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Voulez-vuus, Mademolsalle, me
suivez-moi ! Il faut m'aimer pour uic suivre... car maintenant je n'ai plus de foitiuie à vous ottVir .. Eh quoi ! vous hésitez... vous ne répondez pas!.. ail ! j'ai compris votre silence ! . . adieu, adieu pour jamais !
Et il allait sortir de la loge... Judith le retint par la main.
— Parlez, Judith, parlez, de grâce !
La pauvre tille ne le pouvait pas ; les sanglots étouffaient sa voix.
Arthur tomba à ses genoux ! elle ne lui avait rien dit... mais elle pleurait! il lui semblait qu'elle s'était justifiée!
— Vous m'aimez donc encore!., vous n'aimez que moi !
— Oui, lui dit-elle, en lui tendant la main.
— Et comment vous croire?., quelles preuves! qui me les donnera?
— Le temps !
— Que dois-je faire?
pcrmcHrû de tous reconduire?
— Attendez !
— Et quel gage de votre amour ?..
Elle laissa tomber le bouquet d(! bal qu'elle tenait à la main, e.. pendant qu'Arthur se baissait poar le ramasser, elle s'élança dans le corridor et tlisparut.
Il la suivit quelques instants, l'aperçut de loin dans la foule ; mais arrêté lui-même par le flot des masques, il la perdit de vue... Puis il crut la retrouver... Oui... oui... c'était elle... Il était sur ses traces, et au moment où il arrivait sous le vestibule, elle s'élançait dans un riche équipage (jue deux chevaux superbes emportèrent au grand galop? »
— Messieurs, dit le notaire en s'interrompant, il est bien tard ; je me couche de bonne heure, e,t si vous voulez le permettre nous remettrons à aprèsdemain la fin de l'histoire.
JUDITH
HJLOIGRAliiO
Tuutû 1.1 nuit a'écoiila! il ne viiil pi*! et elie .lUendail encore.
Le mercredi suivant, c'était jour d'Opéra : nous étions tous à l'unheslre, e.\acls au rendez-vous, et le notaire n'arri\ait pas. On donnait Robert, et cet ouvrage me rappelait ma première entrevue avec Arthur. Je m'expliquais surtout sa tristesse, sa préoccupation, et je pensais que iSleyei'beer, luimême, n'aurait plus la force de lui en vouloir, et lui pardonnerait de n'avoir pas écouté le sublime trio de Robert!
Mais eu ce moment Arthur était-il mieux disposé à apprécier la belle musique? Était-il plus heureux ! Avait-il enfin retrouvé ou jjerdu sa Judith'?
Nous ignorions encore les obstacles qui les séparaient ; et notre impatience de connaître la fin de l'histoire redoublait encore par l'absence de l'historien. 11 arriva enfin après le second acte, et jamais acteur aimé du public, jamais danseur qui
reparait après trois mois de congé, n'eut une entrée plus brillante que le petit notaire... Vous voilà! — Venez donc, mon cher. — ^'ous arrivez bien tard !
— Je viens de dinor en ville et d'assister à un contrat... je dis assister... car je n'exerce plus, j'ai ventlu ma charge, et grâce au ciel je ne dois rien à personne...
— Excepté à nous !
— Vous nous devez un dénoùment...
— L'histoire de Judith...
— Nous vous avons gardé votre place, mettezvous là.
On se serra, on s'assit et le notaire acheva ainsi l'histoire de Judith.
« Elleavait dit: ^/<i'«(/e3.'.. Et pendant quelques jours Arthur prit patience; il espérait toujours une lettre ou un rendez-vous! Je lareverrai, disait-il, elle reviendra, elle me l'a promis, mais les jours, les semaines s'écoulèrent, et Judith ne revint pas.
Si.v mois se passèrent ainsi ! puis un an, puis
LAGNY. — Imrrini, rie cit VuHT e Ci».
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.lUDiTH.
deux ans. Arthur me faiisait peine ; et plus d'une fois je craignis pour sa raison. Cette scène du l)al masqué Tavait vivement affeclé!.. Il y avait des moments où se rappelant cette Judith qu'il avait retrouvée, sans la voir, ([ui lui était apparue sans montrer ses traits, il se cnoyait sous l'empire de quelque hallucination. Sa tête affaihlie par ses souffrances lui persuadait ijue c'était un rêve... une illusion ; il en vint à douter de ce qu'il avait vu et entendu.
