‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 21 sur 783 · HENRI, GEORGE, WALPOLE · texte numérisé non relu

HENRI, GEORGE, WALPOLE

WAi.POLE, tenant un portefeuille (pi'il pos" sur la fahle et en tirant un papier. Voici les affaires dont il est urgent qui' Votre Majesté lui donne d'abord conn<\issance... c'est rel.tti à l'Espagne...

GEORGE, /j/T/ia/// /(' papi'-r. C'est bien... nous en jiarlerons!.. mais pas aujourd'hui... pas ce matin!.. Je dois sur. ir à cheval avec la reine... [Bas, a Henri.) Elle l'a voulu !

HENRI. .Mesera-l-il pirmis d'accompagner Leurs .Maiesf('> ?. .

GEORGE. Certiùnement... c'est avec grand plaisir que je vous verrai à cette promenade... (.1 Walpole.) Au fait, c'est charmant... un jeune ministre... ça monte à cheval!.. [A

Henri.) Nous ne pourrons pas causer... la reine sera là... mais cela se retrouvera... [A voix basse.) 11 y a bal ce soirà la cour... vous y viendrez...

HEMU, de )nême. Oui, sire!., je n'ai garde d'y manquer!

WALPOLE, à part. Qu'ont-ils donc à se dire ainsi à voix basse?.. [Haut.) Puisque Votre Majesié ne s'occupe point Je ces papiers, je les lui redemanderai...

GEORGE, les donnant à Henri. C'est lui que cela regarde!.. Tenez, Henri, voyez... examinez, et faites-moi un rapport sur cette question. . .

WALPOLE. Qui est importante! car il s'agit ici de la paix ou de la guerre...

HENRI. .Je ne cache pas à Votre Majesté que je tiens à vengei- les injures faites au pavillon nationd... ce fut toujours num avis...

WAf.Poi.E. Oiri , quand tu n'étais pas ministre; c'étaient alorsdes idées de jeune liomnie... des idées chevaleresques... mais maintenant...

HENRI. Maintenant, mon oncle, cela me semble un devoir; telle est du moins mon opinion...

WALPOLE. Ce n'est pas la mieinie... avant tout, l'intérêt des finances. . .

HEMU. .\vant tout, riionneur du [lays...

WALPOLE. Et je soTif iens, moi. . .

GEORGE, à Walpole, et montrant Henri. Permettez... cela le regarde... c'est lui qui est responsable...

HE.-^Ri. Pardonnez, mon oncle, d'être d'un avis diffiTent do vôtre... mais ne me condamnez pas sans me jugei'... j'etpli({uerai, je d'évelopperai les motifs de mon f»|)inioîi dans ce rapport que Sa Majesté veut bien nïe demandi-r et qne je vous soumettrai d'abord...

GEORGE. Comme vous voudrez... ou qnevmis me remettrez à moi-même tout uniment... car entre nous point de gène, point d'étiquette... Que ce ne soit point le prince et le ministre, mais seulement deux amis; et cette amitié que je vous offre... [Lui tendard la main.) l'acceptez-voiTS, H^nri?

HENRI, s'inclinant. Ah! sire!., c'est à mon oncle que je dois tant de bonheur! combien je l'en remercie!

GEORGE. Et moi plus encore!.. [A Waipole.) car voilà le ministre qu'il me fallait !

WALPOLE. Vraiment!

GEORGE. Oui! nous venons de causer ensemble, et vous aviez raison de me le vanter! Tout en lui se trouve réuni r cap:icité, talents, connaissance des affaires... [A Henri.) Et (juant à celle dont je vous parlais, et que je recommande à votre discrétion...

WALPOLE. LaqneïleT.. de quoi s'agit-il?

GEORGE. Rien!., c'est entre nous... (.1 Henri.) Vous avez, dit-on, à quelques lieues de Londres, une villa italienne, une,eampagne charmante?..

HENRI. Une miison de garçon...

GEOHGE. Demain j'irai voTis y demandera déjeuner, nous y causerons plus à l'aL^e qu'ici... (.4 Walpole.) Vous, mon cher Robert, et jusqu'à ce que tons nos arrangements soient pris, le plus grand silence avec tout le monde sur la niuiiination de votre neveu! [Voyant entrer un page.) Mais on nous attend!., venez! venez! mon cher Henri f [De loin, à ])'alpol", en s'en allant. Adieu! Milopdf..

HENRI, de même, et i/aiemetit. Adieu, mon onch\ [Ih sortent tous deux.)

SCÈ.NE IX,

WALI'UL!'^, se jyrojuenant d'un (tir morne et rcV'itr. Je siiisenclfanté!.. voilai uion neveu en faveur!., le rnil'a déjà pris en ainitié, et va demain déjeuner chez lui... [S^erréfant.',

IIG

L'AMBITIEUX

Il n'est jamais venu déjpunor chez moi... Et puis cette affaire qui les occupe, et pour laquelle ma présence paraissait les gêner!.. Autrefois il n'avait pas de secret pour moi... Qui donc m'a ôté sa confiance? Qui m'a déjà desservi auprès de lui? Lord Henri... oh! non, je ne puis le croire... il est trop franc, trop loyal... il n'y a pas assez longtemps qu'il est aux affaires... Cependant il avait l'air d'être d'intelligence avec le roi, il a combattu devant lui mon opinion, il s'est montré mon adversaire... mon ennemi... et puis enfin ce déjeuner, il n'arieu dit... il a accepté !.. l'ingrat!., lui qui me doit tout!..

