‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 821 sur 975 · SCENE m · texte numérisé non relu

SCENE m

Les PRÉCÉDENTS, RONDO.N.

R0^D0^•. Bonjour, mon cher Delmar. (A Rémy, qu'il salue, i Monsieur, votre serviteur. [A Delmar.) Je t'apporte de bonnes nouvelles, car je sors du comité de lecture, et l'ouvrage que nous avons terminé hier a produit un effet,..

DELMAR. C'est bien; nous en parlerons dans un autre moment. Tu viens pour travailler?

RO.XDo>'. Oui, morbleu! [Appclatit.) John! à déjeuner! car moi, je suis un bon convive et un bon enfant.

DELMAR. Je te présente le tlocteur Remy, mon camarades de collège, et mon meilleur ami, un jeune praticien, qui est persuadé que, pour réussir, il suffit (l'avoir du mérite.

Ro>D0N, Monsieur vient de province?

DELMAR. Non : du faubourg Saint-Jacques.

Ro>DoM, C'est ce que je voulais dii'e.

DELMAR, à Rémy. Apprends donc, et mon ami Rondon le k dira, que. dans ce siècle-ci, ce n'est rien que d'avoir du talent.

RO-NDON. Tout le monde en a.

DELMVR, L'essentiel est de le persuader aux autres; et pour cela, il faut le dire, il faut le crier.

ROîSDON. Monsieur a-t-il composé quelque ouvrage?

REMY. Un Traité sur le croup qui renferme, je crois, quelques vues utiles; mais toute l'édition est encore chez Ponthieu et Delaunay, mes libraires,

RONDON. Nous l'enlèverons; j'en ai enlevé bien d'autres.

DELMAR. Ne fais-tu pas un cours?

RÉMY. Oui, tous les soirs, je réunis quelques étudianls.

DELMAR. Nous cn parlerons.

LE CHARLATANISME

ROiSDOis. Nous VOUS ferons connaître. Avez-vous une nuinbrcu>i' rliciitMe?

RÉMY. Non, vraiment.

RONDON. C'est égal,, on le dira de même.

DELMAK. Cela encourai^era les autres! et puis, j'y pense, il y a inie place vacante à l'Académie de médecine de Paris.

BONDON. Pourquoi ne vous mettez-vous pas sur les rangs?

RÉMY. Moi! et des titres?

DEL.MAR. Des titns! à l'Académie! c'est du luve. As-tu adopte quelque innivalinn, quelque système? pourquoi n'entreprends-tu pas VAruj)Uitrfure?

ROiNDON. Ah! oui, le système des aiguilles?

Air du vauJcville de Fanchon.

Pour giUM'ir, on vous pique; Systéiiu- économique, Qui clrpiiis ri; moment

Répand

La joie en nos lamiUes;

Car nous avons en m.gasins

Plus d? bonnes aisiuilles

Que de bons médecins.

DrLMAB.

Les jeunes ouvrières.

Les jeuues couturières Ont remplacé lu Faculté;

Ces novices (jcntilles.

Vont, en servant l'iuniiauité.

Avec un cent daignilles.

Nous rendre la santé.

BONDON. Je te prends ci' trait-là pour mon journal, car je parle de lout dans mon j.uiinal; mais je ne me connais pas beaucoup en médecine :eL si Monsieur veut me donner deux ou trois articles tout laits...

RÉMY. Y pensez-vous! Employer de pareils moyens, ce serait mal, ce serait du ehailatanisme.

nELMAR. Raison de plus.

RONDON. Du charlatanisme! tuais tout le monde en use à Paris; c'est approuvé, c'est reçu, c'est la monnaie courante.

DELMAR. Témoin notre dernier succès.

RONDON. D'abord la représenuition était au bénéfice d'un acteur, qui se retirait définitivement iKiur la quatrième fois.

DELMiR. Depuis un mois, les journauv annonçaient qu'il n'y avait plus de places, que tout était loué.

RONDON. Et la composition du spectacle!

DELMAR. Et celle du parterre ! je ne t'en parle pas ; mais il ne faut pas croire que nous soyons les seuls. Dans tous les états, dans toutes les classes, un ne voit que charlatanisme.

RONUON. Le marchand affiche une cessation de commerce qui n'arrive jamais.

DELMAR. Le libraire public la troisième édition d'un ouvrage avant la première.

RONDON. Le chanteur fait aimoueer qu'il est enrhumé , pour exciter l'indulgence. Charlatans! charlatans! tout icibas n'est que charlatans. ^

PEi.vuR. Je ne te parle pas des compères.

RONDON. ÎNous serons les vôtres. Je vous offre mes services et mou journal, car moi je suis bon enfant.

RÉMY. Je vous remenle. Messieurs, mais j'ai aussi mon système, et je suis per>uadé que, sans intrigue, sms preneurs, iùms charlatanisme, le véritable mérite finit toujours par se l'aire eonnaitre et acquérir une gloire solide et plus dui'able.

DELMAR Oui, une gloire posthume : essaie, et tu m'en diras des nouvelles.

RÉMY. Adieu, je vais faire quelques visites,

DELMAR, le ri.-tcnant. Mais, écoute donc.

RÉMY. Si les personnes que j'attends arrivaient pendant mon absence, chargi:-toi de les recevoir et de leur montrer leur appartement.

AiR

Quand Tu peu Quand Tu vas Songe Songe

Quand Dès qn

DEIVA*.

: En attendant que te punch ae présente,

par nos soins, notre appui lutélaire,

maiclier à la célébrité, des lionueurs nous t'ouvrons la carrière,

languir dans ton obscurité. à l'amour que ton cœur abandonne!

à la gloire...

RÉBT.

On doit en être épris d'elle-même à nous elle se donne; 'on l'aclatc, elle n'a plus de prix.

ENSEMBLE

RONDON ET DELMAR.

Quand, par nos soins, notre appui tutélaire. Tu lieux marcher .i la célébrité, Quand des lionneurs nous t'ouvrons la carrière. Tu vas languir dans ton obscurité.

REMY

Quand, par vos soins, votre appui tulélairej Je puis marcher à la célétirité, Quand desbonncuis vous m'ouvrez la carrière, Moij j'aime mieux mon hunilile obscurité. (/(sor(.)

Page 1