‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 137 sur 783 · EMILIE, ESTHER · texte numérisé non relu

EMILIE, ESTHER

EMILIE, allant à Esther, et lui prenant Ids mains. Qu'as-tu donc? comme tu es. émue!

ESTHER. Ah! juge toi-même si c'est sans raisons... lis celte lettre... les dernières volontés de ma marraine... si bonne, si généreuse...

EMILIE, qui a parcouru la lettre. Elle te laisse toute sa fortune!

EsiHER. A moi, ingrate, (pii osais l'accuser...

ÉMiLu:, lisant toujours. A la condition ex presse de te marier !

E3THER. Oui'..

EMILIE. Ce n'est pas ptissilile!.. elle (pii détestait le mariage, et qui avait refusé tous les partis... elle qui a voulu vivre et mourir dans le célibat!

ESTHER, rêvant. Elle me défend de suivre son exenqde. et je connais enlln la cause de cotte douleur sombre et cruelle qu'elle n'ajamais osé m'avouer, et qui Ta conduite au tombeau!., tout est expliqué dans ces derniers vers qu'elle a écrits pour moi, et qui accompagnent sa lettre... {Prenant le papier.) EcoutC;, ma sœur... écoute bien!.. {Lisant.)

A toi mes vœux, ma dernière pensée.

Et le secret qui desséchait mon cœur!

A toi CCS vers que, d'une main elactc, Je trace encor pour toi!., pour tonboiilieur! J'ai quarante ans, je suis seule sur terre; Et j'ai passé la saison di;S amours !

J'ai quarante ans! le bonheur d'être mère Ne viendra pas consoler mes vieux jours! Le temps ne peut adoucir ma soufliance. Et, je le sens, je n'ai idus qu'à mourir! Car, à mon àt^e, on n'a plus l'espérance! Et je n'ai pas même le souvenir!...

EMILIE. Elle a raison!., vivre et mourir seule!., mourir sans avoir rien aimé!., elle a dû être bien malheureuse!.. n'est-ce pas, ma sœur?

ESTiiEit. Oui, c'est ce que je me dis depuis que j'ai lu sa lettre.

EMILIE. Et ce qu'il y a de plus généreux encore... elle a voulu te soustraire au sort dont elle avait fait l'expérience !.. elle a voulu t'obliger, te contraindre à te marier!., et que tu le veuilles ou non...

ESTHER. C'est là le terrible!., c'est l'obligation de se décider, et de faire un choix!.. Car, moi, je n'ai jamais distingué personne... et ne pense à personne.

EMILIE. C'est fâcheux!., car si lu avais préféré quelqu'un, ça nous aurait bien aidées.

ESTHER. J'ai beau chercher... je ne vois pas!., et je ne peux cependant pas faire imprimer le testament, en annonçant qu'il y aura concours.

EMILIE. Cela se répandra de soi-même!., dès que l'on saura qu'il y a ici une riche héritière, tous les prétendus arriveront, à commencer par les jeunes gens qui ont des charges à payer !..

ESTHER. Je n'aime pas les jeunes gens.

EMILIE. Aimes-tu mieux les gens raisonnables?

ESTHER. Encore moins! c'est si ennuyeux!

EMILIE. Qui voudrais-lu donc?

ESTHER, hésitant. Quelqu'un... qui fût...

EMILIE, vivement. Entre les deux !

ESTHER. Peut-être!..

EMILIE, vivement. Tu as donc une idée?

ESTHEit. A laquelle je ne m'arrêterai même pas!., quelqu'un qui va se marier.

EMILIE. Raison de plus pour se hâter!., et M. Edgard?...

ESTHEK, vivement. Est-ce que je l'ai nommé?

EMILIE, froidement. Depuis une heure.

ESTHER. Lui que j'ai dédaigné, refusé !.. est-ce que je peux revenir?., est-ce que je peux riiiviler comme pour une contredanse, et lui dire : « .Monsieur, voulez-vous bien me faire l'honneur... »

EMILIE. Du tout!., tu ne paraîtras en rien là dedans, ce .sera moi.

ESTHEii. C'est la même chose!.. Toi! ma sœur... tu irais me proposer! . tu irais à lui !.. jamais!

EMILIE. El si celait lui qui vint à nous!., si cet entretien qu'il m'a demande tout à l'heure, en ta présence, était pour me parler de loi ?. .

ESTHER. En vérité !..

EMILIE. Après cela... vois toi-même s'il faut le recevoir ou le renvoyer.

ESTHER. Moi, ci.la ne me regarde pas!., je n'y suis pour rien!.. Mais il me semble qu'on i>eut toujours...

EMILIE. Essaver de l'écouter?

LES INDÉPENDANTS

ESTiiEK. Essayons!.. {Aocc émotion.) C'est lui!..

KMii.iK, après un instant de silence, et à voix basse. Alin's ! . . il faut nous laisser.

ESTiiKii. J'allais te lo proposer... {Lui serrant la main.) Adieu!.. (£■//(' fait à Ed<jard, qui entre, une grande révérence, et sort par le cabinet à droite.)

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