‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 749 sur 975 · URSULE, JULIETTE, MALVINA · texte numérisé non relu

URSULE, JULIETTE, MALVINA

JULIETTE. Eh ! mon Dieu ! que veut-il dire?

URSULE. Rien ; vous le connaissez, il est toujours occupé de Léon; et il me demandait tout à l'heure ce que vous en pensiez.

JULIETTE. Léon ? il est gentil, n''est-ce pas, Malvina ?

MALviNA. Oh oui !

JULIETTE. Nous avous presque été élevés ensemble ; et c'est un aimable jeune homme, très-doux et très-complaisant.

MALVINA. Et qui nous l'ait toujours danser quand nous n'avons pas de cavalier.

JULIETTE. Et puis il a de l'esprit, des connaissances, n'estce pas, .Madame ?

URSULE, affectant l'insouciance. Vous trouvez? c'est singulier! Je ne sais pas, moi, je ne l'aimerais pas beaucoup; mais on ne peut pas disputer des goûts.

JULIETTE. Permettez, je ne dis pas du tout que ce soit un phénix.

MALVINA. Ni moi non plus,

URSULE. A la bonne heure; car vous, Mesdemoiselles, qui d'ordinaire avez tant de jugement...

juLiETtE. D'abord, son éducHitlon a été très-négligce ; il ne sait pas une note de musique.

MALVINA. Et n'a jamais dansé par principes.

JULIETTE. Souvent même il vous marche sur les pieds.

URSULE, riant. Je dois convenir on ettet que sa danse n'est l'as très-romantique; [Sérieusement.) ei \m\s„ ce n'est pas pour en dire du mal, car ce n'est pas sa faute, mais enfin il n'a aucune fortune.

MALVINA. C'est vrai; je ne pensais pas à cela; et puisqu'il est question de lui, j'ai envie de vous faire une confidence, et de vous demander un conseil.

URSULE. Eh! mon Dieu! qu'est-ce donc?

MALVINA. Apprenez, comme je suis l'aînée, que mon père m'a (lit tout à l'heure de bien examiner si j'aimais M. Léon, parce que si je n'en veux pas pour mari, on le donnera à ma sœur.

JULIETTE. Eh bien! voilà qui est aimable. Je vous préviens, ma chèn*, que vous pouvez le garder : je n'en veux pas.

MALVINA. Eli bien! .Mademoiselle, ni mui non plus. D'ailleurs, je crois que M. Auguste, un jeune notaire, me fait la cour, et qu'il a des intentions.

JULIETTE. Raison de plus; si ma sœur fait un beau mariage, si elle épouse M. Auguste, qui a de la loitune, à coup sûr, je n'épouserai pas .M. Léon, qui n'a rien : ça serait déchoir.

LA HAINE D'UNE FEMME

Al» de VÈcu de six francs.

Ma soeur aurait un équipage Et brillerait par ses atours ; Loin de souffrir un tel partage, Au célibat vouant mes jours.

J'aimerais mieux que, pour toujours.

Chacune de nous restât lille.

HALViNA, effrayée.

Quoi! rester filles toutes deux !

JiaiETTE.

Oui, vraiment... si c'est ennuyeux, Du moins on s'ennuie en famille.

Je m'en rapporte à Madame.

MALviNA. Et moi aussi.

iRsur.E. Dès qu'il s'agit d'un sujet aussi important, je n'ai point de conseils à vous donner.

JULIETTE. C'est égal, je suis sûre que vous êtes de mon avis, car je me rappelle la manière dont vous me parliez de M. Léon.

MALVINA. Eh! mon Dieu ! ma sœur, je l'aperçois dans la grande allée; il vient de ce côté : je ne veux pas qu'il me voie.

URSULE. Ni moi non plus. Faites comme vous l'entendrez; je n'y suis pour rien. [Malvina sort par le fond, et Ursule par la porte à gauche.]

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