•SCÈNE X WALPOLE, NELBOROUG.

WALPOi.E, apercevant Xeuborouç/ et lui prenant les mains. Ah! te voilà, mon ami, mon seul ami!

NEUBOROiG. As-tu VU Icroi?..

WALPOLE. Oui!..

NEUBOHOUG. Je m'cu sius douté... car je l'ai rencontré qui sortait d'ici... il m'a salué d'un air très agréalleen traversant la terrasse qui était encombrée de courtisans... WALPOLE. Le roi n'était pas seul!..

NErnoROLG. Non, il s'appuyait affectueusement sur le bras de lord Henri... et ils disaient tous : Ce Walpole est-il en faveur! il suffit d'être sou neveu, son pirent, pour être traité par le roi comme un membre de la famille royale. — Sa Majesté s'est alors approchée de la terrasse au Bas de laquelle étaient rassemblés des gens du peuple et des matelots qui murmuraient à haute voix : La guerre! la guerre ! guerre à l'Espagne! — Vous l'entendez, sire, s'est écrié loid Henri... — Eh bien ! mon brave officier, a dit le roi en lui frappant sur l'épaule, nous la leur donnerons, n'est-il pas vrai ?

WALPOLE. Il aditcela?.. ill'a promisaussi fonnellemonf ?..

NEiEOROUG. Tout liaul, devant tout le monde! et alors de toutes parts ont retenti les cris de Vive le roi!.. Vive Walpole! parce qu'ils croient toujours que c'est toi qui restes au mini.stère... et moi je riais!.. Que les hommes sont singuliers et qu'il faut peu de chose pour les... Et dis-moi, tu as donc songé à moi?

WALPOLE. Oui, mon ami, oui, je l'ai mis sur une liste qui doit être soumise au roi et qu"")! approuvera, j'en suis sur...

NELBOROUG. M'as-tu mis dans la trésorerie... ou dans l'amirauté?..

WALPOLE, à demi-voix. Eh! que dirais-tu s'il y avait moyen d'arriver plus haut? de parvenir peut-être jusiju'au premier rang?

NEUBOROLG. Non, iiott, (ic me tente pas!., tu sais que je n'ai pas d'ambition!.. Un petit ministère inoffensif, bien tranquille, bien modeste, où je sois comme à l'abri des affaires... voilà tout ce qu'il me faut!..

WALPOLE. Et pourquoi donc?., tu ne te rends pas justice... N'as-tu pas des titres? et puis enfin, un homme mùr... raisonnable...

NEUBOROUG. C'cst vrai !

WALPOLE, avec amertume. Ce n'est pas un jeime homme! il ne monte pas à cheval, celui-là !

NELBOROUG. Jamais!..

WALPOLE, de même. Il n'a pas de villa élégante... de maison de campagne...

NEUBOROUG. Pas eucorc!.. mais cela peut venir... et si le roi le veut...

WALPOLE, lui saisissant le bras avec force. Il le voudra... j'en réponds... H y aura des obstacles... dis obstacles terribles... Les princes ont tant de caprices, ils oublient si vite les services passés... .Maisenlin, rassure-toi... dans un '^ouvernenient tel (pie le nôtre, il ne sullit p.is d'èire le favori

du roi |)onr faire un ministre... il faut encore du crédit, du talent...

NEUBOROUG. Tu cs bien bon!..

WALPOLE. Il faut avoir pour soi la majorité... l'opinion publique... et l'on verra...

NEUBOROUG. Oui, mon ami, oui, nous verrons... mais calme-toi!., car te voilà dans un état qui m'effraie... Tu avais donné ta démission pour être tranquilb-...

WALPOLE Et je le suis, mon ami, je le suis...

NEUBOROUG, remontant vers la porte du fond. Entends-tu ces cris... c'est le roi qui part... il e.st à cheval... ton neveu est à côté de lui !.. à .sa droite...

WALPOLE, avec colère. A sa droite... tu en es sûr!..

NEUBOROUG. Parblcu ! je le vois... ah! mon Dieu!., il laisse tomber sa cravache... le roi lui offre la sienne... qu I honneur!

WALPOLE, à part. C'en est trop! {Haut, a .\euboroug. Viens... j'y perdrai mon nom ou nous renverserons ceux qui aspirent au pouvoir.

NEUBOROUG. Nous les renver.serons...

WALPOLE. Et puisque le roi veut décidément la gui-rre...

NEUBOROUG. Nous la lui donnerons... on l'a toujours quand on veut! ce n'est pas comme la paix !

y.ALPOLE, l'entraînant. Viens, te di.s-je, il faut se hâter // sort en entraînant Neuboroug par le fond.)

FIN DU TROISIÈME ACTE

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