Il tomba sérJeusenieut malade, et dans le déliie de la lièvre il voyait Judith lui apparaissant pour la dernière fois .jt venant lui luire ses derniers adieux; et je ne pourrais voi:s dire tout ce qu'il lui adressait de tendre et de touchant... Judith était sa seule pensée, son idée lixe... C'était là le mal et le tourment dont il se mourait.
Nos soins le rendirent à la vie ; mais il resta sombre et mélancolique, et excepté moi il ne voyait personne. Il n'avait jamais voulu toucher à la fortune qu'il tenait de Judith, et la sienne, connue je vous l'ai dit, ne consistait plus qu'en six mille livres de rentes. II eu avait employé quatre pour louer à l'Opéra une loge à l'année... cette seconde loge de face où il avait passéj avec Judith, la nuit du bal masqué. — Il y alla tous les soirs, tant qu'il espéra qu'elle reviendrait... et puis, quand il eut perdu cette espérance, il n'eut plus le courage ni la force d'y entrer, il s'y trouvait siul, [oujours seul (son éternelle devise), et cette idée lui faisait tropdenial. Seulemenlil venait de temps en temps à l'orchestre, il regardait douloureusement du côté de la loge de Judith, puis il s'en allait en disant : Kllen'y est pas!..
C'était là toute ^a. vie; et excepté quelques voyages qu'il faisait de temps en temps, toujours dans l'espérance d'obtenir des nouvelles de Judith ou quelques indices sur son sort, il revenait toujours ici à Paris, et chaque soir, sans qu'il y eût de sa volonté ou de sa faute, ses pas se dirigeaient vers l'Opéra. C'est pour m'y rencontrer pins souvent avec lui, que j'avais loué ma stalle à l'année.
L'autre semaine, iletait venu. — Il était assis à l'orchestre, non pas do ce côté, mais de l'autre ! — Ce jour-là, tout à fait découragé, et n'ayant plus aucun espoir, il tournait le dos à la salle, et, plongé dans ses réflexions, il ne voyait rien et n'entendait rien.
Quelques exclamations bruyantes l'arrachèrent pourtant à ses rêveries.
Une jeune dame, d'une beauté remarquable et d'une parure charmante, v enait d'entrer dans une loge, et toute l'artillerie des lorgnettes était dirigée de ce côté.
On n'entendait cjne ces mots : Qu'elle est jolie! Quelle fraîcheur!.. Quel air gracieux et distingué!
— Monsieur, quel âge lui donnez-vous '!
— Vingt à vingt-deux ans.
— Laissez donc... Elle n'en a pas dix-huit.
— Savez-vous qui elle est?
— Non, monsieur; c'est la première fois qu'elle vient à l'Opéra... car je suis lui abouné.
D'autres voisins ne la connaissaient pas davantage.
Mais non loin d'eux, un étranger de distinction s'iuclina respectueusement et salua la jolie dame.
A l'instant chacun lui denumda son nom.
— C'est lady Inggerlon, la femme d'un riche pair d'Angleterre.
— En vérité !.. si jolie et si i-iche !..
— Et l'on dit qu'elle n'awit rien... Que c'était une pauvre fille, qui, dans un désespoir amoureux, voulait- se jeter à l'eau... et (jue, ivncontrée et recueillie par le vieux duc, qui la traita connue son enfant...
— C'estnra vrai roman.
— Ils ne (Inissont pas tous si bien, car le vieillardiqui l'avait jmse en amitié, et qui ne pouvait plusse passer d'elle, a voulu, dit-on, l'épouser, pour lui laisser sa fortune... Ce qu'il a fait.
— Diable!.. Si elle est veuve... c'est un joli parti.
— Aussi sflmdeuil' est' expiré, et, en Angleterre comme en France, c'est à qui lui fera la cour.
— Je le crois bien, dit le jeune homme qui parlait, et qui d'une main releva sa cravate, tandis que de l'autre il lorgnait lady Inggerton. Eh ! mais, monsieur, je crois qu'elle regarde de notre côté.
