‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 789 sur 975 · LE MARQUIS, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE MARQUIS, LE CHEVALIER

LE MARQUIS. J'atlciulais le départ de ma mère pour te gronder. La façon dont tu t'es exprimé m'a fait une peine... Est-ce ma faj.ite à moi, chevalier, si j'hérite des biens de la famille? C'est un ordre, tin usage établi auquel j'ai dû me crjiiformer. Mais il se présente une circonstance merveilleuse pour te rendre aussi riche que moi.

LE CHEVALIER. .Merci, mon frère, gardez les biens (pii vous attendent. •

LE MAHuuis.ll ne s'agit pas de ceux-là; épouse riiéritière (|u'on nie propose.

LE CHEVALIER, Mol !

LE MARQUIS. Il y a cent cinquante mille livres de rente ; la jeune personne n'a rien de désagréable. Quant à son caractère,.. Elle a un fuit beau château en Norniaudie, on elle peut se retirer; et une fois mariés, vous ne vous verrez plus, si Cela vous fait pl.iisir.

LE CHEVALIER, souriant. Voilà un bonheur conjugal tout à fait digne d'envie. .Mon frère, si j'étais encore libre, je ne voudrais pas d'un mariage oii le cœur ne serait pour rien; jugez si je puis l'accepter quand j'aime.

LE MARQUIS. Moi aussi, j'aime; mais ce n'est pas une r.iison. Tons les jours on aime une jeune fille, et on épeusc une demoiselle.

LE CHEVALIER. Jc respccte, j'honore celle que j'aime; jamais on lie fut plus digne d'estime que Julie.

LE MARQUIS. La pu|iille de ma mère?

LE CHEVALIER. J'ai jucé qu'elle serait ma femme, et je tiendrai parole.

LE MARQUIS. Y penscs-tu , chevalier? Que cette jeune fille ait été l'objet de tes soins; qu'elle t'ait inspiré, comme à moi, le désir de lui plaire, à la bonne heure; mais l'épouser...

LE CHEVALIER, Quc lui reprochcz-vous? son [khi de fortune? n'est-il pas une suite des sacrifices faits par son père à notre famille? Son éducation'? elle a partagé celle de ma sœur.

LE MARQUIS. Et Sa naissancc? Non, chevalier, tu ne nous affligeras pas par une telle mésalliance. Moi aussi, je n'ai pu me défendre des attraits de Julie; je l'adore; mais ij^ ciel m'est témoin que je n'ai jamais songé à l'épouser.

LE CHEVALIER. Voiis vouHez la séduire?

LE MARQUIS. L'honueiir de ma famille avant tout.

LE CHEVALIER, s'écliaufjaiil . Et c'est en (iréparant le malheur, l'opprobre d'un être vertueux, sans défense, que vous prétendez honorer le nom de vos aïeux?

LE MARQUIS. Chcvalicr, ce langage...

LE CHEVALIER, furieux. Voilà donc les prérogatives du rang, les nobles desseins du marquis de Surgy? Ah ! ne vous y trompez pas... votre sang paierait l'oulrage fait à Julie.

LE MARQUIS. Sileiicc, chcvaliec; on vient. C'est le fils de notre fermier.

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