‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 222 sur 783 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

L'ABBÉ, appuyé sur la toilette, LA PRINCESSE, assise en face de la toilette, sur un canapé.

LA PRINCESSE, achevant de se coiffer. Quoi, l'abbé, pas une historiette... pas le moindre petit scandale"?..

i;.\BBÉ. Hélas! non!

LA princesse. Votre état est perdu! Vous devez, d'obligation, savoir toutes les nouvelles... C'est pour cela que les dames vous reçoive?it le matin à leur toilette... Donnez-moi la boîte à mouches... Voyons, cherchez bien... Je vois, à votre air mystérieux, que vous en savez plus que vous ne dites...

l'abbé. Des nouvelles insignilîantes... certainement ! Vt)us apprendrais-je que mademoiselle Lecouvreur et mademoiselle Dudos doivent ce soir jouer ensemble dans Bnjazet, et qu'il y aui'a une l'oule immense?..

lAl.NV. |,„,

(le VuLvT e. Cie.

ADRIENNE LEGOUVRËUR.

LA pKi.NCEssfc:. Après?.. Un instant, Fabbc... Phiccrioz-vons cetlc mouche à la joue... on àTangle de l'œil gauche?..

l'abbé, passant derrière le canapé (1). Si madame la princesse ne m'en veut pas de ma franchise, j'aurai le courage de lui dire... que je me prononce ouviMicment contre le système des mouches.

LA PRINCESSE. C'est toute une révolution que vous tentez là... et, avec votive air timide et béat... je ne vous aurais jamais cru un lévite si audacieux.

l'abbé. Timide... timide... avec vous seule.

LA PRINCESSE. Ah bah !.. Eh bien ! vous disiez donc?.. Voire antre nouvelle?..

l'abbé. Que la représentation de te soir est d'autant plus piquante que mademoiselle Lecouvttur et la Duclos sont en rivalité déclarée, .\drienne Lecouvreura pour elle le public tout entier, tandis que la Duclos est ouvertement protégée par certains grands seigneurs^ et même par certaines grandes dames, entre autres par la princesse de Bouillon !

LA PRINCESSE, SB mettant du rouge. Par moi?

l'abbé. Ce dont chacun s'étonne. Et l'on commence même, dans le monde, à en rire.

LA PRINCESSE, avec hauteur. Et pouriiuoi, s'il vous plaît?

l'abbé, avec embarras. Pour des motifs que je ne puis ni ne dois vous dire... parce que ma délicatesse et mes scrupules...

LA PRINCESSE. Dcs scrupu Ics. .. à VOUS, l'abbé 1 .. Et vous disiez qu'il n'y avait rien de nouveau?.. [Se levant.) Achevez donc!.. Aussi bien, ma toilette est terminée... et je n'ai plus que dix minutes à vous donner...

l'abbé. Eh bien! Madame... puisqu'il i'aut vous le dire, vous, petite-fille de Sobiesky, et proche parente de notre reine, vous avez pour rivale mademoiselle Duclos, de la Comédie française.

la PRINCESSE. En vérité!

l'abbé. C'est la nouvelle du jour. ..Tout le monde la cunnait, excepté vous, et comme cela peut vous donner un ridicule... je me suis décidé, malgré l'amitié que me porte M. le prince de Bouillon, votre mari, à vous avouer...

LA PRINCESSE. Quc Ic prlucc lui a donné une voiture et des diamants!

l'abbé. C'est vrai!

LA PRINCESSE. Et uiic pctitc maisou.,.

l'abbé. C'est vrai !

i.A PRINCESSE. Hors Ics boulcvards de Paris, à la Grange- Batelière.

l'abbé, étonné. Quoi! pi'incesse, viius savez?..

LA PRINCESSE. Bien avant vous, bien avant (ont le monde!.. Ecoutez-moi, mon gentil abbé, le tout pour votre iiislruclioii. M. d(; Bouillon, imiu mari, quoique prince et grand seigneur, est un savant : il adore les arts, et surtout les sciences. 11 s'y était adonné sous le dernier règne.

l'apbé. Par goût?..

