‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 769 sur 975 · CÉSAR, MANETTE · texte numérisé non relu

CÉSAR, MANETTE

MANETTE. Ah! VOUS voilà, monsieur César? J'ai une bonne nouvelle qui me fait bien de la peine.

cÉsAK. Qu'est-ce donc?

MANETTE. Mon bourgeois achangéd'idée; il vadîncr en ville.

CÉSAR. Chez un de ses amis?

MANETTE. Non ; chez un ami de sa femme.

CÉSAR. C'est la même chose. Eh bien! qu'est-ce que cela vous l'ait?

MANETTE. Cela me fait, que je m'en vais être libre toute la soirée, et que si vous n'étiez pas retenu ici par votre pure, et par le repas de M. l'ambassadeur, j'aurais quelque chose à vous proposer.

CÉSAR. iN'est-ce que cela?.. Je suis libre comme l'air.

.MANETTE. Quc voulcz-vous dire ?

CÉSAR. Que je viens d'être destitué à l'instant même : c'est comme un l'ait exprès. Moi, j'ai toujours eu du boidieur.

MANETTE. Ah! que je suis contente! parce que je viens d'inviter deux ou trois de mes bonnes amies, Rose et Eulalie, que vous connaissez.

CÉSAR. Eulalie en sera?

MANETTE. Et si VOUS voulcz être des nôtres?..

CÉSAR. Je le veux bien.

MANETTE. Ah ! uiou Dieu ! j'y pense maintenant, et je suis bien fâchée de vous avoir invité, parce que c'est moi rjui ferai le dîner ; et vous qui êtes un élève de votre père, vous qui avez du talent, je n'oserai jamais...

CÉSAR. Laissez donc. Est-ce ([ue vous croyez que je suis difficile? J'aime bien mieux la cuisine bourgeoise que la cuisine paternelle.

MANETTE. Dauic ! je ferai de mon mieux. Mais dites-moi toujours ce que vous voudriez.

CÉSAR. Ce qu'il vous plaira.

MANETTE. Noii, MoMsieur! Jc vcux savoir ce que vous aimez mieux.

CÉSAR. Quelle bonté! quelle douceur! quelle femme j'aurais là! Eh bien, Manette. . Cette pauvre fille, il ne faut pas lui demander quelque chose de bien difficile. Un miroton, une blanquette : les premiers éléments.

MANETTE. N'est-cc quc Cela?

CÉSAR. Sans doute. Vous sen:ez bien que je n'irai pas vous demander des coulis, des friteaux, des mets diplomatiques; et, comme dit mon jjère, des [juddings à ta chipolata.

MANETTE. Comment dites-vous?

CÉSAR. Pudding à la chipolata. C'est un gâteau anglais-

italien, que papa voudrait servir à son dîner de grands seigneurs. .Mais il a beau chercher, absent.

MANETTE. Eh blcu ! je serai plus habile que lui; je vous traiterai en grand seigneur, je vous en donnerai un.

CÉSAR. Comment! Manette, vous savez ce que c'est?

MANETTE. Je me rappelle très-bien ce nom-là, pour n'avoir jamais pu le prononcer.

CÉSAR. Pudding à la chipolata.

MANETFE. Mais j'avais une tante qui possédait la recette. C'est ce qui lui a valu d'être enlevée par un cuisinier anglais.

CÉSAR. Diable! s'il en est ainsi, ne dites ce secret-là à per- .sonne ! Je n'ai pas envie qu'on vous enlève avec la recette.

MANETTE. Oh! Ile craigncz rien, ça n'est pas difficile. Cependant, je ne pourrai guère le faire dans ma petite cuisine.

CÉSAR. Pourquoi pas ici? sur un fourneau particulier?

MANETTE. D'autaut plus qu'il y a là tout ce qu'il faut.

AiR ; Dorme: donc, mes chères amours,

PREMIER COUPLET. Mais il me faut encore ici Du rbum, du madère.

CÉSAR, lui donnant ce qu'elle demande.

En voici.

MANETTE

Des raisins, du macaroni.

CÉSAR

Le ciel ensemble nous destine A fair' l'amour et la cuisine.

Dans notre liymen que d'iieuieux jours!

(Hprend un soufflet pendant que Manette travaille.) Eu soufflant 1' feu j' pourrai toujours Parler ainsi de nos amours.

MANETTE

Soufflez, soufflez.

Ne parlez pas, soufflez toujours.

DEUXIÈME COUPLET

CÉSAR

Quels beaux yeux et quel bras charmant!

MANETTE

Cela prend figure, vraiment.

CÉSAR, («1 prenant le hras.

Grâce à notre double talent.

Vivre eusembl' nous s'ra bien facile.

MANETTE

Tenez-vous donc, restez tranquille.

CESAR

Quand rbymen charmera nos jours,

A quel moyen avoir recours.

Pour que rien n'éteign' nos amours?

MANETTE

Soufflez, soufflez, Soufflez, Monsieur, soufflez toujours.

ENSEMBLE

Soufflez I .

Soufflons I '«"J°"^^- (On entend appeler du dehors : Manette! Manette!)

MANETTE. C'cst Eulalic qui m'appelle pour mettre le couvert. Tenez, prenez mi place. Tournez de temps eu temps, et puis laissez sur le l'eu... voilà comme faisait ma tante. [Elle sort en courant.)

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