CARACALLA, GÉRARD, JULIE
GÉn.vRn, posant son fusil. Eneoro une faction dans le sac il poudre. M'en voilà délivré, et grâce au ciel nous n'avons trouvé pcrsonn.'. Ma femme, un peignoir Liane; c'est leeiloyen Caracalla qui vient se faire donner un coup de poigne.
CAB.\CAi.i.A. .rélais là z'à regai'der ces deux factionnaires qui sont au coin de la rue, et quasiment devant tu porte. Ih ne la'ss:'nt passer pai'sonnc; mais moi c'est différent, ils m'ont ]iurtc les armes, parce qu'un muiueip il ça passe parlout, ça vat à tout. (Il donne son ijUel à Julie. Julie prend le gilet et le place sur une table.) Merci, citoyenne. (Julie lui présente un peignoir.) Dis donc, Gérard, cs-tu z'à l'ordre du jour? sais-'.u le nouveau décret?
cÉRAiiD. Lequel?
CARACALLA. Il cst '/.'enjoint aux citoyens de se tutoyer, sous peine d'être susperis, conune adulateurs. Quelle lielle idée ! comme c'est patriotique!
JULIE, lui passant le pdgnoir. Comment, les hommes tutoieront les femmes? les enfants tutoieront les vieillards?
CAR.\CALLA. Lcs prérogatives de la nature.
JULIE. Et que deviendra le respect, la politesse?
CARACALLA. Supprimés par décret du 10 brumaire.
JULIE. Mais comment feront , par exemple, vos douiestiques?
CARACALLA. D'aliord, citoyenne, la nation ne reconnaît pas de domestiques. Allachc-moi cela. (Montrant les cordons du. peignoir.) Elle ne reconnaît que des égaux et des perturbateurs. [Pendant ce temps, (Jérard va et vient d'un coté el d'autre dans la boutique, et prépare tout ce qui lui est nécessaire pour accommoder Curaealla.) Si tu étais t'a la tèle des choses, tu saurais que les domestiques ne peuvent pas exister sans qu'il y ait de ces êtres dégradés par la fortune, qu'on appelait z'autrcfois des ci-devant maîtres ; et la nation n'en recomiaîtra jamais... c'est invincible.
GÉRARD, à Caracalla, le faisant asseoir. Mets-toi là.
JULIE. Elle aurait pourtant bien besoin d'un maître, la nation ; et vous autres aussi. (Elle passe à, droite et s'assied sur le bras d'un fauteuil, regardant toujours Caracalla.)
GÉRARD. Y penses-tu? au lieu d'un nous en avons vingtcinq ou trente mille, qui ne nous coûtent rien de façon.
CARACALLA, aSSis. C'cSt jUStC.
GÉRARD, peignant Caracalla. Quel beau gouvernement qui! celui oii l'on a toujours des fonctionnaires sous la main, des municipaux ipi'on va prendre au pétrin du boulanger, ou dans l'éclioppe du savetier!
CARACALLA. Cei'lainemi'ut. [Il se lèue, et d'un ton déclamateur.) (Juand le peu|ile romain avait besoin d'un général, il allail dans leschamps, et il prenait z'un cullivateur. A propos de citoyen romain, encore un sacrifice à la patrie. [Montrant sa queue.) Coupe-moi ça.
GÉRARD. Comment! tu veux...
CARACALLA, .çp ra.^seyaut. Les municipal, c'est censément (tomme des sénateurs romains; il faut qu'ils soient z'à la Titus... Fameux citoyen, que le ciloyen Titus... A propos de queue, je t'ai vu passer tantôt z'avec la patrouille; et toi, qui ordinairement va z'en tète, tu étais dans les traînards.
GÉRARD, tout en le coiffant. Que veux-tu, citoyen municipal, c'est que les derniers souliers que lu m'as faits me gênaient un peu.
CARACALLA. C'cst possiblc ; depuis que j'ai t'clé nonuné municipal, je néglige l'cscirpin. Je ne fais plus de S'Mdiers,je fais des molioiis.
GÉRARD Aux Cordeliers?
CARACALLA. Nou, c'est ilcs patriotes à l'eau ims"; je vas à une autre société : Ions purs moiitignards dans celle-là. Et si la citoyenne m'entendait ipiaiid je suis t'a la Iribune...
JULIE. Je me demande toujours où vous avez appris l'éloquence.