LA PRINCESSE. Noii ! piiur faire sa cour au régent, dont il s'eil'orçait de devenir la copie exacte et fidèle; il s'est appliqué, comme lui , à la chimie; il a, comme lui, un laboratoire dans ses appartements, que sais-je? 11 .souffli; et il cuit toute la journée ; il est en correspondance réglée avec Voltaire, dont il se dit l'élève. Ce n'est plus le bourgeois gentilhomme, c'est le gentilhomme bourgeois qui prend un maître de philosophie. . . tonjou rs pon r ressemblei- an régvnt . . . Et vous comprenez que, voulant pousser l'imifation aussi loin que possible, il n'avait garde il'oublier la galanterie de son héros... Ce quinomecontrariailpasexcessivement... Uiit; femme a toujours plus de teaqis à elle... quand son mari est occupé... Et pour que le mien, même infidèle, rest;\t dans ma dépendance, j'ai pardonné à la Duclos, qui ne fait rien

(1) La princesse, l'al)l)o.

que- pai- mes ordres, et me tient au fait de tout. .Ma protection e.st à ce prix, et vous voyez que je tiens p.irole !

l'abbé. C'estadmirable! Mais, qu'y gagnez-vous, princesse?

LA PRINCESSE. Cc f|ue j'y gagne?.. C'est que mon mari, craignant d'être découvert, tremble devant la petite-fille de Sobiesky dès qu'elle a un soupçon... et j'en ai quand je veux... Ce que j'y gagne? c'est qu'autrefois il était trcsavare, et que maintenant il ne me refuse rien! Commencezvous à comprendre?

l'abbé. Oui, oui... c'est une infidélité d'une haute portée et d'un grand rapport !

LA PRINCESSE. Lc nioude peut donc tac plaindre et gémir de ma position, je m'y résignCj et si Votts n'avez, cher abbé, rien autre chose à m'apprendi'e...

l'abbé, timide inent. Si. MadaMe ! une rtôuvelle...

LA PRINCESSE, sùwiant. EucorG unôl

l'abbé, de même. Qui me regarde personnellement... et celle-là, je crois être sur que vous ne vous en doutez pas... C'est que... c'est que...

LA PRiNCEs.SE, gaiement. C'est que vous m'aimez!

l'abdé. Vous le saviez !.. Est-il possible!.. Et vous ne m'en disiez rien !

LA PRINCESSE. Je ii'étiUs i)as oblige dc vous l'annoncer. . .

l'abbé, avec chaleur. Eh bien! ouiw. C'est pour vous que je me suis fait l'ami intime de voli'O mari! Pour vous, je suis de toutes ses parties! Pour vous, je vais à l'Opéra et chez la Duclos ! Pour vous, je vais à l'Académie des sciences ! Pour vous, enfin, j'écoule M. de Bouillon dans ses dissertations sur la chimie, qui ne manquent jamais de m'endurmir!

LA PRINCESSE. Pauvro abbé!

l'abbé. C'est mon meilleur moment !.. je ne l'entends plu.s... et je rêve à vous!.. Mais, convenez-en vous-même, un tel dévouement mérite quelque indemnité, quelque récompense...

LA PRINCESSE, sourîant. Oui, l'on vous a souvent donne, à vous autres abbés de boudoir, pour moins que cela! Mais, dus^iez-vous crier à l'ingratitude, je ne peux rien pour vous en ce moment.

l'abbé, vivement. Ah! j6 nù vous demande pas une passion égale à la mienne! c'est impossible!.. Car ce que j'éprouve pour vous, c'est une adoration, c'est un culte!

LA PRINCESSE. Jc comprciKls, t'abbé , et vous deuiandoz pour les frais du... Impossible, vous dis-je... mais, silence, on vient... C'estmon mari et madame la duchesse d'Aumonl... •N'avez-vous pas aussi què!é de ce côtélà?..

l'abbé. La place était prisé...

LA PRINCESSE. C'cstjoucr dc malheur... [.{part.) Ce pauvre abbé arrive toujours troi» tard.

SGENK H.

La princesse va au-devant d'Alhcna'ts, à qui le prince donnait la main^ el l s acteurs, en redescendant le théâtre. sont dans l'ordre suivant: .^THENAIS, LA PRINCESSE, LE PRINCE, L'ABBÉ.

LA PRINCESSE, à Athénuis. C'est vous, ma toute belle, quelle bonne fortune! Qui vous amène dc si bon malin?

LE PRINCE. Un service que madame la duchesse veut vous demander.

LA PRiNCESsK. Uu plaisir de plus. Et comment avcz-vons lencuntre mon mari.cpie moijen'ai pas aperçu depuis avanthier?..

.viHÉNAÏs. Chez le cardinal de EU ury, mon oncle!

LE PRINCE. Oui, vraiment!., le grand ministre qui nous gouverne, et que j'ai connu quand il elail évèque de Fréjus, o>t uieuibi-e, comme moi, de l'.^cadémie des sciences... c'est aussi un savant, et, comme tel, je lui avais dédié mon nouveau traité de chimie... ce livre qui a étonné M. de Voltaire

A DRIKNNE LFXOU VREUH .

