‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 109 sur 783 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

LE COMTE DE HALZBOURG, CAROLINE, en (jrande imrure.

CAROLINE. Que de pardons j'ai à vous deinandei", monsieur le comte! Vous avez attendu.

LE CO.MTE. C'est moi, Madame, qui ai des excuses à vous fairo. Oser me présenter ainsi en habit de voyage ! J'ai couru toute la nuit, tant j'avais hâte d'arriver.

CAROLINE. Eh! mon Dieu! Vous devez être horriblom'iit fatigué !

LE COMTE. Oui, d'abord; mais depuis quelques lieues, je ne m'en aperçois plus.. Un beau pays! dos chemins superbes !

CAROLINE. Que dites-vous? Des routes affreuses! des précipices, des fondrières ! Tous les jours il arrive des a-cidonts.

LE COMTE. Vraiment, vous m'effrayez, et je vais vous prier do faire des vœux pour moi, qui suis obligé de continuer mon voyage.

CAROLINE. Comment, Monsieur, vous repartez?

LE COMTE. Oui, Madame; des affaires indispensables... il i'aut que je sois ce soir à Olbruk ; mais, avant , je vous ai fait demander mi instant d'entretien pour vous parler an sujet de ce testament...

CAROLINE. Voilà justement ce que je ne souiTrirai pas. Quand on a passé une nuit en voiture, il faut d'abord songer à se reposer: et je vais donner des ordres p(nir vous faire préparer un appartement.

LE COMTE, la retenant. Mais, Madame, j'ai eu l'honneur do vous dire...

CAROLINE. J'ai trc'S-bien compris. L'idée la [)lus déraisonnable! Vous irez demain à Olbruk, et aujourd'hui vous dînerez avec nous; sans cela, je ne parle point d'alTaires; vous en serez réduit à traiter avec mon proeurour; et si vous êtes pressé, je vous plains ; car il n'a jamais pu finir un procès.

LE COMTE. Voilà une perspective beaucoup plus efl rayante que les précipices et les fondrières dont vous me menaciez tout à l'heure; car c'est avec vous seule, Madame, cpi'il me serait doux de m'entendre. C'est vous seule que je veux prendre i)our juge. — Daignez donc, je vous prie, m'a-x-order dix minutes d'audience. — Vous savez (pi'il s'agit...

CAROLINE. De plaider ou do m'épouser. Tel est léliU de la question; si vous tenez à mon avis, je vous ai déjà déclaré que d'aujourd'hui vous n'auriez pas de moi un seul mol sur ce chapitre. Quant à vos intentions à vous, Monsi(Uir, il est un moyen Irès-simple de me les faire connaître. Si vous consentez à rester, je regarderai celle démarche comme les préliminaires d'un traité de paix. Mais si, malgré mes instances, vous voulez absolument partir pour Olliruk, je croirai. Monsieur, (pu> vous aimez les procès, et je regaid(>rai voire dépari comme une déclaration de guerre. {File lui fait la révérence et sort.)

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