— Vous vous trompez, dit l'étranger.
— Non, jiarbleu!.. je ne me trompe pas... Je m'en rapporte à monsieur; et il s'adressait à Arthur qui n'avait rien^entendu et à qui il fut obligé d'expliquer ce dontiil s'agissait !
Arthur lève les- yeux! et dans là loge des secondes de face... dânsH-^tte loge qui autrefois était la sienne... il apercoii!...
Ah ! l'on ne meurt- pas de surprise et de joie... . puisque Arthur. existait encore... puisqu'il sentait les battements redoublés de son cœur... puis([u'il conservait assez de força et de raison pour se dire. . . C'est elle!... c'est Judifli! Mais en même temps... ilrestait immobile... il n'osait remuer... Il craiguait de s'é\eiller !
— Monsieur, monsieur... lui dit sou voisin... vous la connaissez donc !..
Arthur ne répondait pas, car, en ce moment, les yeux de Judith avaient rencontré les siens... Il y avait vu briller un éclair île joie et de plaisir! Et que deviut-il, mon Dieu! comment sa tête auraitelle puy résister... quand il vit la main de Judith, cette main si blanche et si jolie, s'éleverf entement à la hauteur de son oreille^ et, imitant le signal qu'on lui donnait autrefois, jouer quelques instants avec di'S boutons en émeraude dont Arthur lui avait fait présent .
Ah ! cette lois, il crut devenir fou ! il détourna la vue, mit là tête daas ses mains et resta ainsi quelques instants pour se couTaincre (]ne ce n'était point une illusion, pour se répéter (ju'il existait encore et (jue c'était bien Judith qu'il venait de voir... puis quand il en fut bien sur... il leva encore une fois lés yeux vers elle !... la vision céleste arait disparu !... Judith n'était plus là... elle était sortie!..
JUDITH
Un froid mortel parcouru! tous ses membre'... une main de fer lui serra le cœur... puis se rappelant ce qu'il venait de voir... et dVntendre... car elle lui avait parlé... elle lui avait donné un signal... il s'élança de sa place... sortit de l'orchestre, et courut dans la rue en disant : Si je m'abuse, cette fois... si c'est encore une erreur... ou je perdrai la raison, c'est «ùr... ou jeme tuerai... Et, décidé à mourir, il se dirigea froidement vers la rue de Provence; — il frappa à la purte qui s'ouvrit... et, tremblant, il demanda : — .Judith.
— Madame est chez elle, dit tranquillement le concierge.
Arthur poussa un cri, et s'appuya sur la rampe ■ de l'escalier pour ne pas t >mber.
Il monta au premier, traversa tous les appartements, ouvrit la porte du boudoir. Il était meublé comme autrefois il y avait six ans.
Le souper qu'il avait demandé avant son départ était là, tout servi. Il y avait deux couverts.
Et Judith, assise sur un canapé, lui dit au moment où il entra : Vous venez bien tard, mon ami. Et elle lui tendit la main.
Arthur tomba à ses genoux ! ! I...
Ici le notaire s'arrêta.
— Eh bien?., s'écria tout le monde, achevez.
— Le notaire sourit et dit : Arthur ne m'en a pas conté davantage ! . . D'ailleurs voici le troisième acte de Robert qui commence !
— Qu'importe! achevez !
— Que vous dirais-je déplus?., je viens de diner avec eux... j'ai signé au contrat!
— lisse marient donc?
— Certainement, Judith l'a voulu!
— Pour dernière surprise, sans doute !..
— Peut-être lui en réserve-t-elle encore une autre !
— Laquelle? demanda vivement le professeur en droit?
— Je n'en sais rien!., répondit le notaire en souriant, mais on assure que le vieux duc son mari ne l'appelait jamais que : Ma fille!
Eu ce moment la loge des secondes s'ouvrit, Judith parut enveloppée dans son manteau d'hermine et appuyée sur le bras de son amant, de son mari ! . .
Et un même cri partit à l'instant des bancs de l'orchestre :
— Qu'elle est jolie!
— Qui! est heureux!