‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 74 sur 975 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les pré<;éi)E!>;ts, LES Seicnei'bs ET Dames nEL.\ COUR, CHARLES- QUINT, puis HENRI D'ALRHET.

HENRI , s'appriiehant de .Martjuerae, pendant que Charles- Quint reçoit les hoinnuiaes des seiijncurs et des dames. J'ai [irévenu le CdUiiét.ible de .Montmorency, le cardinal Urhiin, étions ceux qui avaient eu j'Iioimeur d'être invités pir vous.

MARGl'ERITE, à voix ba.fse. A merveille!..

HE.Niu. Qu ind neuf heures sonneront... tout sera terminé,

MARGUERITE. C'ost uu quait d'Iieui'e qu'il nous f-uit. Nous l'avons et au delà ! {Elle passe à gauche, et s'assied près d'Isabelle. Dans ce moment, Chartes-Quint aperçoit Henri d'AU bret. Il quitte le r/roupe de seiyneurs avec lesquels il causait, et s'avance vers Henri.)

ciivRLES-QuiNT. Elibleu... monsieur d'Albret... vous venez de voir mou frère François l". Quelle est sa réponse?

HENRI. Celle que je pressent lis, sire. Dùt-on cbaiiger s.i prison eu un culiot, il ne cédera sur rien de ce ([ui touche àriionueurde la France!

ciiARi.ES-uL'iNT, 6(74, à Guattinara , en souriant. Je comprends !.. Il se crciit sur de l'appui du roi d'.Xnglelerro... de là .sa lierlé!.. Elle tomberait bien vite, s'il voy.iit de .ses propres yeux celte lettre d'Henri VIII... dont ji' ne iiuis me dessaisir... .Mais... {.ipres un instant de réjlexion.) Si j'allais la lui montrer!

fiCATTiNARA, U deiiii-voix. Vous, sirc !

ciiARi.Es-QciNT, (/(' même. .Moi-même... avant ce départ auquel j'aimerais mieux ue pas avoir recours.

GUATTINARA, (/(' même, .\ccomp igncrai-je Votre .Majesté?

ciivRLES-QuiNT. Oui... Dis à un ollicier de prendre un 11 imbeaii. [Pendant cette conversation, qui s'est fade éi demivnir surlc devant du théâtre, à droite, les siigiwurs et daines sont assis dans le salon, et firment dij]ércnts groupes. .Marguerite et Isabi II" sont assises l'une près de l'autre, sur le devant du théâtre, à gauche. D'.lWret, debout derrière Marçpierite. Charles-Quint va causer avec une daine à l'extiénu' droite. Guattinara traverse le théâtre, donne à un officier l'ordre it'alluim-r un flambeau, et se trouve placé debout, à la drode du faute ud de .Marguerite.)

MARGUERITE, bas. Il Giuittiiiara. Qu'y a-t-il?..

GUATTINARA, à VOIX bassc . Il Va mouler lui-même chez le prisonnier.

MvRGUERiTE. Daus cc momout! ô ciel! comment l'empêcher .' fiire naufrage au port!..

HENRI. Quand il ue nous fallait plus que quelques inslants!

MARGUERITE. Quolquos lustauts, iiiou Dicu ! . ciumuent les gagner... ah ! [Elle voit l'officier qui s'est approché de l'empereur, portant un flambeau. L'empereur se dispose à sortir.

Gi

LES CONTES DE LA REINE DE NAVARRE

A voix haute, à Isabelle.) Puisnue Voire Altesse le veut absolument...

ISABELLE, à demi-voix. Je ne veux rien !

MAncuERiTE, de fnéme. Si vraiment! {A voix haute.) puisqu'elle l'exige...

ISABELLE, à voix haute. Oh! certainement... je l'exige. [Charles-Quint fait signe à l'officier de le précéder, et se met en marche.)

Marguerite. Je vais lui dire ce vieux fabliau... [Chartes- Quint s'arrête.) ce conte pour lequel elle a eu la bonté de récl.imer ma promesse...

CHARLESQuiNT. Ah! le conte de ce matin... Ce qui plaît aux dames. (Il fait signe à l'officier de partir.)

