SCÈNE iir
Les PRÉCÉDENTS, CRÈPO.NNE.
CRÉPONNE. Madame! c'est le domestique de ce banquier, qui apporte une lettre.
ADÈLE. M. Rialto?,. mais c'est une persécution!
AMÉLIE. M. Rialto! ce capitaliste étranger?
SOPHIE. Dont lesécusontuneréputation d'espriteuro|W;onne?
ADÈLE, riant. Lui-même.
AMÉLIE. Et lu lui fais faire antichambre?
ADÈLE. 11 est affreux !.. et il m'ennuie à périr.
AMÉLIE. Tu fais bien alors de ne pas le l'cciîvoir.
SOPHIE. Mais du moins tu peux le lire... cela nous amusera.
ADÈLE. Je ne demuide pas mieux... et sous c^' rapport-là son épître arrive à point. [Lisant.) « Ma belle dune... je ne « dirai pas que je vous aime ; ce serait répéter cv qu ' tout (( le monde dit, et j'aurais l'air d'un écho,., « [Parlant.) C'est joli!
AMELIE. Tr.s-j(»li.
SOPHIE. Mais oui, pas mal pour uu inidiigal à U linancière.
ADELE, lisant. « J'aurais l'air d'un écho, et ce n'est pas « avec des phrases (|ue je V( tu Irais payer le mien. » S'arrétant.) Payer le sien?
AMÉLIE, riant. Son écot.
SOPHIE, riant. Celui-là est admirable!,, continu •, de grâce.
ADELE, lisant. « Ce n'est pas avec des phrases que je wni- « drais payer le mien... c'est par des attentions et des ser- « vices réels. J'apprends à rinslanl que M. Albert Melville, « votre cousin, qui était sur le p lint d'épouser votre sœur, « vient de perdre sa place au ministère des linances, ce qui « va, dit-on, faire manquer son mariage... »
SOPHIE, vici'meut. .Manquer S(>n mariage! y pense-t-il? Que deviendrait notre vengeance? que deviendrait Valdéja?
Il faut (pie ce mariage .s'achève pour qu'il sache... oui
alors seiileiuent je lui dirai tout.
AMÉLIE ET ADELE. E\pli(pie-loi. ..
SOPHIE. Plu> tard... .Vehève ce billet.
.\DELE, con>inuant. « Vous saurez qu'au ministère des fi- « uanceson n'aura rien à me refuser tant (pi'il y aura des
DIX ANS DE LA VIE D'UNE FEMME
« ciii|irunts à faire, et que j'aurai de l'argent à donner. Eh « liii'ii ! ma belle dame, dans une demi-heure votre cousin « sera réintégré dans sa |)lacc, et dans une heure son nia- « riage aura lieu, i'our cela je ne vous demande qu'un mot, « un seul mot, qui me permelte d'espérer et me donne le « drtiit de mettre à vos pieds mes hommages et ma fortune. « Pour mon cœur, vous savez qu'il y est et depuis longtemps. « Signé RiALTO. » {Parlant.) Quelle extravagance!
AMÉLIE. Une extravagance?
ADRLE. Eh! oui, sans doute, à laquelle il n'y a pas même de réponse à faire.
SOPHIE. Tu aurais donc un bien mauvais cœur? quand il y va du bonheur de ta sœur, de son mariage?
AMÉLIE. De la fortune et de l'avenir d'Albert, ton cousin.
SOPHIE. Et mieux mcore, de la réussite de nos projets, de la certitude de notre vengeance contre ce Valdéja.
AMÉLIE. Et tu pourrais hésiter?
ADÈLE. Permettez donc... vous n'avez pas lu...
AMÉLIE. Qu'il t'offre ses hommages? où est le mal? tu n'es pas la première à qui il les ait adressés !
SOPHIE. Bien d'autres grandes dames te les envieraient et te les disputeraient.
AMÉLIE. Et cependant ne seraient pas dans la même position que toi, car c'est à la fois une bonne afiaire.
SOPHIE. Une vengeance...
AMÉLIE. Et une bonne action.
SOPHIE. Donne, donne.
ADÈLE. Que veux-tu faire?
SOPHIE. Deux mots seulement. {Elle va écrire.)
ADÈLE. Je m'y oppose.
SOPHIE. Aussi, ce n'est pas toi qui écris, c'est moi. Tiens, Créponne, porte celle lettre au domestique; qu'elle soit remise à l'instant, il n'y a pas de temps à perdre.
ADÈLE. Mais, encore une fois, je veux savoir... Dieu ! que vois-je?