‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 20 sur 783 · SCÈNE Yll · texte numérisé non relu

SCÈNE Yll

HENUKCEORCE.

GEORGE. Voilà voire oncle libre enfin, et bien heui*eux, à ce que je vois.

HENRI, qui pendant toute la fin de la s^-éne précédente est resté plonyé dans ses réflexions. Pardon, sire. Votre .Majesté a daigné m'adies.-^er la p irolc...

GEORGE, souriant. Je vois que mon nouveau ministre est sujet aux distractions... il n'y a pas de mat... cela [lasse souvent, dans les atfaiivs, pour île la gravité ou de la profondeur... Je disais que \Vat[>ole est enchanlé de vous... car il craignait cPaboid un refus... il me l'avait formelleioeut annoncé!

HENRI. C'est vrai, siiv, jy étais décidé, je me l'étais bien promis!

GEOivcE. Quoi ! sincèrement vous aviez l*iiitenfion ife résister aux désirs de votre oncle... aux volontc's de vtilrc roi... Ce projet se raltachait-il à des consiiléral ions d'f.att

HENRI. Non, sire!..

GEORGE. .V quelque système que depuis x\»us avn abandonné?

HENRI. Non, s'.ro... et je demanderai à Votre Maj'csté h permi.ssion de ne p.as lui faire conniltro les motifs ipii m\mt déterminé!

GEORCK. Et pourquoi donc*

HENRI. Ils lui piraîtiMiciit peut-êtn» peu (lignes de la gravité qu'elle a droit d'attendre de son ministre.

GEORGE. Eh! mon Dieu. détroinpez-v.His! la gravité m'ennuie à périr, et je suis trop heureux d'y faire livve ; ail^■i doiic... parlez sans crainte.

L'A.MBFTfEUX.

iitNnt. Eh fticn ! sire, j'en convifns, je voulais iValxjrd rcfiiMi'... inais iino luisuiiiio qui a tout pouvnii- sur moi a évi'illt- dans mon cœur des siMitimcnts d'ambition ot de gloire qui ont tiiomphé de mes craintes et m'ont décide à accepter.

GEORGE, souriant. De l'air dont vous dites cela... je parie que celte pcrsonnc-là est une femme!..

HENRI. C'est vrai !

r.EORGE , souriant. Je l'avais deviné. Vous comprenez (|u'avec votre oncle, je ne pouvais parler que d'affaires d'État; la sévérité de son âge et de son caractère... Et puis, c'est le champion de la reine... son défenseur! il lui est tout dévoué... et moi aussilcar je l'aime et la rospectcavant tout; mais à la moindre confidence il se serait cru, en sujet fidè'e, obligé à des sermons, à des remontrances... c'est gênant... c'est ennuyeux. .. tandis (ju'entre nous... [Souriant.)

HENRI, avec respect et étonnement. Qui, moi, sire?..

GEORGE, avec bonté. Croyez-vous donc qu'un roi ne puisse jamais descendre des liauteuis de la politique ou de l'étiquetle?.. Croyez-vous donc que souvent, au fond du cœur, il ne désire pas un ami à qui il puisse confier ses peines?..

HENRI. Que dites-vous?

GEORGE, soupirant. Que moi aussi... mon cher Henri, j'aurais peut-être là [Montrant son cœur.) plus d'un cliagrin

[Avecbonté.) Maisil s'agit de vous! je vois que vousaimez... que vous êtes amoureux...

HENRI. A en perdre la tète.

GEORGE, fjaiement. Je cooçt>i» cela... et vous êtes heureux?..

HENRI. Hélis! non!., elle m'aime... elle me le dit... (t elle refuse ma main.

GEORGE, de même. Ce n'est pas po.ssible.

HENRI. Elle refuse d'être à moi!

GEORGE, avec abandon. Eb bien ! moi, c'est tout le contraire...

HENRI. En vérité!..

GEORGE, vivement. C'est eottirae je vous le dis!.. Et voyez donc désormais quelle existence , quel bonheur sera le nôtre... Nous nous délasserons des affaires publiques en parlant de nos chagrins... ce sera délicieux... Moi qui redoutais l'heure du conseil, je la verrai arriver maint-ninl avec plaisir.

HENRI. Et moi qui tremblais d'être ministre!..

GEORGE. Vous voyez bien que ce n'est rien!., le tout est de s'entendre... (Lui prenant la main.) et nous nous entendons déjà... nous nous comprenons à merveille... (.4 demivoix.) Dites-moi, Henri...

HENRI. C'est mon oncle !..

GEORGE, à part. Quel ennui!.. (Bas, à Henri.) Silence devant luit

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