SCENE
Les pRitcÉuENTS, MAU.\ME DE MELCOIRT.
DELMAR. nu'enteiuls-je? madame de M(dcourl che/. moi! quel bonheur inattendu !
MADAME DE MELC.ocRT, élonnée. Monsieur Deluiar! eh mais! .M(msienr, comment étes-vous ici pour me recevoir? .le venais voir mon oncle, pour qui on a retenu un logement d.uis celle maison, et l'oii m'a dit : « Montez au premier. »
DELMAR. .le réc(unpenscrai înon portier; c'est un liomine qui a d'heureuses idées.
MADAME bfc MELCOIRT. Et iTioi, jo le groudcrai. M'exposer à vous faire iiile visite! Que clira itioiisienr Rondon, ([ui est mauvaise langue?
noNDON. Oh
DÈLM.Ut. !\';i
Madame, je suis bon enfant, lez-vous pas me reprocher mi boilbeiu' (pie je lie dois qu'au hasard? .Monsieur votre oncle va arriver dans rinstaut; j'ai promis au docteur Rémy de le recevoir.
MADAME DE MELCoiiiiT. Lc jcuiic Rémy! VOUS l(M'onnaissez? vous éles bien heureux; c'est riioinme invisible : il m'était recummaudé, mais jamais il i\e s'i-st présenté chez moi, et cependant j'y preiids le plus vif intérêt. J'ai reçu de ma jeune cousine une lettre si pressante!.. Il faut absolument faire coimaitre ce jeune homme.
DELMAR. Une le veut pas.
MADAME DE MELCOIRT. Comment! il ne le veut pasi il le f.iudra bien; nous lui donneidiis de la vogue malgré lui, el siins (|li'il s'en doute.
DELJi.ih. Ce serait admirable !
SiAtiAJir: DE MÈLè.ocRT. Et pourqiKii pas, si vous me secondez?
iioNDO'*!. Ce sera une ennspiratioii.
MADAME DE MELCOCRT.
Ain : .1" temps heureux de la chemlerie. Oui, rousiiirons pouc l'unir à sa lirll.'.
DELMAR ET RONDOX.
N((us sommes prêts.
MADAME DE MELCOCRT.
M;rT('lionR (imii- liartiinient ; Et si le sort nous était iiilidele,
[iloiitrant son nijjreUf ) Ralliez-vous a mon panarlie Ijlane.
DELMAR
Du Béarnais Jadis c'était remidéme,
MADAME DE MELCOCRT.
Avec raison je l'invoque en ces lieux:
Noire entreprise est digne de Ini-mémc, Nous conspirons ponr faire des heureux.
LE CHARLATANISME
Nota' entreprise est clique du lui-même, Nous eorjsiiiions pour iaire clc! lienrein.
MADAME DE MELCOURT. Il faut d'abonl ciiieli|iic3 articles de joiinuuix.
i>i:i.M\ii. Voici Roiulon qui s'en chargera.
noNDON. CortaiiiPiiioiit, un médecin, ce n'est pas uii confivrr; moi, je suis bon enl'aiit. iJunne-moi des notes. (Il va s'asseoir à la table, et écrit.) « Le docteur Riiaiy. n
delMai». Auteur d'un ouvrage sur le Crmip.
RONUON, écrivant. « Lo docteur Réiny, le sauveur de l'eil- « lance, l'espoir des mères de famille. .. »
DELMAR. Il t'ait tonsles soirs un petit coursde pliysioloo-ie.
RONDûN. l'n petit cours! {Ecrivmit.] « C'est aujourd'hui « que le célèbre docteur Réniy termine son cours de phy- « siologie. Ou commencera à sept bénies précises. Les voici tures prendront la file au coin Ac la lue Neiivu-des-Mau tburins, et sortiront par la ruejoubert. »
DELMAR. Parfait! Dès qu'on proUiet de la foule, tout le monde y court. (// appelle.) John ! Joliil! tu iras à la préfecture demander deux gendarmes.
JOHN. Oui, Monsieur.
DEL.MAR, Gendarmes à cheval surtout! on les voit micuv, et cela attire de plus loin.
MADAME DE MEi-cocRT. Attcudez donc : Il y a une place vacante à l'Académie de médecine de Paris.
DELMAR. C'est ce que nous disions co matin.
noNDON. Il faut qu'il l'ait.
MADAME DE MELCOURT. Il l'aura; c'est aujoiu'd'hui que l'on prononce On est incertain entre deux nvaux; de sorte qu'un troisième qui se pres.ntei'ait pourrait font concilier.
noîsDON. Oui; mais encore !'auitrait-il faire quelques visites; et jamais ce monsieur ne s'y décidera.
DELMAR. Je les ferai pour lui, et sans qu'il le sache. J'irai voir le pi'ésideut, et je mettrai des cartes chez les autres.
MADAME DE MELCouRT. Moi, j'irai voir leurs femmes.
Air : Amis, voici la riante semaine.
Je licheiai de séduire ces dames.
Qui séduiront leurs époux. C'est ainsi
Que l'on parvient, c'est toujours par les femmes;
Voilà comment j'ai pineé luon mari.
noxDON.
Nous courrons tous.
MADAME DE MELCOURT.
Grâce à nos promenades, Nulle docteur est dans le bon chemin; Rien ne lui manque.
DELMAR
Excepté des malades, Et le voilà tout à fait médecin !
MAtiAME DE MELCOURT. C'cst vrai; il faut lui trouver quelques malades riches, des malades de bonne compagnie ou dispeiits malades de grande maison. Attendez! l'ambassadrice d'Espagne me demandait ce malin un médecin pour sa feniiue de chambre. Ensuite, je connais une princesse polonaise dont le singe s'est cassé la cuisse, la princesse Jorkuniska.
DELMAR. Cela suffit pour commencer. (// appelle.) John! John! Dès que le docteur Rémy sera rentré, et qu'il y aura du monde... (H lui parle bas.) Tu m'entends, l'air iin|niet, e lia ré.
JOHN. Oui, -Monsieur.
MADAME DE MELCoiiuT. On uioiile l'escalicr; je recoimais la voix de mon oncle, celle de satille; ce sont mes voyageurs.
RONDON. .Moi, je vus à l'imprimerie; je sors par la porte j dérobée.
MADAME DE MELcoiRT. Ah! Mousicur a deux sorties a son appartem<'nl.
DELMAR. Li's architectes ont tout prévu.
RONDON. Sans doute, un garçon! et un auteur dramatique!., mais je n'eu dis pas davantage, parce que je suis bon enfant. (7/ sort par la porte à droite.)