‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 81 sur 975 · SCÈNE vni · texte numérisé non relu

SCÈNE vni

BERNARDET, CESARINE, ZOÉ.

iiEioARDKT. Mais... s'il parle... il est perdu!..

césarink. J'y compte bien! [Reyardant Zoé.) C'est un homme Uni !

ZOÉ. Je le crois comme vous.

nER.>ARiiET. Et moi je n'y conqironds rien ! Vous, Madame, si flnogt si iulroJt-:... qui avez t:uil de tact et de convenances, laisser voir aussi clairement à votre mari Tint ■l'ét que vous portez à votre cousin?., c'est d'une impnuUnce, d'ui^e gaucherie..., ,,,,;,

cÉSARi^E. Vous croyez!.. (/î/ant d'un air dédaigneux.) Vous êtes pourtant do-teur enmédecint;.

iiERNARDET. Oui, Madauic.

cÈSARiNE, (/(' même. Vous venez d'èlrc nouinié professeur...

BERNARDET. Gràcc à vous!..

cÊsARiNE. Je vais presque m'en repentir, car vous n'en savez pas long !

RERNARDET, y)/yit('. Ccst possiblc!., uiais jc sais que c'est perdre ce jeune homme... c'est l'empêcher d'être nomme...

cÉSARi.NE. Et. . si telle était mou intention?..

UERNARDKT, vivcmeut. Hein!., qu'est-ce que c'est?.. Un changemenl de front... un changement de manœuvres?..

ZOÉ. Eh oui !

CESARINE. Vous l'avcz dit.

BERKARDET. Quelquc habitué que j'y sois avec vous... encore faut-il prévenir lesgius...

cÉSARiNE. C'est ce que je vais faire... Écoutez-moi, docleur... J'ai quelque pouvoir... quelque crédit...

BERNARDET. Vous avcz fait dc moi un professeur...

cÉSARiNE. Je peux peut-être plus encore ici... dans cette maison... où j'ai quelipje influence, et où vous, docteur, vous avez des vues que j'ai cru deviner...

REiiNARDET. Quc voulcz-vous dire?

cÉSARiNE. I.a l'arnllé ne déto^te pas les belles dots... et soigne dc prédilection les belles hériliéres...

ZOÉ. Il est donc vrai !..

BERNARDET. Vous pourricz croiro...

cÉSARiNE, vivement. Que ce soient ou non vos idées, je ne les blàmc pas... je ne m'y oppy.o pas... c'est beaucoup!

Pen!-êlre même leur s.rai-je favorable... cela dépend de vous... et d'une condition...

BERNARDET. Laquelle?

CÉSARINE. C'est ([u'aujourd'hui Edmond de Varennes sera nommé député.

ïOE, avec juie. Bien, cela!

BERNARUET. Et Comment fcrai-je?

CÉSAHINE. Cela vous regarde ! je ne m'occupe pas des détails; voyez nos amis, nos camarades; qu'ils agissent.

BERNARDET. Moi qui ai reconimindé Oscar à leur amitié.

CÉSARINE. Vous leur rccomuianderez l'autre,

BERNARDET. .Mais uous l'abliorrous lous... nousledétcslons.

CÉSARINE. On'est-cc queceh fait? entre amis, entre camarades, il ne s'agit pas de faire du sentiment ni des phrases... il s'agit d'arriver.

BERNARDET. C'cst juslc ! j'y cours! (lievenant rt .-ic plaçant entre les deuc jemmes.) Mais le ministre, à qui vousmême aviez déjà iiailé en faveur d'Oscar?

CÉSARINE. A peine m'a-i-il écoulée , préoccupé qu'il é!ait des quatre voix qui lui mancpicnl, et qu'il lui faut à loul (iriv. Ah! si nous les avions, le mini.stre, serait à nous, il nous seconderait, porterait notre candidat, la nomination serait sur.'.

