LE MARQUIS, LE VICOMTF
LE MARQUIS. OÙ douc étais-lii hier, vie unie? nous t'avons alleiidii.
LE VICOMTE. J'ai soupi' avec la Saiut-lluberli; nous étions là nue demi-douzaiui' de pliilnsoiibes litiés, i\u\ avons luoralix' toute la nuit autour d'un tapis vert. Voisenon nous a clianti' des couplets cliarinanls de Favart. Sophie .\riioiill ('tail tout esprit, et moi lunl oreilles.
LE MARQUIS. On a joué?
LE VICOMTE. Pour passcr le temps.
LE MVRQuis. Tu as pcrdu?
LE VICOMTE. Une bagatelle, mille écus; c'est-à-dire nous sommes deux qui les avons perdus, moi, et celui qui iiii' li'S a gagnés.
LE MARQUIS. Tu ii'as pas d'ordre, vicomte.
LE VICOMTE. Je ne sais pas comment je fais. J'ai ipiaruile mille livres de rente, je fais à peu près pour aulaiit de dett s par au, ce qui me complète un revenu de quatre-vingt mille franc-. Eh bien! je suis gêné.
LE MARQUIS. Est-ce que tes créanciers veulent te faire décréter ?
LB VICOMTE. Je no m'en inquiète pas; mais ces drô!es-là s'avisent de perdre patience, après cinq on six ans! ils préfendent que je jette mon argent par les fenêtres. Il famlra que je leur fasse prendre ce chemin-là pour courir après. Mais toi, marquis, est-ce que tu te jettes dans la réforme ''
LE MARQUIS. Celtc petite Julie me toumc la tète; j'eii suisfuu.
LE VICOMTE. Sérieusement?
LE MARQUIS. Tu l'aï vuo ici, et toi-même tu en étais enchanté. Fille d'un négociant qui avait eu le bonheur d cire utile à notre famille, orpheline des son bas âge, Julie a été recueillie par les soins de la duchesse; elle a passé son enfance avec ma sœur, mon frère cl moi. 11 s'est élabli entre nous une certaine familiarité, tout en gardant les distanees, qui m'a permis d'apiuvcier sou eharmant caractère. Julie a dix-hnit ans; je n'ai jamais vu de traits plus gracieux. Je pensais que l'habituile de vivre dans le grand monde la disposerait à ra'écouter favorablement; mais, soit un reste de timidité bourgeoise dont elle n'a pu se défaire entièremeiU, soit rasccndaut qu'exerce oncon^ sur elle sou frère, espèce de mauvais sujet, qui alYecte des idées d'honneur, d'indépendance...
LE VICOMTE. Tout Ic iiiondc s'en mêle.
LE MARQUIS. Julic u'a pas reçu l'aveu de mon amour avec cette reconnaissance que sou éducation nie faisait espérer. Elle a des principes, et puis ce frère, M. Raymond, qui ne la (piitte pas d'un moment, trouve mauvais iju'on fasse la cour à sa sœur.
LE VICOMTE. Il ne te gênera (dus.
LE MARQiis. Couuneut ?
LE VICOMTE. Avant-hier soir, il a été racolé sur le quai de la Ferraille, et demain ou le fera partir pour Thioiivillc, où le régiment de Brie est eu garnison.
LE MvROi is. .M lis c'est charmant; me voilà débarrassé d'un surveillant Irès-iueomiuode. Abaudonnéeà elle-même, une jeune fille ne résiste point aux séductions du rang, de l'opuleuce, et surtout au langage d'une iiassion véritable. Oh! je l'aime! Il y a nu mois que la duchesse l'a envoyée auprès de ma sœur, à la campagne, et depuis qu'elle n'est plus à Paris, j'y pense à tout moment. Je serais, d'iionneilr! le plus uiallieurinix deshonimes, s'il fabait renoncera la pjssession de l'adorable Julic.
LE VICOMTE. Voici le chevalier.
AVANt, PENDANT ET APRÊ8>