SCÈNE PRE.M[ÈRE
CL\RISSE, ADELE, aisises sur un hanr.
Kv-iA.E Oui, je suis la plus malheureuse des femmes !
CLAKissK. Y pea es-lu, ma sœur? toi, mariée depuis ;it'UE atis à un liotiime exce.liiit, jeune encore, immens.TUiiiJ riche, et dont le .seul (h'sir est de prévenir tons les licD.'î Que te man iue-t-il(li»iic?
ADÈLE. Je lie sais... reniiui m'cdHèdc; des idi'is \a.L!Uc!>i ei iiidruiles s'emparent de mon ima.rina!ioii (|u"elles LUi.'ueiit, et (pioi que Je lassi^ je ne puis m'y s mstraife.
CLARISSE. .\ufa;s-tu des cliagrins?
.ADELE. PliJt au ciel! cela me dislrair.iit.
LAC.W. — liiiiirinierie de ViiLiT et Cie. -^ 2|)o 3
DIX ANS DE LA VIE D UNE FEMME
r.i.AP.i'-st;, souriant. Il me semble ({u'cn fait de dislraclioii tu peux aisément en trouver qui ne te coûtent pas aussi cher. Mais il y a quelques mois encore tu étais si lieurcusc!.. tu n'avais pas de pareilles idées !.. Qui donc a pu te les donner?
ADÈLE. Toutes les jeunes femmes que je vois, qui ont su autrement arranger leur exis;encc et se rendre maîtresses de leur avenir... Amélie de Laferrifr, Sophie Mai'ini. mes amic> intimes, qui me sont dévouées.
cL.ARissE. Cependant nous autres femmes, coml/en en mé- j nage nous .sommes mieux par(aaé(sque les hommes!., les ; embarras tUï Tavcnir, les soins de la fortune, notre rang et | notre considération dans 1» société, ce n'est pas nous que j
CL'la regarde... c'est eux Ils sont responsables de notre ;
sort, de notre boidicur, et nous n'avons rien à faire qu'à I nous laisser être heuieu^es. |
ADÈLE. Ah ! voilà bien ces idées de jeunes filles que jamais , tu ne pourras réali.-cr. I
CLAKissE. Pourquiii dont"? il me semble à moi que cela est ! possible .. et môme que déjà cela commence... I
ADÉî.E. Serait-il vrai? ;
CLARISSE. Oui... je peux te le dire, à loi ma nioi.leure amie... Tu S'iis bien quand M. Darcey, ton mari, veuiit il y a trois ans chez mon i;ère pour te f;;ire la cour, il était | souvent accompagne d'un de ses amis. •
ADÈLE. Oui, je me le rapp. l.'e, M. Valdéja... un Espagnol, i
CLARISSE. Son p^rc était Espiguol... mais lui csi ué en î France.
ADELE. On ne s'en serait pas douté... toujours sombre, rêveur, miauithrope.
CLARISSE. Il avait eu tant de malheurs ■. tant do chagrins de toute espèce... Mais à travers l'ironie amcrc qui dictait tous ses discours, que de nobles et généreux sentiments lui échappaient comme malgré lui et semblaient le trahir!..
ADÈLE. Eh ! mon Dieu, ma chère amie, quel enthnusiasme!
CLARISSE. 11 était si malheureux! et juiis, lui qui déteslail ti;ut le monde, il siMnblait m'avoir prise en amitié.
ADÈLE. Ce qui ilaltait ton amour-propi'c.
cLAHissE. Non... je n'ai jamais pensé à en èlrc Hère... mais j'en étais contente.
ADELE. Je comprends, et ce qu'on disait de lui était donc vrai ; il aura tout employé pour te séduire.
CLARISSE. Lui!., il ne m'a jamais dit qu'il m'aimait... ni nmi non plus... Je crois cependant que nous nous sommes compris; car il y a plus de deux ans, au moment où il allait partir pour la Russie, il me dit seulement ; Attendezmoi , et si dans trois ans je ne reviens pas digne de vous, oubliez un malheureux.
ADÈLE. Et depuis as-tu r^^çu de ses nouvelles ?
CLARISSE. Mais oui sans en demander, j'en avais de
temps eu temps par ton mari qui est son meilleur ami, et à qui il écrivait souvent. Je sais qu'il a fait un chemin rapide... une belle fortune... (lu'il est secrétaire d'ambassade... et hier est arrivée chez mon père une grande lettre timbrée de Saint-Pétersbourg, dont on ne m'a pas encore parlé ; mais je suis sûre que c'est une demande en mariage.
ADÈLE. Tu le crois?
CLARISSE. Sans doute... Voilà bientôt les trois ans écoulés, il ne s'en faut plus ([ue de six niiiis.
ADÈLE. Et tu accepterais?.... tu deviendrais la femme de M. Valdéja?
CLARISSE. De grand cœur...
ADÈLE. Le ciel t'en préserve ! et si tu savais CMUiue niui
ce que c'est que le mariage... Tais-toi, c'est M. D-iicy
c'est mon mari... tu vois si c>n peut être seule et libre un iiist-snl dans la journée.