‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 846 sur 975 · PLI-SIEURS PAYSANS · texte numérisé non relu

PLI-SIEURS PAYSANS

Ainsi ces beaux châteaux?..

ZACHARIE

Us vous appartiendront !

d'autres paysans.

La dîme et la corvée...

MATHISEN.

Elles disparaîtront!

d'autres paysans.

Et nous, serfs et vassaux...

MATHISEN.

Libres en ce séjour!

d'aitres pays.ws.

Et nos anciens seigneurs?

JONAS

Esclaves à leur tour!

ENSEMBLE

CHŒUR de paysans se parlant entre eux. Ils ont raison, i'CuutODS liirn !

Ce sont vraiment des gens île lueii î Nous voilà maîtres tout à coup ; Nous n'avions rien, nous aurons lont.

Sans travailler, nous aurons tout.

Plus d'oppresseurs en ce séjour; Nous le serons a notre tour.

Nous sommes loits, nous sommes ïranJs!

Excepté nous, plus de tyrans!

LES TROIS ANABAPTISTES

Iterum ad salutar( s undas, Ad nos, in niuiiine Dei, Ad nos venite, populi !

LES PAYSANS, s'échauffunl et s'aninmnt peu à peu. Mallieiir à qui nouS combattrait!

C'est un impie, et son supplice est prêt ; Le ciel qui nous protège a dicté son ariét.

LES TROIS ANABAPTISTES, acec exdllatiûn.

O roi des cieux, à toi celte victoire! Dieu des comb;>ts, marche avec nous!

Les nations verront ta gloire, Ta sainte loi luira pour tous!

Dieu le veut! Dieu le veut! Marchez, et suivez-nous! iJe la liberté siiiiile, enfin voici le juur. De notre Cermanie elle fera le tipur.

Dieu le veut!

TOUS LES PAYSANS, avec fureur.

.\ux armes! Au marlyi!

Marchons!., marchons!.. Vaincre ou mourir!

[Tous les paysans, excités par tes trois anabaptistes, se

sont armés de fourches, de pioches, de hiUons, et s'é-

lancent sur les marches de l'escalier qui conduit au château.)

(i»s pnrti's du château s'ouvrent; Oberthal sort; il est entouré de seigneurs ses amis, avec lesepiels il cause en riant. A sa vue les paysans .'s'arrêtent ; ceux qui avaient jjravi les inarches de l'escalier les redescendent avec effroi, et cachent les bâtons dont ils étaient armés. Oberthal s'avance tranquillement au milieu des paysans quile saluent.)

CHOEUR DE PAYSANS, olaut leur cliopeau.

Salut! salut au noble châtelain!

OBERTHAL, regardant le ijroupe des anabaptistes. Quels ai-ceiils menaçants, (piels cris sombres et tristes Troublent jusqu'en nos murs la gaité du festin! [S'approchant d'eux.)

Clu\-I;i ne Sont-ils pas de ces anabaptistes, (>s t'ougueiix puritains, ces ennuyeux prêcheurs. Semant parlinit, dit-on, leurs dogmes iiupOîteurs?

PLLSIELRS SEIGNEURS.

Ils nous divertil'ont peut-être, Écoute-les.

LES TROIS ANABAPTISTES

Malheur!.. Malluur!

A Celui dont les yeux ne s'ouvrent qu'à l'erreur! OBERTHAL, regardant Jonas.

Eh ' mais, je crois le reconnaître ; Oui, c'est maître Jonas, mon ancien sommelier, Que j'ai de ce chiteau chassé par la fenêtre ; Il me volait mon vin, dont il se disait maître. [Aux soldats qui l'accompagnent, montrant les trois

anabaptistes ) Que le fourreau du sabre aide à les cbàtiiT !

TOUS TROIS, avec indignation.

Vu suppliée infamant!

OBERTHAL, à Zctcharic.

Et je VOUS fais suspendre A ces nobles créneaux, vous et vos compagnons, Si vous reparaissez jamais dans ces cantons ! {Aux soldats.)

Qn'on les chasse! Éloignez sa figure infernale! (Apercevant Berthe qui s'avance timidement et fait la

révérence.) Ah! celle-ci vaut mieux. Approche, ma vassale. [Aux seigneurs ses amis.)

'l'ous ces vins généreux, que j'ai bus à longs traits. Enivrent ma raison et doublent ses attraitsr (.1 Berthe.) Parle ! Que me veux-lu?

BERTHE, bas, à Fidès.

Ma mère, j'ai bien peur!

FIDÉS

Ne rr.iius rien; je suis là pour te donner du ('(cur! FiDÈs ET BERTHE, O Oberthal.

ROMANCE, à deux voix.

PREMIER COUPLET

l'ii jour, (lins les Ilots de la Meuse J'allais périr... Jean me sauva!

Orpheline et bien malheureuse.

Dès ce jour il me protégea !

Je connais votre droit suprême; Mais Jean m'aime de tout son cœur...

Ab! permettez qu'aussi je l'aime!

Le vonli'z-vous, mon bon seigneur?

.Mon doux seigneur!

LE PROPHÈTE

DEUXIÈME COUPLET

Vassale de votre domaine,

Je suis sans l'ortune et sans bien

El Jean, que son amour entraîne,

Veut m'épouser, moi qui n"ai rien !

Voici sa mère qui réclame

Pour son fils, ma main et mon cœur...

Permettez-moi d'être sa femme.

Le voulez-vous, mon bon seigneur?

Mon doux seigneur !

OBERTiiAL, regardant Berihe avec amour.

Eh quoi ! tant de candeur, d'attraits et d'innocence Seraient perdus pour nous et quitteraient ces lieux!

{A Berihe.) Non; la beauté mérite un sort plus glorieux. Pour toi, pour ton bonheur, usant de ma puissance, Je refuse...

CH0Ei!R DE PAYSANS, poussont uii cri J'iiuHgnalion. Grands dieux!

BERTHE, se jetant dans les bras de Fkiès.

Ah ! quelle horreur!

FiDÉs, s'élançant au milieu des paysans. Ah! quel malheur!

OBERTHAi,, à droite, à ses amis.

C'est i\ moi qu'appartient tant de grâce et de charmes ; Mon cœur à son aspect bat d'un transport soudain. (Fidcs à gauche, au milieu des paysans, leur fait honte de leur lâcheté, les supplie de défendre Berihe, et de réclamer justice pour elle. Les paysans, excités par ses reproches, s'avancent d'un air résolu et menaçant vers leur seigneur, qui, sans les voir, cause avec ses amis. A leur approche Oberthal se retourne ; ses vassaux s'arrêtent interdits et tremblants.) OBERTHAL, s'avaniunt sur eux et les faisant reculer. Croyez-vous, par hasard, m'inspircr des alarmes? Je l'ai dit; je le veux, moi, seigneur châtelain ! Vos cris sont moins puissants que Berthe et que ses

[larmes!

Céder aux pleurs , peut-être : aux menaces , jamais ! {Pendant ces derniers vers, de jeunes pages de la suite d'Oberthal ont entouré Berthe et Fidès, qu'ils entraînent dans le château. Oberthal et ses amis les suivent, et derrière eux se referment les portes du château. L?s pay.mns , muets de surprise et de frayeur, se retirent en silence et la tête baissée. Tout à coup on entend dans le lointain le psaume des anabaptistes. Ceux-ci paraissent au fond du théâtre ; le peuple court au-devant d'eux et se prosterne à leurs pieds sur les marcIies de l'escalier, tandis que Zacharie, Jonas et Mathisen menacent du regard et du geste le château d'Oberthal. Le théâtre change à vue.)

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