MARGi'ERiTË. NoH, sire, car celui-là vous le connaissez, et je préfère en raconter un autre, qui plaira peut-être mieux à Votre Majesté.

CHARLES-QUiNT. A moi!.. [A l'officier, lui faisant signe de la main de poser le flambeau sur la table, à droite.) Tout à l'heure!..

ISABELLE. C'est un conte nouveau"?

MARGUERITE. Tout Houveau... Car il est à peine fini...

CHARLES-QumT, toujours dcbout. Ah!., il n'est pas entièrement terminé...

MARGUERITE. Il s'en faut de bien peu ! et si ces dames, et surtout Sa .Majesté, daignent m'aider pour le dénoùmeut...

CHARLESQUiNT. Ah! cette fois, c'est le dénoùment qui vous embarrasse...

MARGUERITE. Bcaucoup, sirc !. .

CHARLES-QuiNT. Vous élBS si habile!., et avec votre esprit, Madame... euriii voyons! [On avance un fautcuilà Charles- Quint au milieu du théâtre, mais il ne s'y assied pas encore.)

MARGUERITE. Je vais VOUS dire l'iiistoire d'iiu roi, brave, vaillant et malheureux... Ce roi, ou plutùlce héros, se nommail...

CHARLES-QUiNT, faisant signe à l'officier qui reprend son flambeau. Je pourrais vous dire sou nom...

MARGUERITE, il SB nouimait Richard à la cour d'Angleterre ; (Charles-Quint s'arrête.) mais sur les champs de balaille un l'avait surnommé Cœur de Lion.

CHARLES QUINT. Ah!.. [A l'officier.) Prévenez Sa Majesté le roi de France de ma visite... [L'officier sort par la gauche, Charles-Quint s'assied et fait signe à Gualtinara de s'asseoir, puis se retournant vers Marguerite: ) Ah! il s'agit de Richard Cœur de Lion...

MARGUERITE. Prisonnief dans une forteresse par ordre de l'empereur Lcopold. Et ses sujets et ses amis se disaient : Comment délivrer notre vaillant roi Richard ?

CHARLES-QUINT. C'était là le difficile !..

MARGUERITE. Par la force, il ne fallait pas y songer... la forteresse était inexpugnable... On ne pouvait avoir d'espoir que dans la ruse.

CHARLES QUINT. Et laquelle employa-t-on ? voilà ce que je ne serais pas fâché de savoir.

MARGUERITE, s'orrétant. Quand je disais que cela piquerait la curiiisilé de Votre Maje-ité...

CHARLES-QuiNT, avcc impatifucc. Mais enfin?., voyons!

MARGUERITE. Attendez donc, sire... Il faut laisser à la personne qui conte le temps de préparer ses moyens, et de graduer l'intérèl.

ISABELLE. C'est jUStS !..

MARGUERITE. Il y avaità la cour de Richard une personne qui l'aimait tendrement...

CHARLES QUINT, souriont avec malice. Sa sœur, peut-être!

MARGUERITE. Oui, siic ! Elle avait déjà tenté plusieurs moyens d'évasion qui avaient tous échoué.

CHARLES-QuiNT, souriant. C'est que peut-être l'empereur Léopold était plus fin ot plus adroit qu'elle !

MARGUERITE, ovec Un sourire. Prob iblement !

HENRI, bas, à Marguerite. L'heure est expirée !

MARGUERITE, 0 part, avec joic. Grand Dieu!.. [Haut, a l'empereur, avec embarras.) Alors, sire...

CHARLES QUINT. Aloi's... [Se levant, avec impatience.) Eh bien!., comment finit l'histoire?..

MARGUERITE, qui s'cst levée aussi, et qui est debout près de l'empereur, lui dit à voix basse. Elle s'achève en ce moment!.. [Geste d'étnnnement de l'empereur, et Marguerite poursuit rapidement, et à voix basse.) Mais je ne puis la raconter qu'à l'empereur!., à lui seul!., car lui seul doit l'entendre !.. [L'empereur fait éloigner tout le monde, et se rapproche de Marguerite.)

