ADINE, MADAME DE CH.WAN.NES, AMÉDÉE, BRESSON
MADAME DE CHAVAN'N'ES, entrant lentement et se plaçant entre eux deux. Voici un évéuenient auquel j'étais loin de m'atlendre, et que vous ne croirez jamais!
AMÉDÉE, détournant la tête. Nous y voilà !
ADINE, timidement. Qu'y a-t-il donc?
MADAME DECHAV.tNNES. Le général qui refuse!
BRESSON, bas, à Adine. J'ai tenu ma parole.
ADINE, à part. Ah! l'excellent homme !
MADAME DE CHAVANNES. 11 m'a parlé en laveur de Didier. (A Amédce.) Votre ami... que vous protégez .. à ce qu'il dit.
AMÉDÉE, vivement et regardant Adine. Parce que je pensais... parce que je croyais...
ADINE, de même. Oui, ma bonne maman, Monsieur se trompait... il sait bien, maintenant, que je ne veux pas encore me marier.
MADAME DE CHAVANNES. Bien vrai?..
AMÉDÉE. Oui, Madame, Mademoiselle me le disait tout à l'heure.
M.\DAME DE CHAVANNES, growinenf. C'est fâcheux!., nous aurions fait les deux noces ensemllle.
AMÉDÉE. 0 ciel !
ADINE, avec émotion. Comment, les deux noces?
MADAME DE CHAVANNES. Eh ! oui, saHS doutc, M. Auiédée se marie, il épouse une personne qu'il aime... qu'il adore !
ADINE, avec joie. Est-il possible?
MADAME DE CHAVANNES. Et à qui il douiie tous SCS bieus... C'est du moins ce que m'a dit son notaire, en me remet-
tant C(^ contrat que M. Amédée veut absolum<nt soumeltre à mes conseils et à ceux de mes amis.
ADINE, vivement. Et vous l'avez lu?
MADAME DE CHAVANNES, montrant le papier qui est cacheté. Pas encore. [Faisant le geste de rompre le cachet.) Mais nous allons, ici, avec le général, et en famille...
AMÉDÉE. Niin, Madame... non, de grâce, ne le regardez |ias... Je voudrais en ce moment...
MADAME DE CHAVANNES, ovcc moUce. Y faifc peut-êlfe des cliangeuieiits?
ADINE. Pourquoi donc?..
A.MÉDÉE, avec embarras. Oui, Madame, un changement important...
MADAME DE CHAVANNES. Nous le ferous ensemble.
ADINE, vivement. Certainement, certainement... (A madame de Chavannes qui. lit tout bas.) Eh bien donc?..
MADAME DE CHAV.vNNES, lisant. C'cst ti'és-dclicat, Irès-géiiéreux... il donne tous ses biens à sa future.
ADINE. Et cette future... son nom?..
MADAME DE CHAVANNES, ooec maUcc. Je ne peux pas lire... Ah ! dame ! je n'ai pas, comme toi, mes yux de quinze ans.
ADINE, à part. Dieu!., quelle patience!
MADAME DE CHAVANNES, ovec intention. Et puis, quand il écrivait ce nom, il ne voyait pas sans doute... ou il voyait mal. (Prenant son lorgnon.) Mais, maintenant, cela devient plus clair... et l'on peut facilement voir le nom de celle qu'il aime.
ADINE. Et c'est...
.MADAME DE CHAVAN.NES. Toi, mon eufaUt.
ADi.NE. Ah! je m'en doulais bien, {.imédée a poussé un cri et est tombé à genoux devant le fauteuil de madame de Chavannes; .\dine,de son côté, en fait autant.)
AMÉDÉE. Grâce et pardon !
.MADAME DE CHAVANNES, assise entre eux deux. C'est bien !.. voilà votre vraie place, à genoux, près de mon grand fauteuil. (Les regardant quelque temps en silence.) Enfants que vous êtes, nous avez-vous donné assez de mal, à moi Utontrant Bresson.) et à Monsieiir!
BRESSON, s'essuyanl le front. J'en suis tout en nage.
MADAME DE CHAVANNES. Et tnul celi pour VOUS amener là...
ADINE ET AMÉhKE. OUC dites-VOUS?
MADAME DE CHAVANNES, étendant ses mains sur leur tête. Que votre grand'nière vous bénit. (,-1 .Imédée, l'amenant au bord du théâtre, et à voix ba^sse.) Eh bien! Monsieur, ètesvous content du changement que j'ai iait?
AMÉDÉE. Est-il possilile'.. VOUS consentez...
MADAME DE CHAVANNES. Pas maintenant, mais dans trois ou quatre mois. (.-1 Amédée, qui fait un geste d'impatience, et l'amenant au bord du théâtre et à voi.v basse.) Car, de bon compte, mon cher ami, voici trois amours en vingt-quatre heures; c'est conforme aux règles d'Aristole, mais non à celles d'un bon ménage.
AMÉDÉE. Ah! maintenant, c'est pour toujours!
MADAME DE cH.vvANNES. J'aiiuc à le cfoire... car, cette fois
du moins, toutes les convenances se trouvent réunies
.Mais, pour plus de sûreté, nous attendrons.
BRESSON. Trois mois, quand ils s'aiment...
MADAME DE CHAVANNES, rt demi-voiv. Raisoii de plus; ils s'adoreront!
ADINE. Il n'a donc jamais aimé que moi?..
IHADAME DE CHAVANNES, regardant Amédée en riant. Certainement !
DRESSON. Et ce pauvre Didier... qui, après tout, est un excellent garçon?
MADAME DE CHAVANNES. Je lui ai tout dit, ct j'ai pour lui en vue maintenant un autre mariage qui réussira peut-être.
BRESSQN. Comment cela?..
LA GRAND'MEHE.