SCÈNE H
Les PRÉCÉDENTES, DARCEY.
DARCEï. Vous voil'j, mi chère bellc-soiur 1 que vous êtes aimable, de vous éiro rendue à notre invitation et de venir passer quelques jours avec ma eminc! . Bmjour, Adèle... es-tu encore fâchée contre moi?.. [A Clarisse.) Nou-s avons eu une petite discussion ce matin.
CLARI.SSE. Je m'en doutds, et j'espère que cela se passera. ADÈLE. Jamais.
DARCEY. Ce serait bien long... Mon seul crime, autant que j'ai pu le comprendre, est de l'avoir amenée à trois lieues de Paris... à la camiKigne... c^mme tu !edésirai.s,.. ADÈLE. Je désir.\is y être, mais non pa.s seule... D.xRCr.Y. Et moi... ne s:iis-jc rien pour toi? ADÈLE, avec dépit. Oh! b.'auoup. Sans contredit .... l'n mari et uni femme ne- font qu'un; miiis, commj je vous l'ai dit, je m'ennuie (pi ind je suis seule.
D.\RCEY. Langage de femme c jnseiliée, dont je r.c tiendrai nul compte.
ADELE. Exigences de mari auxquelles je ne me soumettrai pas.
DARCEY. Des rigueurs... L'n seul ait et je me rends! ADÈLE. Mille, s'il le fallait !
DARCEY. Encore?..
ADÈLE. Vous n'avt z jamds clé du môme avis que moi. Au mondre de mes désirs vous avez l.o.ijouPicu U'ic objection à faire.
DARCEY. Tout c'ci u'cst qec vague ; ta ne pn cis:-s rien, et je te deman le des fails.
ADÈLE. D:s fiitsl d'S faits! {Phurant.) Dieu! que je suis malheureiiS.' !
DARCE^-. A h bi;.nc heure, voilà du positif; et puisque lu crains de m'acHi-ser, je me charge nioi-mème deccsoin... Je veux avou r tous m^s teirts devant ti sœ >r... Dopuis(|U(d |ue temps tu ne lis chez toi une foule de jeunes coquettes dont la vie n'est ((u'unc déplorable erreur; tu n'aimes que leur société... tu uv suis fpii; leurs con^ils; et ce n'est jamais [lar elle-même qu'iuie femme se perd, c'est par ses amies intimes : c'est par cidles ipii t'entourent. Les mauvais exemples commencent sa ruine en la d courageant, en la dégoûtant de ce (pu (>st bien; puis viennent les mauvais conseils qui la conduisent à ce qui est mal... Déjà ell(^s ont d(itruit theztoi le bonheur intérieur... Tu jettes un regard d'envie sur leur
folle existence Tu voudrais les imiier Tu brûles de
briller et de l'afficher comme elles; et moi qui suis ton ami, moi qui suis chargé de veiller sur ton honneur, qui m'aiipartient, qui est le mien, je dois d'une mai a sévère
t'arrètir au bord de l'abime et t'empèolicr d'y loml>er
Voilà mes torts, n'e4-il pas vrai ? ceux (jue tu u'os ils me reproeher devant Clarisse.
CLARISSE. Mon frère ! |
DARCEY. Après cela qu'elle m'i n veuille, qu'elle soit fil'bcc j contre moi... je trouve cela fout naturel... Pour être raisoimable il faut du courage. (.1 Adrie.) Mais croi.s-lu (|u'il ne uTeu faut pas à moi pour t*alfliger... pour te causer <lu chagrin?., et c penduit j'y suis décidé. ADÈLE. Vous. Monsieur!
DARCEY, fro'ilriH'iit. Tu s.iis qu'avec moi U!ic décision prise est toujours exéjiitiie, ( t voici ce (pie j'avais à te dire : je vais souvent à Paris poar mes alTùivs, j'y v.és même aujourd'hui, t iMt • h journée, et je voudrais qu'en mon abscnCA; ces daaies, tu sais de ipii je veux p\rler, ne vinssent ici ([u'invitées par moi.
ADELE. Vous n ■ les inviterez jaiu lis.
'DARCF.Y. Si, vr;iiniciit. Il en tst (iiicbiiu-s iiiirs qui no sniil que folles et étourdies, celles-là sont peu dangereuses... mais il en est tPautres que je redoute... madame do Lafcrrier, par exemple...
ADÈLE. Mais son mari est im riche banquier en relation d'alFaires avec vous.
DARCEY. Oui , lui fort honnête homme , que je verrai le matin dans son cahinet ou dans le mien ; mais tu niViMigeras de ne plus voir sa femme... je t'en prie. Ouant à madame Marini, ton autre intime, elle a fait, dit-on, la f(»rtune de son mari par son crédit aiiprès des ministres, et celui-ci par reconnaissance croit devoir fermer les yeux sur la conduite de sa femme; moi qui n'ai pas les mêmes motifs d'iudulgence, j(! le défends de voir madame Marini.
ADÈLE. Me le défendre!
darcey, avec tendresse. Oui, mon amie, et tu m'en remercieras un jour. Après cela, crois que mon amour le tiendra com|»te d'un pareil sacrifice.
ADÈLE, sèchement. Je ne demande rien, Monsieur.
DARCEY, aiTC douceuv. Jelc vois, ettu m'ohéirassans cela... {Avec fermeté ) car tu sais que si j'ai de l'indulgence pour des caprices, je suis inexorable pour des fautes. Adieu, je pars, .Mais auparavant, ma chère Clarisse, je voudrais vous parler un instant.
CLARISSE. Très-volontiers.
ADÈLE. Encore ([uelques complots contre moi?
DARCEY. Probablement... mais le complice que je choisis doit vous rassurer. (// vent luibaher la main, qu'elle retire avec humeur. Darcey sort avec Clarisse qui fait sigm à sa 9CBW de se modérer.)