I.ii-inonu'l.. i uuais, ni'a(-il dit, il n'avait in (rcnivrag-o écrit fommo celui-là! Ce sont ses propres p.irolo> , et je le crois de bonne foi !

LAPniNCESSE. Moi aussi...niaislc cardinal premier ministre...

LE PRINCE. Nous v voici. {A un valet qui entre portant un petit coffret.) Bien! posez là ce coffret. {Le valet /.ose le coffret sur la table à droite et sort.) Le cardinal, qui, comme homme d'État et comme chimiste, connaît mes talents, m'avait prié de passer à son hôtel, pour me confier nne mission honorable... et terrible...

Toi;s. Qu'est-ce donc ?

LE PRINCE. L'analyse scientifiqnectjndiciaire... des matières renfermées dans ce coflret... poudre dite àe succession, inventée sous le grand roi à l'usage des familles trop nombreusesj et dont la nièce du chevalier d'Effiat est accusée, comme son oncle, d'avoir voulu se servir...

LA PRINCESSE, faisant un pas vers le coffret. Eu vérité!

ATHÉNAÏs, de même, et gaiement. Ah! voyons.

LE PRINCE, la relevant. Gardez vous-en bien!., si ce que l'on dit est vrai, rien qu'une pincée de cette poudre dans une paire de gants ou dans nne fleur, suffit pour produire d'abord un étourdisseraent vague, puis une exaltation au cerveau... et enfin un délire étrange... qui conduit à la mort... c'est, du reste, ce qui sera démontré, car j'analyserai, j'expérimenterai et je ferai mon rapport...

LA PRINCESSE. Très-bien! mais cette analyse scientifique m'apprendra-t-elle, Monsieur, ce que vous êtes devenu hier toute la journée?. .

LE PRiNXE, bas, à l'abbé. Une scène de jalousie affreuse...

l'abbé, (le même. Qui se prépare...

LE PRINCE, de n^ême. Sois tranquille... (Haul,^ à la prinresse.) Ce que je faisais, Madame?., je surveillais moi-même une surprise.. . que jevous réservais pouraujounriuii. (// lui présente un cciin).

LA PRINCESSE, vivement. Qu'est-ce donc?..

LE PRINCE, à l'abbé, à voix basse. Voilà comme on s'v prend! cela les étourdit, les éblouit, les empêche de voir...

LA PRINCESSE, qui vient d'ouvrir l'écrin. Des diamants superbes!..

LE PRINCE, tenant toujours l'abbé. Et quant à l'analyse de cette poudre diabolique... voici mon raisonnement.., vois-tu bien, l'abbé...

l'abbé, a part, avec un soupir. Encore une dissertation éhimique!.. (Il écoute le prince, qui lui i arlc bas et avec chaleur.)

LA PRINCESSE. Regardez donc, ma charmante, comme ce bracelet est distingué!

.UHÉNAÏs. Et monté d'une façon si remarquable... c'est exquis!

LA PRINCESSE. Vciiez douc, l'abbé... veniez admirer comme nous.

l'abbé. Moi!., admirer!., je ne peux pas, j'écoute.

LE PRINCE. Oui, je lui explique... et il no comprend pas... nuis je vais lui montrer... (// fait quelques pas du côté du meuble.)

l'ai.bé, le retenant. Non pas... non pas... nne poudre pareille, qu'il suffit de respirer... pour qu'à rinstaiil... j'aime mieux ne pas comprendre... Allez toujours! (Le prince conlimie à parler bas à l'abbé. Tous les deux sont près de la table, à droite; pendant ce temps, Athénaïs et la princesse ont été s'asseoir sur le canapé, à ijauclie,près de la toilette.)

LA PRINCESSE, assise. Et nous, très-chère, pendant que ces messieurs parlent science, parlons du motif de votre visite, et du service que vous attendez de imti.

.vrHÉNAÏs, a.'sisc. Je vous confierai, princesse, ([u"il y a un talent... que j'admire, que j'adore... celui de mademoiselle Adrienne Lecouvreur.

LA PRINCESSE. Eh bien?

ATHÉNAÏs. Eh bien! est-il vrai (comme M. le prince s'en est vanté tout à l'heure chez mon oncle le cardinal) que mademoiselle Lecouvreur vienne demain soir chez vous, et y récite des vers?

