URSULE, PHILIPPON
PHILIPPON. Je suis enchanté, Madame, de vous retrouver encon; ici. Où est donc Léon?
URSULE. Léon? je ne sais, il y a longtemps qu'il est passé dans le jardin.
PHILIPPON. Tant mieux, car devant lui je n'aurais osé m'e\pliquer. Je vous disais bien ce matin que vous aviez contre lui de l'antipathie, et j'en ai maintenant la preuve. Clairval, avec qui je viens de causer, avait pour lui des projets d'établissement : il voulait lui donner une de ses cousines, et c'est vous. Madame, (]ui l'en nvcz dissuadé.
URSULE, avec embarras. .Moi, je ne dis pas non. Mais ce mariage était peu convenable; et d'ailleurs, pour l'einpèclier, il y avait des motifs inutiles à vous apprendre.
PHILIPPON, oyccî?ii/s(m'. Nous les connaissons comme vous.
URSULE. Que voulez-vous dire?
PHILIPPON. Voyez combien vous étiez injuste! vous croyiez que Léon aimait madame de Melval : il n'y pense seulement pas.
URSULE. Vraiment? Eh! mon Dieu! je l'ai dit, parce ([u'ou le disait, sans y attacher d'importance.
PHILIPPON. Il aime ailleurs. Nous avons ici M. Dermont, le receveur, un ami du père de Léon; il a deux filles charmantes, que mou pupille a connues très-jeunes : c'est l'une d'elles qu'il aime.
URSULE. Vous en êtes bien sûr?
PHILIPPON. Oui, vraiment. Il s'est trouvé l'autre semaine avec M. Uermoiit à une partie de chasse, et lui a parlé, avec beaucoup de trouble et de timidité, du bonheur d'être de .sa famille. Il connaissait, disait-il, quelqu'un qui serait bien heureux d'être sou gendre, enfin, ce qu'on dit en pareil cas; et il allait faire la demande formelle ;-mais M. Dermont, en homme prudent et en beau-père expérimenté, a rompu la Conversation pour se donner le temps de préparer sa rélionse et de prendre un parti. Il a consulte Clairval, qui m'a fait ap|ieler. Nous en avons délibéré tous les trois, et si maintenant vous voulez nous seconder., .
URSULE. Moi, Monsieur, je ne vois pas à quoi je peux vous être utile.
PHILIPPON. D'abord à coimaitre celle des deux sœurs dont il est amoureux! car nous ne savons pas encore laquelle; ensuite, pour décider la jeune personne, il faudrait... mais taisons-nous, car voici ces demoiselles.