‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 825 sur 975 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

DELMAR, MADAME DE MELCOURf, M. GERMONT, SOPHIE.

Tors.

.\m du Valet de clian

\brc

Ali! quel plaisir {Bis) De s'embrasser arirés l'absence!

Ah! (piel plaisir Ue pouvoir tous se réunir!

(Ils s'emlirasseftt.) DELMAR, les regardant.

Les scènes de reconnaissance Ont toujours l'art de m'attendrir!

TOCS.

Ah ! (|uel pljisir!

GFRMONT.

Paris, Paiis! j'en suis avide ; Que rien n'échapiie à mes regards!

MADAME DE MELCOURT.

C'est moi (lui SLM-ai votre guide.

GEllMONT.

Tu sais que je tiens aux beaux-arts, A la peinture, à la musique ; Mais j'aime aVanttout, je m'en pique, La littéiatuie...

DELMAIl.

Bravo !

Nous vous inènerons voir Jocko.

TOUS

Ah! quel plaisir De s'embrasser après l'absence!

Ah! quel plaisir De pouvoir tous se réunir!

MADAME DE MELcoi'HT. Ah Cil ! uioii oncle, Vous venez sans doute à Paris pour marier ma cousine?

c.KUMONi. Mais oui, c'est mon intention.

MADAME DE MKLCOCRT. Elle .sera vi-aiuient charmante quand elle aura un mari, et une robe de chez Victorine. Victo rine, ma chère, il n'y a qu'elle pour les robes, Nattier poulies Heurs, Herbault pour les toi(ues; c'est cher, mais c'est distingué.

CEHMO.NT. C'est bon, c'est bon ; à demain les affaii'cs sérieuses. Occupons-nous de notre appartement; et, avant tout,moiilonschez ce cberRéiny:à quel étage deitieurë-t-il?

DELMAIl, bas, à madame de Melrourt. Décerrimenf, je ne peux pas dire qu'il loge au quatrième. (Haut.) .Monsieur, vous êtes chez lui.

MADAME DE MELCOIRT. Y pCTISeZ-VOUS?

DELMAH, bas. Je partagerai avec lui : ce n''est pas la pfemiei'e fois.

GERMiiNT. Comment diable! au premier, dans laChahsêéed'.Vntin.

ui:lm\r. Et l'appartement qui vous est réservé est ici en face, sur le même palier.

GERMONT. Et un mobilier cliarmaut, d'une fraicluur! d'une élégance ! une bibliothèque ! et des bustes !

Air : // me faudra quitter l'empire.

J'aperçois là deux docteurs qu'on renomme; C'est Hippocrate et Galien.

LE CHARLATANISME

DELMAB, bas, à madame de Melcourt.

Oui, ("'est Favart, c'est Piron... le brave homme!

GERMONT

Ah! tous les rlcux je les reconnais bien. {Bis.) N'est-il pas vrai, c'étaient deux fortes tètes'? Deux srauds docteurs...

DEtMAB.

Celaient deux grands talents (A part.) Pour les couplets.

GIRHONT.

Ils ont l'air bonsyivants!

DEIHAR.

Je le crois bien. Si j'avais leurs recettes, Je serais sûr de vivre bien longtemps.

GEBMONT, à Delmar. Monsieur est de la maison?

DELMAR. Je suis le propriétaire; et si ce n'étaient les services que M. Rémy m'a rendus, il y a longtemps que je lui aurais donné congé.

SOPHIE. Et pourquoi donc?

DELMAR. Pourquoi , Mademoiselle? parce que je ne peux pas dormir, parce qu'on m'éveille toutes les nuits. La nuit dernière encore, deux équipages qui s'arrêtent à ma porte, et l'on frappe à coups redoublés. « N'est-ce pas ici le célèbre « docteur Rémy? on le demande chez un riche financier « qui a une indigestion, chez la femme d'un ministre desti- « tué qui a des attaques de nerfs. » C'est à n'y pas tenir. Je n'ose pas le renvoyer; mais à l'expiration du bail, je serai obligé de l'augmenter, je vous en préviens.

GERMONT. Qu'est-ce que vous me dites là? Ce pauvre Rémy a donc un peu de réputation?

DEUi.\R.Lui! iln'apasunraoment derepos, nimoi non plus.

SOPHIE. Ah! que je suis contente! Vous voyez bien, mon père, j'étais bien sûre qu'il parviendrait.

GERMONT. Et où cst-il cu cc moffleiit?

DELMAR. Dieu le sait ! il est monté dans son cabriolet, et il court Paris.

GERMONT. Qu'entends-je ! il a un cabriolet?

Air du Piège.

Eh ! oui. Monsieur ; c'est bien juste en effet;

Tous les docteurs uu peu célèbres

Ont au moius un cabriolet

Payé par les pompes funèbres.

On doit beaucoup à leurs secours;

Pourrait-on, sans leur i'aire injure, Les voir à pied, eux qui font tous les jours

Partir tant de gens en voiture.

GEBMONT. Et vous, ma chère nièce, que dites-vous de tout cela?

MADAME DE MELCOURT. Qu'il y a beaucoup d'exagération.

GERMONT. Quoi! VOUS pcoscz quc le docteur Rémy?..

MADAME DE MELcoiHT. Moi, je u'cn dis rien, parce que je ne puis pas le soutlrir. C'est ifii lunnme insupportable, qu'on ne trouve jamais : toutes les dames en sont folles, et je ne sais pas pourquoi.

SOPHIE, à tioiœ basse. Mais taisez-vous donc!

MADAME DE MELCOURT. Et poui'quoi douc me taire ? jc dis ce que je pense; il m'a enlevé mes spasmes nerveux, j'en conviens; car il guéi'it, c'est vrai, il guérit ; il n'a que cela pour lui : il faut bien qu'il ail quelque chose.

DELMAR. Vous vuilk! toujoui's iiijusie, exagérée quand vous n'aimez pas les gens.

MADAME DE MELCOURT. Et VOUS, toujoufs prêt à partagci' rengoucment général.

GERMONT. Mais, ma nièce... rnais. Monsieur...

MADAME DE MELCOuiiT. Vous Verrez ce que deviendra votre

docteur Rémy. Malgré tous ses succès, je ne lui donne pas dix ans de vogue.

DELMAR. Eh bien ! par exemple!

SOPHIE. Fi! ma cousine; c'est indigne à vous'

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