CHARLES-QuiNT, à Marguerite. Qu'est-ce que cela signifie?

MARGUERITE, lentement. Que le roi François I" est, en ce moment...

CHARLES QUINT, vivemcnt, avec colère, et à voix basse. Evadé?..

MARGUERITE. Non, sirc, mieux que cela.

CHARi.ES-QuiNT. Eh! quoi donc?

MARGUERITE. Marié!., dans votre oratoire, à votre sœjr !..

CHARLES-QuiNT. Mariage nul !..

MARGUERITE. Célébré par le cardinal Urbain ; en présence du (-onnétable de Montmorency, du comte de Comminges et des principaux seigneurs de France.

CHARLES-QuiNT. Sans mon aveu !

M.\RGUERiTE. Eléonocc était veuve, maîtresse de sa main... et au lieu de porter plainte devant le pape et devant la chrétienté, do ce que votre sœur devient reine de France, je voudrais qu'une union qui termine de si grandes querelles eiît éle conlractée, non pas à l'insu de Charles-Quint, non pas maigri; lui, mais par un calcul de sa haute politique. (Le 1-oi fait un mouvement, mais ne répond pas, Marguerite le regarde et continue.) Et s'il regarde dès ce jour cette union comme sou œuvre, il sentira qu'au mari de sa sœur, à celui doiii l'honneur devient le sien, on peut encore, au nom de l'Espagne, imposer des conditions rigoureuses... mais non déshonorantes!.. Je m'arrête... Le conte que j'ai osé rêver eijt été trop téméraire et trop invraisemblable, si je ne m'étais fiée, pour qu'il devînt de l'histoire, à la générosité et au génie d'un grand homme ! (Charles-Quint, après un instant de silence et de combat intérieur, ne regarde point Marguerite, mais se retourne vers les personnes de sa cour qui sont restées à l'écart, leur faisant signe d'avancer.)

CHARLES -QUINT, gravement. J'ai voulu annoncer ce soir à ma cour que mou mariage avec Son. \ltesse Royale l'infuUe de Piirlugal, devait se célébrer demain, et je suis charmé en même t 'uips d'avoir à lui faire part d'une autre nouvelle, sur laquelle j'attends ses félicitations : tous nos difTérends avi'C Ta France et avec son roi sont enfin heureusement terminés, parle mariage d'Eléonore d'Autriche, ma sœur, avec le roi François I''. (.Mouvement général de surprise.)

HENRI, GUATTISARA, ISABELLE. 0 cicl!

ISABELLE, à Charles-Quint, qu'elle félicite. Ah! sire! une nouvelle aussi lieuivuse...

MARGUERITE, jouant aussi l'étonnement. Aussi inattendue !..

GUATiiNARA. Uu projel aussi habilement, aussi secrètement conçu! vous êtes, sire, notre m lître à tous...

CHARi.ES-QuiNT, avcc impatience. C'est bien!

GUATTiNARA. Cir uii)i-mêmeje ne m'en doutais pas!

CHARLES-QUINT. C'csl bicu, VOUS (lis-jc?.. [A Marguerite.) Je donne poiirditt à ma sœur, la Bourgogne; et dans notre traité avec François [", nous n'oublions pas le petit royaume de Navarre, que f Espagne et la France doivent protéger...

HENRI, à part, avec joie et regardant Marguerite. Roi de Navarre !..

MARGUERITE, avcc reconnuissance . Ah!., voilà ce que l'Europe appellera un acte de bonne politique... et moi, sire, un acte de gr.uideur ij'àme !..

CHARLEs-QiiNT, à dcnii-voix. Et mes espérances et mes promesses, M.irguerite, comment lesapp llerez-vous?

MARGUERITE, souriant. Les contes [Regardant Henri.) de la reine de Navarre.

FIN DES CONTES DE LA REINE DE NAVARBK

LA CAMARADEMIE.

M, DE MiREHONT. Tti i!; i.icii sûre , 103 chèrc nmic. — Ac'e 4, scène Ire.

lous, debout et choquant I un contre l'autre leur verre )v»!/j|i de Champagne. Ainuié éler.ic-lle !

FIM DU DEUXIEME ACTE

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