CARACALLA, Se levant. Quand un citoyen z'actif ados princi|ies solides [Gérardle fait asseoir) , il a beau ni; rien savoir, il est propre atout. (// se relève.) Voilà le résumé des droils de l'hoinmc.
GÉRARD, le faimnl asseoir. Il a raison ; un bon citoyen n'a pas besoin d'étudier! il se sulTit à lui-même.
CARVCALH. Celui-là me co;nprend, c'est pour cela que nous abattons tous ces monuments du despotisme ; la piu'ti' Denis, la piii-te Martin; et un tas d'es!atues et de ])alais, et d 's hôtels (|ui vexent le peuple. [Il se lève et va à Ju'ie.) Raisiumons. .\ supposer que les places, comme tu viuulr.iis l'inculquer, soient z'à la participation do ce qu": tu ap])elles des connaisseurs, dos savants; hein.. . qu'arriverait-: 1?
JULIE. Vous ne seriez p:is en place.
CARACALLA. Oui, mais nous retombons dans la fi'olalité et les accapareurs... voilà. Âiik-i, citoyenne, je t'invoque à plus de... je t'y invoque. [A Gérard.) Tu as donc fini? ça fai'. .
GÉRARD. Un assignat de cinq cents francs.
CARACALLA. G'ost z'un poii clicr ; on a eu tort de ne pas comprendre la coup:; des cheveux dans le maximum.
JULIE. Il n'aurait plus manqué que cela, après avoir sup- |irimé la coiffure et 1 1 poudre.
CARACvLn. Citoy(mue, lu es t'égoïsto, la révolution n'a pas été faite pour les perruquiers ; et tout de même, citoyenn ', toi qui U' l'aimes pas la révolution, tu en uses. Gérard m'a tout raconté; tu es bien aise de la trouver, pour divorcer, cette pauvri! révolution.
JtiLiE. Moi!
CARAC.vLLA. C'ost singulier, comme celte loi du divorce a du succès dans les ménages ; les citoyennes en sont folles; c'est une loi pour les femmes. Cjs coquins de législateurs, ça pense à tout. [A Gérard.) Ah çà ' c'est loujours pour ce soir ; et les témoins!
GÉRARD. Toi, le pàti.ssier .Manlius, et les doux premiers ciloyens venus.
CARACALLA. Ma foî, lu as aussi bien fait. A présent, on peut tout dire. Gérard, tu as déjà z'un remplaçant.
GÉRARD. Moi !
JULIE. Qu'est-ce que cela signifie?
. CARACALLA. Citoyenne, tu n'as pas la parole. (.4 Gérard.) J'ai rencontré ce mntiii la citoyenne Cornélie, la rempailleuse, une des plus intrépides tricoteuses de la section , elle a vu, hier soir a la brune, un galanlin, un muscadin, tranchons le mot, un individu qui se glissait par la fenêtre basse dans la chambre de ta femme.
GÉRARD, à part. On l'a vu !
CARACALLA. Et coiiime il n'est pas sorti . faut croire qu'il y est encore, et la preuve. [Montrant le chapeau que le marquis a jeté en entrant.) voilà z'un chapeau rond qui est le sien, car toi z'ct Uioi n'en piu'tons pas.
JULIE, à part. 0 ciel !
(;ÉRABD. Tu oserais soupçonner ma fenmie!
CARACALijA. Puisqu'cllo uc Va pliis l'êtrc. Seulement, elle a z'un peu anticipé, et voilà tout. [On frappe à la porte du cabinet à gauche.)
GÉRARD. On frappe à cette porte qui doinie sur la place do l'Égalité. Femme, va ouvrir.
JULIE, embarrassée. Oui, oui, mon ami; oui, j'y vais.
CARACALLA, prenant son bonnet. Va donc, citoyenne; et
AVANT, PENDANT ET APRÈS
niiii. ]iii le temps tr.illoi' z'écoliltr les papiers chez Cassius If limonadier. {Donnant une poiifm'c de mainà Gérard.) Salut Pt rralcrnité. [H sort en chantant.)
GÉiiARii. lili liicii! (l'imiic, Ui n'enlends pas?
.ii'LiE. Oui, mon ami, c'est toi qui as la rlé.
nùiiAKii. (Test juste. (// ouvre lu porte du cabinet et voit le marquis.) Dieu! le luanjuis!