du général etaïqu'ès de votre mère, je puis les décidera un autre choix...
ADINE. Pourquoi donc?
AMÉDÉE. Je pensais que c'était vous rendre service...
ADINE. Et vous pensiez fort mal... Je ne veux rien... je ne désire rien... que de rester libre... de rester comme je suis... Dites-le bien à ma mère... dites-le à tout le monde...
AMÉDÉE. U n'est donc pas vrai, coinnie on me l'a assuré, qu'il est quelqu'un que vous préférez... que vous aimez?..
ADINE, vivement. Ce n'est pas vrai!., ce n'est pas vrai!., qui vous l'a dit?
AMÉDÉE. Votre mère, elle-même.
ADINE, naïvement. Est-ce indiscret à elle!
AMÉDÉE. C'est donc la vérité?
Am^K, avec embarras . Non, Monsieur... tout le monde peut ,se tromper... ma bonne maman toute la première... {Avec inquiétude.) Et j'espère, au moins, (Qu'elle ne vous a pas nommé la personne?.. »
AMÉDÉE. Nullement... puisque je vous la demande... puisque vous .seule la connaissez... et cette personne... méritet-elle votre amitié?
ADINE. Peut-être... car je ne sais pas seulement si elle m'aime... elle ne me l'a jamais dit!
AMÉDÉE. Ah ! il ne l'ose pas ! il se reconnaît si peu digne d'un tel bien... mais, si au prix de sa vie entière, il voulait
LA GRANDMERE.
^xpier ses torts et mériter son pardon... Répondez , répondez... pouirait-il l'ûlileiiir?
ADi.NK. Miiis iJaniL' !.. cela dépend do lui... si, comme le prétend M. Didier... il n'a point de passion...
\MtDtz, troublé. 0 ciel!.. {Vivement.) Une seule!., c'est la première !.. c'est la seule véritable, et qui dure toujours!..
ADiSE, écoutant. Taisez-vous donc!., on p:irle dans la chambre de ma mère!..
AMÉDÉE, de même. Oui... j'entends sa voiv... celle du frénéral...
ADiNE. Une autre personne... encore qui vient d'arriver...
AMÉDÉE. Je reconnais .. c'est mon notaire...
ADiNE, avec joie. Il parle de contrat.
AMÉDÉE, s'éloiijnunt , et à part. Ah! mon Dieu!., celui que je lui avais recommandé, ce matin, d'apporter ici à madame de Chavannes! et pour elle!.. Je n'y pensais ]ilus... je l'avais oublié !..
ADINE. Qu'y a-t-il donc?.. Est-ce que cela va mal?..
AMÉDÉE. Du tout!.. [A part.) Ce maudit contrat que je voudrais ravoir au prix de tout mon sang... Mais déjà, sans doute, elle l'a lu... elle sait tout... Et que va-t-on pc-nser de moi?.. Que va dire sa petite-fille, dont un instant j'ai voulu devenir le grand-père!..
ADINE, toujours prés de la porte. Mais, tenez-vous donc tranquille... on ne peut plus rien entendre...
AMÉDÉE. Me voilà perdu... abîmé... couvert de ridicule aux yeux de ces deux femmes .. de tout le monde...
ADINE. C'est ma mère!..
AMÉDÉE, voulant {/'enfuir. C'est fait de moi!
ADINE, le retenant. Eh bien ! Monsieur, vous vou.s enfuyez?.. Vous qui étiez si brave!., restez donc!., ctr je livmhle de peur!..
AMÉDÉE. Et moi, de rage, je n'ai plus qu'à me brùK r la cervelle... C'est le seul moyen d'éviter i\n éclat.