LE PRINCE, s'avançant vers les deux datncs. Nous l'avons invitée. (L'abbé a suivi le prince, et les acteurs sont dans l'ordre suivant : Athénaïs, sur le canapé, à gauche ; l'ahbé, derrière le canapé ; la princesse, assise près d' Athénaï< ; le prince, debout, près de sa femme.)

LA PRINCESSE. Oui, quoiquc je ne partage pas votre enthousiasme, ma mignonne, et que mademoiselle Duclos, chacun le sait, me semble bien supérieure à sa rivale,* mais c'est une fureur! un engouement! tous les salons du grand monde se disputent mademoiselle Lecnuvreur...

l'abbé. Elle est à la mode!

LA PRINCESSE. Cela tient lieu de tout... et conune madame de Noailles, que je ne peux souffrir, avait compté demain sur elle pour sa grande soirée, je me suis empressée, depuis huit jours, de l'inviter, et j'ai là sa réponse.

ATHÉNAÏS, invement. Une lettre d'elle!.. Ah! donnez, que je voie son écriture.

LE PRINCE. Vous disicz vrai: c'est une passion réelle!

ATHÉNAÏS. Je ne manque pas une de ses représentations... mais je ne l'ai jamais vue de près... On assure qu'elle apporte dans le choix de ses ajustements un goût particulier qui lui sied à merveille. .. puis, des manières si nobles, si distinguées. . .

LE PRINCE. M. de Bourbon disait d'elle, l'autre jour, qu'il avait cru voir une reine au milieu de comédiens.

LA PRINCESSE. Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu convenable... C'est àcela que je faisais allusion dans moninvitation... et voici sa réponse: (Lisant ta lettre.) « Madame la princesse, si j'ai eu l'imprudence de « dire devant M. d'Argental que l'avantage des princesses de « théâtre sur les véritables, c'est que nous ne jouions la co- « mi'dic que le soir, tandis qu'elles la jouaient toute la « journée, il a eu grand tort de vous répéter ce |)rétendu « lion mot... et moi, un plus grand encore de l'avoir dit, « même en riant ; vous me le prouvez. Madame, \n\r la fran- « chise et la gracieuseté de votre lettre. Elle est si digne, si « charmante, elle sent tellement la véritable princesse, que « je l'ai gardée devant moi, sur mon bureau, pour placer la « vérité à côté de la fable. J'avais juré de ne plus aller ré- « citer de vei*s dans le monde; ma santé est faible, et cela « ajoute beaucoup âmes fatigues du théâtre. Maisle moyen, à « une pauvre fille comme moi, de vous refuser? vous me croi- « riezfière!..Etsi je le suis. Madame, c'est de vous prouver « à quel point j'ai l'honneur d'être votre très-humble et « obéissante servante. Adrienne. »

ATHÉN.us. Mais voilà une lettre vlu meilleur gnùl!.. et pi'rsonne de nous, je pense, n'en écrirait de mieux liturnee... (Prenant la lettre.) puis-je la garder? Je ne m'étonne plus de la passion de ce pauvre petit d'Argental... le fils!

l'abbé. U en pt^rd la tête!

LA princesse. C'est un mal de famille... car le perc, que vous connaissez, avec sa perrutpie de Pautrc règne et sa ligure de l'autre monde, s'etant rendu chez Adrienne pour lui ordonner de restituer l'esprit do son fils, y a perdu luimême le peu ([ui lui restait...

.\tiii:n.aïs. C'est admirable!

l'abbé. Et l'histoire du coadjuteur?

LE prince. Il y a une histoire de coadjuteuir?

l'abbé. Qui, trouvant dans une mansarde, au chevet d'une pauvre malade, une jeune dame charmante, lui donna K; bras pour descendre les six étage.s... et, comme il pleuvait averse... la força malgré elle à monter dans sa voilure épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, conduisant qui?., mademoi-selle Lecouvreur.

ATHÉNAÏS. C'était elle!

ADRIENNE LECOUVREUR

l'abbk. De là, le bruit qu'il avait voulu l'enlever.... Le saint homme (Hait furieux et a juré de lancer sur «ille les foudres de Tlklise à la première occasion! aussi, qu'elle ne s'avise pas de moui'ir!

ATHKNAÏs. Elle n'en a i)as envie,. je l'espère. (Se levant, ainsi que la princesse.) Ainsi, à demain soir! je m'invite... pour la voir, pour Tenteiidre.

i.A PRi.NCKssE. Vous vicudrez? nous allons, comme vous, adorer mademoiselle Lecouvreur.

ATiiKNAÏs. Adieu, chère princesse, je m'en vais. (Tout le moniii; In reconduit; elle fait quelques [jus pour sarlir, s' arrête H revient (1). A propos, savez-vons la nouv(jlle?

