‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 120 sur 783 · VALÉRIE · texte numérisé non relu

VALÉRIE

pour ruiiiiKciK or mon tour d'Europe ; il ne fut pas long ; je n'avais pas l'ait viiiizt lieues que déjà j'étais amoureux.

CAiiOLi>E, souriant. Je vois que votre pliilosopliii^ n'était pas à l'abri de deux beaux yeux. Et celle que vous aimiiz.. LE COMTE. Vous VOUS ti-oni|i( z, Madame; die élait aveugle !

CAROLINE, à fart. Giaïul Dieu! quel rap|)rocliemeiit !

LE COMTE. C'était aux dépi ns de sa vie qu'elle avait sauvé la mienne. Je la lui cou^aerai ! je n'exislai plus (\\u) pour l'aimer! La .'cule idée qui m'occupât (tait de lui l'endre la lumière, de lui faire parlaper les douc(MU's de ce jour dont je ne jouissais que par elle. Que n'avais-je alors les trésors qui^ je possède aujourd'hui ! j'aurais tout donné! j'aurais cru trop peu jiajer encore un au.^si grand bieid'ait. Mais j'ignorais même si un pareil miracle élait possible à la science ! Je n'avais rien, je ne possédais rien, et à qui m 'ad rester? Je ne com|itai que sur moi et je partis. — Je travers»! à pied rAllemagne, la France, j'arrivai à Paris, séjour des sciences ( t des talents ! Je cherchai le plus habile, le plus savant; je me présentai chez lui, je lui nffi'is mon temps, mes soins, ma peine ; je ne lui demandai rien que de m'initicr dans son art, et je devins, non pas son élève, mais son apprenti, son serviteur, son valet!

CAruLiNE. Vous, n;onsieur le conile?

LE (OMTE. Oui ! trop heureux encore si celui dont je m'étais reni!u volontairement l'esclave eût payé mes services du prix e,uc j'y avais nds! Mais bien différent de ces savants géiiéi'cux qui croiraient Irahir la cause de l'humanit • en caclianl une découvi-rte utile, mon maitie spéculait sur ses talents; il ne voyait que la fortune, les trésors; et avare de la science qui les lui procurait, il aurait cru s'appauvrir en la pariageant avec moi ! Eh bien! cette science, je la lui dérobai ! La nuit j'éludiai-i furtivement ses livres, ses manuscrits ! Le jour, témoin assidu des prodiges de son art, je suivais sa main habile, et malgré lui je suiprenais ses secrets ! Ni ses mauvais traitements, ni le joug humiliant de sa tyrannie, rien ne me rebuta. Entin, au bout de deux ans de ruses et de travaux continuels, j'étais sur de moi! Un vieillard se présente : un de vos serviteurs, Madame, un Allemand, un compatriote; il était trop iiidi,L;ent pour cpie mon niailre daignât le secourir.

CAROLINE. Comment! ce serait vous?..

LE COMTE. Combien j'élais ému! mon cœur palpitait et ma main était tremblante. Entin, Madame, je réussis. Depuis, mille épreuves nouvelles , toutes couronnées du succèSj m'avaienl attesté mes talents. Je partis plem de conliance et d'espoir, et c'est en rentrant en Allemagne que j'appris les titres, les dignités et le riche héritage qui m'attendaient. Je i)ouvais alors faire venir mon maître et le récom|ienser digneuient. Mais j'avais l'orgueil de croire en moi ! Et vous le (lirai-je. Madame, j'aurais été jaloux que celle (juc j'aime reçût d'une autre main que de la mienu(; uu [uireil hirufiit. Il me sendjl.dt que ce prix m'était dû !

carolim:, vivpmciit. Oui, sans doute, vous le méritiez.

LE COMTE. Eh bien ! Madame, l'objet de tant d'amour, celle en qui réside et ma vie et mon bonheur , elle est ici, jt^ l'ai vue, c'est Valérie !

CAROLINE. Que dites-vous ? 0 ciel !

LE COMTE. Prononcez maintenant. Suis-je hbre? et m'e>t-il permis de vouséjjouser ?

CAROLINE, lui tfiulant la main. Avez-vous besoin de ma réponse?

LE COMTE. Non, je la lis dans vos yeux ; et quant au piMiès d'où dépend votre fortune, je crois pouvoir l'abandonner sans maïKjuer à la mémoire de mon onde Je viens de faire dresser par un notaire des environs ma renonciation en bonne forme à des droits au moins très-douteux.

CAROLINE. Non, monsieur le eomte^ ils ne le sont pas.

LE COMIK, ioi(/'/((/i/. J'entends, Madame: \uus vuide/, ipic

mu piuleiicc ait le mérite d'un sacrifice. Eh bien, soit; iiniti z-inoi, faites aussi le sacrifice de vulr !:crté; acceptez niesotlreset accordfz moi votre auiitic.

CAROLINE. Ne l'avez-vous pas déjà?

LE COMTE. Eh bien, Madame, jida nc'ame en ce moment. Il faut que Y(nis m'aidii z à dderminer Valérie ; elle hésite encore; je lui ai parli- d'un a.mi à ipii je devais la con luire.

CAROLINE. Quoi ! ne lui avez-vou- pas dit ?..

LE co.MTE. Cardez-vous-en bien! il n'y aurait plus d'espoir si elle ; avait que c'est moi ! Lu pareil nioineiit exige 1 1 tranquillité, le calme le plus absolu; la moindre émotion peut nous perdre, et elle n'aurait jamais le courage...

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