ZOÉ. Oui, mais comment avoir ces quatre voix? on a taul de peine à en avoir une!

CÉSARINE. Tout le monde se les arrache.

BERNARDET. Souvent la même sert à deux ou trois ministères successifs.

CÉSARINE, t'ji)e»ip;i(. Je les aurai ! je les aur.ii! j'en réponds! [Elle se met à la talile et écrit.)

ZOÉ, passant prés d'elle. Quel génie ! quel talent! c'est admirable! •

BERKARDET, la regardant écrire. Une lête bien organisée...

CÉSARINE, écrivant. Ces deux mots au ministre ! « Je vous « promets ce matin ce que vous désirez 1 et plus cncoi'C ; en « récompiMise, je vous supplie de porter, ce soir, comme « cmdidat ministériel, un homme que vingt fois je vous ai « entendu vanter vous-même... le jeune Edmond de Va- « rennes. « [Elle cachette sa lettre, et se lève.)

zoÉ, o part. Rien qu'en la regardant, quels progrès oi peut faire!

CÉSARINE. Tenez, docteur !

BERNARDET. Mais ccsquatrc voix?

cÉSARiiNE. Je vous répète que d'ici à deux heures nous les aurons; mou plan est là : dites seulement à tous nos camarades qui fe chargeront de le répandre, et dites vous-même partout où vous irez, que mon mari, M. de Miremoiit, est malade, très-malade.

BERNARDET. Moi ! SOU mcdccin !

CÉSARINE. Vous u'cu auccz que iilus de mérite dans doux ou trois jours, quand il se portera bien, quand il sera guéri, gr.'ice à vous.

BERNARDET. C'cstjustc! uiic cuTB merveilleusc que nous ferons mousser par nos amis, et dans la Gazette médicale... (Il va pour sortir, et vient se placer entre les deux femmes.) Miis jc voudrais savoir...

CÉSARINE. (?e-it inutile... failes toujours!

BE:iNARDF.T. Je uc Comprends pas.

ZOÉ. M moi non plus... mais qu'importe? failes ce qu'elle vous dit.

CÉSARINE. Et vous, Zoé, dc la d scrélion ! Tour vous comme pour tout le monde, mon mari est malaile.

ZOÉ. 11 ne passera pas la jonroée.

BERNARDET. Et si OU Ic VOit?

CÉSARINE. 11 ne soriira pas! il gj^rdçjra la chambre ! BERNARDET. Qui l'y décidcca?

CÉSARINE. M'ii.

BERNARDET. QuI l'y rcticndra î

LA CAMARADRRIF,

CKSAniMC. Mi>i.

ZûK. EWc'... 1)11 vniis (lit... elle se charge de toiil.

rKsAniM;, Celle Icltre au ministre... il ne scr.i pas à son liôiol, e'f^t l'iieiirc de là Chambre.

UKUNAiiiiKT. J'y C(Hirs....ie l'y trouverai ; et duis les luircaiiv, dans les couloirs, dans l.i s die des eouféreures...

(;Ls.vniNK. Vous répandrez la nouvelle.

iiEUNAtiuET. C"e^t dit. [Fousse sortie et revenant.) [,e mot d'iirdie à no.s eaiiuirades... des arliclcs dans les journaux du suir... des annoiires dans les salons... Ali! di' la p.iille dans la rue, sous les fenêtres de IMintel... et ta permission du pi'éCel de poliee... je la demanderai après.

i:ks.miine, bas, à Zoé. Vous le voyez! le voilà lancé. . il obéit à rimpulsion.

zoK, (i part, regardant Césarine. Et elle, à la mienne.

cÉsAïuNE, à Bernardet ^uj pari. Adieu!., adieu 1 Vous, Zoé, suivez-nioi.

ZOÉ. Oui, Madame. {A part.) Edmond sera député! {fier nardet mrt par le fond, Césanne et Zoé par la porte à droite.)

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