SCÈNE IX
Les précédents, GÉRARD.
GÉRARD. Pardon, Messieurs, je vous dérange ; vous étiez en affaires?
LE CHEVALIER, SB remettant. Non, non, Gérard, tu ne pouvais venir plus à propos.
LE MARQUIS. Eh bien! et ton père, nos fermes, nos vassaux, nos troupeaux?
GÉRARD. Monsieur le marquis, vous êtes bien bon. Mon père, malgré son grand âge, travaille encore beaucoup à la terre, et se porte à merveille ; vos fermes sont dans le meilleur état; le M. duc vient d'eu renouveler le bail à
AVANT, PENDANT ET APRÈS
mon père et à mon frère aine; et quant à moi, il vient de m'arriver un bonheur... Dieu Ijéiiisse madame la duchesse et toute sa famille.
LE CHEVALIER. Un bonheuF, Gérard ! et tu n'en as encore rien dit à Ion frère de lait !
GÉRAHD. Monsieur le chevalier, c'est que ce bonlicur-là m'est venu comme un coup de foudre. Il s'agit pour moi d'un établissement.
LE cHEVALiEn. C'cst uue bonne affaire?
ctRARD. Ah! c'est mieux que je ne méritais.
LE MAfiyiis. Quelque bonne grosse fermière bien à son aise.
GÉBARi). Non, monsieur le marquis, une brave et digne demoiselle, sans fortune, mais à laquelle je n'aurais jamais ose prétendre ; me voilà à Paris, où, comme je vous l'ai dit, je viens m'élablir avec la protection de madame votre mère. Je loge là, derrière l'hôtel Surgy.
LE CHEVALIER. Je t'en fais compliment. Et comment cela est-il arrivé?
GÉRARD. Vous savcz qu'il y a environ un mois, mademoiselle Ernestine, votre sœur, vint habiter le château de Saint- Maurice. Elle avait avec elle une jeiuie deaioiselle.
LE MARQUIS ET LE CHEVALIER. Julic!
LE CHEVALIER. Acllève.
GÉRARD. Oui, Monsieur; elle était si jolie, si aimable, que je l'aimais rien qu'à la voir; mais pour y penser, je ne l'aurais jamais osé, si ce brave M. Goberville, votre intendant, qui alors était au cliàteau, n'en avait écrit à madame voire mère, qui m'a donné une dot, son conseulcnienl. la promesse d'un établissement, et, depuis jeudi dernier, nous sommes mariés.
LE CHEVALIER. MaHés !
GÉRARD. A la paroisse de Saint-Maurice, par le chapelain de la duchesse.
LE CHEVALIER, à lui-même, à mi-voix. Je comprends muin- Icnant les paroles do ma mère : « J'ai élevé une barrière insurmontable. »
LE MAROLis , à pari. Ah ! ce drôle de Goberville se mêle de ces intrigues-là!
GÉRARD. Mon bon monsieur le chevalier, excusez si je ne vous ai pas prévenu plus tôt, vrai, ce n'est pas ma faute ; je sais combien vous vous intéressez à moi.
LE MARQiis, à part. Je n'en aurai pas le démenti; allons trouver le vicomte. (Il passe prés du chevalier, et lui prend la main.) Eh bien! chevalier, tu vois; tandis que nous nous dispntioiTs le cœur de Julie, ce rustre était plus heureux que nous. {En sortant.) Sans adieu, monsieur Gérard, je vous félicite. Présentez mes hommages à votre charmante épouse.
GÉRARD. Monsieur le marquis, c'est bien de l'honneur pour moi.
LE MARQLLs, à/)ar(. Oui, parbleu, je te ferai cet honneur-là.