LA puiNCESSK. Eh ! mon Dieu non! je n'ai à moi que l'abbé, qui ne sait jamais rien !

ATUKNAÏs. (>e jeune étranger au service de France, que, l'hivei- dernier, toutes les dames se disputaient... ce jeune fils du roi de Pologne et de la comtesse de Kœnismarck ..

i.A PRiNCE-SE, avct ("inolion. Mauricr de Saxe!

ATHÉNAÏs. Est dt; retour à Paris!

i.'ahbé. Permcltez, le bruit en a couru, mais cela n'est pas!

ATHÉNAÏs. Cela est! je le s.iis par mon petit-cousin, Elorestan de Belle-Isle, qui l'avait accompagné dans son expédition de Coui'Iande... ce qui était même bien iiapiiétant, bien effrayant... (Vivement.) pour M. le duc d'Anmont, mon mari... et pour moi... mais enfin, il est à Paris depuis ce matin... Je l'ai vu, et il revenait, m'a-t-il dit, avec s ai jeune général...

i.A PRINCESSE. Qui, à ce qu'il paraît, n'avoue pas son retour.

l'abbé. A cause de ses dettes... il en a tant! Il doit .seulement, à ma connaissance, .soixante-dix millf: livres à un Suédois, le comte de Kalkreulz, (|ui, l'année dernière déjà, aurait pu le faire arrêter et qui y a renoncé, parce que où il n'y a rien...

LE PRINCE. Le roi perd ses droits!

ATHÉNAÏS. L'abbé ne l'aime pas et lui en veut parce que, l'année dernien^, il lui faisait du tort dans son état de conquérant... jalousie de métier.

l'abbé. C'est ce qui vous trompe, duchesse. Je l'aime beaucoup, car, avec lui, c'est chaque jour une aventure nouvelle, un scandale nouveau , qui rajeunit mon répertoire... cela vous plaît. Mesdames!

ATHÉNAÏS. Fi, l'abbé!

l'ai'bé. Vous aimez l'extraordinaire, et chez lui tout est bizarre. D'abord, on l'appelle Arminius! comment peut-on se nommer Arminius?

LE PRINCE. C'est un nom saxon... tous les savants vous le diront.

l'abbé. Et puis, lui autre talisman, il a riKinneur d'être bâtard, bâtard de roi.

LE PRINCE. C'est une chance de succès !

l'abbé. C'est à cela qu'il doit sa renommée naiss;\nte.

ATHÉNAÏS. Non pas , mais à son courage, à son audace ! A trei/.e ans, il se battait à Malplaqnet sous le prince Eugène; à ipialorze ans, sous Pierre le (irand, à Slralsiind... c'est Fiin'eslan qui m'a raconté tout cela.

l'abp.e. U a oublié, j'en suis sûr, son plus bel exploit... au siège de Lille, il a enlevé, il n'avait pas douze ans... il a enlevé...

ATHÉNAÏS. Une redoute!

l'abbé. Non, une jiuine tille nommée Rosette.

AiiiÉNAÏs, avec admiration. A douze ans!

l'abbé. Et quand on conuneuce ainsi, vous jugez...

.viHÉNAÏs. Eh bien! vous le jugez très-mal, car, dans cette dernière expédition, que l'ondit fabuleuse, etoïi il vient dese faire nommer duc de Courlande,rhéritièredu trônedesczars.

(i) Les acteurs, en redescciulaiit le llié;\tro, se trouvent iil.icrs (l:iiis l'ordre suivant : l'alil)é, la princesse, .\lhénais, le pruioe.

la fille de l'impératrice, avait conçu pourlui une affection qui ne tendait rien moins (ju'à le faire un jourempereur di; Russie.

LA PRINCESSE. Et, saiisdoutc, ébloui d'une conquête aussi brillante, Maurice aura tout employé...

ATHENAÏS. Je l'aurais cru comme vous! Pas du tout, Florcstan m'a raconté qu'il n'avait rien fait de ce qu'il fallait pour réussir... au contraire, il a laissé voir franchement à la princesse moscovite (pi'il avait au fond du cœur une passion parisienne...

LA PRKNCESSE, avec éiiuilion. En vérité!

ATHÉN.vïs. Vous voyez donc bien (lu'il ne faut pas toujours croire les abbés... Adieu, princesse.

vy DOMESiiQVE, annonçant. Monsieur le comte .Maurice de Saxe !

ATHÉNAÏS. Ah! il est dit que je ne m'en irai pris aujourd'hui... je reste!

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