‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 16 sur 783 · MARGUERITE, HENRI, NEUBOROUG, WALPOLE · texte numérisé non relu

MARGUERITE, HENRI, NEUBOROUG, WALPOLE

NEiDOROLG, accouraut. Ah! mon ami...

WALPOLE. Qu'as-tu donc?

NEiucKOiG. Laisse-moi reprendre mes idées, et surtout reprendre lialeine! Au moment où je sortais de ta salie à manger par la porte qui donne sur le parc, je me trouve f\ice à face avec Sa Majesté qui me dit : « Monsieur Neuboroug, je serais enchanté de vous parler; » et sans que j'aie eu le tenifis de me reconnaître, il me prend le bras, et nous voilà avec ce bon roi, nous promenant br.ts dessus, bras dessous... sins façoris, sans cérémonie, tout à fait à noire aise... exiepté que j'étais un peu troublé, parce qu'un roi qui vous donne le bras... cela fait toujours...

^MARGUERITE. Quoi doUC?

NEi'BOROLG, à Maryuorite. Cela fait, mon enfant, que c'est trés-honorable. Il est fâcheux seulement qu'il n'y eut là personne... parce que mes confrères, qui sont souvent si fiers et si importants, auraient vu que pour la première fois que je viens à la cour... (.1 Walpole.) Enfin, et pour revenir à toi, le roi m'a d'abord p:irlé de mon élection; et quand il a su que mnn inteniinu otait de refuser. :. — Je ne le veux pas, s'est-il érrié, je ne le veux pas ! Il nous faut à la Cliambre des gens de talmt, et suriout d'Iioiuiètes gens... A ce double litre... vous resterez... je l'exige... pour moi et pour vous. . car un ami de Walpole peut arriver à tout, ]ii ut tout obtenir de moi. .\ ce mot, il m'est arrivé une inspiration, une idée d'<n haut!., celle de m'immoler pour toi... Eli bien! sire, lui ai-je dit, vous le voulez... j'accepte... mais en revanche, j'implore une faveur de Votre Maje-té. — Laquelle? parlez! — Et a'ors, soit que l'amitié m'inspirât, soit déjà que je me crusse à la tribune, j'ai été content de moi, j'ai été éloquent... je lui ai peint avec chaleur mes craintes, mes inquiétudes surl'état de tasanté...jeraivu ému... entraîné, et je me suis écrié : Puisque vous l'aimez ce fidèle serviteur, vous ne voudrez pas l'immoler; vous ne voudrez pas sa mort ; je vous réponds, moi, médecin, qu'il y va de sa vie!.. Oui, mon ami, je l'ai dit, il y va de sa vie, s'il ne quitte pas les afiaires, si vous n'acceptez pas la démission qu'il vous a offerte depuis si longtemps !

w.KLPOLE, avec anxiété. Eh bien !.. eh bien !.. le roi a refusé?

NEUBOROLG, avec enthousiasme. Du tout!., il consent...

WALPOLE, stupéfait. Que dis-tu?..

NEUBOROUG, tirant un papier de sa poche. Tiens! lis!., écrit de sa main royale !

WALPOLE, prenant le papier avec émotion. Lisant. « Vous « le voulez, vos amis le veulent, il y va, dit-on, de votre « .santé et de votre existence, j'accepte à regret la démis- « sion que vous m'offrez. »

NEUBOROUG ET HENRI. Quol bonheur !

WALPOLE, continuant de lire. « Je n'y mets qu'une condi- « tioii, c'est qu'avant de vous retirerj vous me désignerez « vous-même votre successeur et formerez le nouveau mice nistère qui doit vous succéder. » Ah! je ne sais ce que j'éprouve.

HENRI. Le saisissement...

NEUBOROUG. La surpHse...

WALPOLE. Oui. lajoie... une joie imprévue... Mevoilà donc libre... mevoilà heureux'., cela produitunsinguliercffet...

NEUBOROUG. Quand on n'en a pas l'habitude... et j'ai eu tort de t'annoncer ainsi sans ménagements... sans préparations... que veux-tu, j'étais si enchanté!., mais ce ne sera rien... mon ami, ce ne sera rien!., la joie n'a jamais fait de mal... et j'espère que tu es content... que tu me remercies...

WALPOLE. Oui, mon ami... oui, certainement... mais tu es sûr que le roi ne m'en voudra pas?..

NEUBOROUG. Eu aucuue façon... puisqu'il te charge de nommer ton successeur et de former toi-même le nouveau ministère.

WALPOLE. C'est vrai !

NEUBOROUG. Noiis pouvous maintenant nous renfermer dans fa résidence de Strawberry-Hill, reversons ses beaux ombrage:?, au bord de ses eaux jaillissantes... Nous pouvons partir sur-le-champ...

WALPOLE. Pas aujourd'hui! il y a conseil...

NEUBOROUG. Tu u'v as plus que faire... lu n'as plus de conseil, plus d'ennui.

WALPOLE. Ah! oui, c'est vrai !.. Henri, tu diras alors à l'envoyé de Hanovre , à qui je n'avais pu donner audience, que je suis prêta le recevoir... je l'attendrai.

NEUBOROUG. Mais ça ne te regarde plus... tu n'as plus besoin de t'inquiéter de cela... ta matinée est libre...

WALPOLE. C'est vrai ! tu as raison !.. Alors, qu'est-ce que je vais faire?..

NEUBOROUG. Déjeuuer d'abord... c'est Tessentiel.

AVALPOLE. Ah ! c'est que je n'ai plus faim! {Un domestique entre et remet une lettre à Henri.)

NEUBOROUG. Voilà... ce que c'est que d'attendre trop longtemps. {Au domestique qui vient de remettre la lettre à Henri.) Faites servir votre maître ! (.4 Walpole, qui fait un geste d'impatience.) Oui, mon ami, quand tu devrais te forcer un peu...

HENRI, qui a décacheté la lettre, bas, à Marguerite. C'est d'elle! [Lisant.) « D'inifiortants événements se préparent; il « faut que je vous voie aujourd'hui, à trois heures, dans Li « grande galerie. « {Avec joie.) Un rendez-vous!

MARGUERITE, à part. 0 cicl !

WALPOLE, vivonod. Qu'est-ce que c'est' une lettre? c'est du roi!

HENRI. Non, mon oncle...

NEUBOROUG, entraînant Walpole. Du roi ou d'un autre, qu'importe?.. Au diable maintenant les atl'aires s<;rieuses... il ne faut plus penser qu'au plaisir et à la joie; [A Marguerite qui essuie une larme.) n'est-ce pas, mx fille?.. HENRI, à Margun-ile. Ah! j'ai maintenant de l'espoir.

MARGUERITE, à part . Et moi je n'en ai plus. [Walpole, Senboroug et Marguerite sortent jMir la porte à gauche, et Henri par la porte du fond.)

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