SCÈNE VIH
Les PRÉCÉDENTS, li» DOMESTIQUE; puis DERNEVAL.
LE DOMESTiQi'E, annonçant. Monsieur Derncval.
LE GÉNÉRAL. Dieu ! c'cst luj !
DERNEVAL sotue tout.k monde, et fait un geste de surprise en apercevant Alfred. Monsieur Alfred, pardon, je ne m'attendais pas il VOUS rencontrer ici.
ALFRED. J'ai reçu voire letli'e. Monsieur, el j'achevais ma réponse : j'aurai l'honneur de vous voir aujourd'hui ii trois heures.
DERNEVAL. Je VOUS rcmereie , monsieur le duc ; je vous avais bien jugé, et je n'altcndais pas moins de vous.
lE GÉNÉRAL, passant entre Alfred et Dcrneval. Il prend la maiti à .Mfred, lui fait signe de garder le silence, et s'adressant à Derncval : H me semble, Monsieur, que c'était à moi d'abortl que vous auriez dû vous adresser.
DERNFVAL. Je veiiais , Monsieur, réclamer cette grâce; j'aurais désiré vous parler seul.
LE GÉNÉRM.. Maintenant le secret serait inutile, je n'en ai point iioiir ma famille, pour mes amis : parlez sans cr.iintr. {Le vicomte s'assied sur un fauteuil à gauche.)
DERNEVAL. Si jusqu'à présent. Monsieur, je n'ai ose me déclarer, c'est qu'orphelin et sans forlune, on aur.iit pu croire qu'en demandant en mariage mie riche héritii're, j'étais guidé par un antre motif que celui de l'amour le plus pur. D<>puis queliiues instants seiileiuent ma position vient de changer; j'ai un oncle qui m'a élevé, et de qui, malgn'' ses immenses richesses, je n'avais le droit de rien exiger! car en me donnant de l'éducation, et le moyen de faire moimême ma fortune, il avait rempli Ions les devoirs d'un bon parent; le reste me regardait; mais aujourd'hui, prêta le quitter, peut-être pour jamais, j'ai cru devoir lui faire mes adieux, et lui rendre compte des molifs qui me faisaient agir. En entendant votre nom, celui de votre fille, il a tres- .sailli, et se soufenaif à peine; une extrême agitation se faisait remarquer dans tons ses traits. « Plût au ciel, me dit-il, « qu'un tel mariage fût possible ! ce serait le repos du reste u de mes jours. Va dire au général que, s'il veut consentir « à celle union, je te donne cinq cent mille francs ; et après « moi, toule ma forlune, dont je voulais disposer en fa- (1 veur des hospices. « TOUS. Il sérail possible!
DERNEVAL. Puis s'arrètattl, il m'a dit : « Non, de telles « considérations ne suffiront pas auprès du général; il en « est d'antres plus puissantes': il faut que je lui prirle raoi- 0 même. » Et alors il s'est mis il son bureau, et a écrit cette lettre qu'il m'a prié de vous apportu- moi-même. ALFRED. Voyez, mon oncle, lisez vile.
LE GENERAL, tisatit la lettre. Un rendez-vous qu'on mu. demande. Mais celte écrilure, que jo crois connaître; le baron de Goberville.
LE VICOMTE, se kmtit. Goberville! cet ancien procureur qui faisait l'usure et les affaires de votre famille! LE GÉNÉRAL. L'autcur de tons nos maux.
LE vicojiTE. In spolialeur, un fripon.
DERNEVAL. Monsieur, il est mon oncle, il fut mon bienfaiteur; et devant moi je ne dois pas souffrir...
LE GÉNÉRAL. Il a laisou. [A Dcrneval.) Pardon, Monsieur, je n'ai pas été maître d'un premier mouvement. [Montrant la lettre.) Lui, voire oncle ! ah! vodà ce que je ne savais pas. LE VICOMTE. J'espère maintenant qu'il n'y a pins à hésiter, et que toute alliance est désormais impossible avec un... [Regardant Dcrneval et se reprenant.) avec un procureur : cela suffit; et s'il osait se présenter...