‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 2)Chapitre 85 sur 975 · ZOÉ, CÉSARINE, BERNARDET · texte numérisé non relu

ZOÉ, CÉSARINE, BERNARDET

BEBNARDET, à la cantouade. Oui, Messieurs; on trouvera chez le concierge les bulletins d'heure en heurt... {D'un air sombre.) Pardon si, dans l'iiiquiéiude où je suis, je ne vous en dis pas davantage; on m'attend pour une consultation. {Apercevant les deux dames.) Ah ! vous voilà.

CÉSARINE, toujours o-ssise à son métier. Comment cela vat-il?..

BERNARDET, gaiement. Cela prend la meilleure tournure; c'est étonnant avec quel bonheur les mauvaises nouvelles se répandent !

CÉSARINE. Et le ministre?

BERNARDET. Il a VU voti'c lettre. De là je suis passé dans la salle des conroreiicos, ou d'un air sombre j'ai fait circuler l'événement; et un instant après, je ne pouvais suffire à la foule des questionneurs; je n'ai répondu (juc par une physionomie sinistre et un silence (pii laissait bien peu d'espoir... Aussi, quand le ministiea paru, chacun, persuadé de la né- Cl'^site de se hâter, a couru à lui, et tout le niuinle, avant la séance, avait deux mois à lui din; en particulier; c'est tout naturel. 11 faut mauiteiiant s inscrire d'avance pour avoir une place. Or, ccmine votre mari en a huit à lui tout seul, vous jugez des demandeurs et des amis que cela fait au mi-

nistère. Peut-on refuser son vote à des gens qui vont avoir huit places à leur disposition? C'est impossible; et au lieu de quatre voix, il paraît qu'ils en auront vingt-cinq.

CÉSARINE, avec joie. A merveille.

ZOÉ. Je devine, enfin.

CÉSARINE. C'est bien heureux!

BERNARDET. La lol Va passcr séaiicc tenante à une majorité très-agréabl(", grâce à la mauvaise nouvelle qui a produit un effet de revirement, non-seulement sur la Chambre, mais encore sur nos camarades, à qui je n'avais pas dit le mot de l'énigme, pour que les rôles se jouassent avec plus de naturel.

CÉSARINE. C'était bien.

BERNARDET. Et voilà que d'eux-mêmes, franchement et de bonne foi, ils tournent le dos à Oscar, le croyant déjà privé de son seul appui et de son seul mérite, son cousin le pair de France. Aussi je n'ai pas eu grand'peine à faire faire volte-face à leur amitié, et à la diriger dans le sens que vous désiriez.

ZOÉ. Bravo!

BERNARDET, à Zoé. Maîs celui à qui je n'avais pas pensé, c'est votre mari; vous ne l'aviez donc pas prévenu?

ZOÉ. Non, vraiment, je n'ai rien dit à personne; je vous l'avais promis.

iiERNARiiEr. Il s'est déjà mis en course pour remplacer M. de Miremont à l'Académie des Sciences morales et politiques; je l'ai rencontré chez un de mes clients, à qui il allait demander sa voix; il y avait là tant de monde que je n'ai pas pu le détromper, et il est remonté en cabriolet pour continuer ses visites.

zoÉ. Ah! mon Dieu!

BERNARDET. Il n'y a pas de mal; cela servira pour la prochaine place vacante, quelle qu'elle soit; on le? demande maintenant aux personnes elles-mêmes, et de leur vivant; plus tard il n'est plus temps: mais à présent que je vous ai servie, je demande à comprendre et à connaître la cause de la contre-révolution que je viens d'opérer.

CÉSARINE. Laquelle?

BERNARDET. Le changement en faveur d'Edmond, notre ennemi à tous?

CÉSARINE. Je vous le dlfai.

BERNARDET. Il cst essentiel que je le sache.

ZOÉ. A quoi bon? Lui-même l'ignore.

CÉSARINE, à Bernardet. C'est vrai; il est même nécessaire que je le voie.

ZOÉ, à part. J'espère bien que ce ne sera pas aujourd'hui.

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