‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 235 sur 783 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

MADEMOISELLE JOUVENOT, va s'asseoir devant In cheminée (lu fond et se chauffe les pieds., LE PRINCE, L'ABBÉ, entrant vivement par la seconde oorte adroite et se retournant avec agitation.

LE PRINCE, courant à lui. Ah! c'est toi, l'abbé!.. [S'efforçant de rire.) Viens donc recevoir mes consolations... ou plutôt me prodipuer les tiennes.

i/AiiiiK. Comment cela?

LE PRINCE. L'aventure la plus piquante pour nous deux...

l'abdé, à pari. Est-ce qu'il s'agit de sa femme?

LE PRINCE. Pour toi, d'abord... tu sais notre pari de tantôt, ces deux cents louis... au sujet du comte de Saxe....

l'abbé, vivement. Le comte de Saxe... je viens de me rencontrer nez à nez avec lui... comme il sortait de ce foyer... il y vient donc?

LE PRINCE, vivenip.nt. Preuve de plus!., et j'aurais, parbleu, bien vou u le voir.

l'abbé. Nous le trouverons au numéro trois des premières loges.

LE PRINCE. A merveille ! il s'agissait de découvrir sa passion régnante...

l'abbé. Oui, vraiment...

LE PRINCE. Je n'ai pas été loin pour cela... [Monirant mademoiselle Jouvenol.) Tout m'a si bien secondé qu'il ne te reste plus, mon cher, qu'à t'exécuter.

l'abbé. Sur le vu des preuves...

LE PRINCE. C'est bien ainsi que je l'entends... lis d'abord et dis-moi ton avis sur ce billet d'invitation... tiens... [Le lui donnant.) 11 n'est pas long, mais clair et précis!..

l'abbé, lisant. « Pour des motifs politiques que vous con- « naissez mieux que personne, on désire vous entretenir ce « soir à dix heures, dans le plus rigoureux tète-à-tète, en a ma petite maison de la rue Grange-Batelière, que j'ai fait a dernièrement meubler! Amour et discrétion! — Signé (( Constance! »

LE prince, avec colère. La signature dt^ la perfide Duclos.

l'abbé, avec étonncmcnt. Constance !

LE prince, avec impatience. Eh oui ! vi-juiucut ! Ir iinm i\r fait rien à la chose!.. Je tiens ce billet de Pciielo[ie, sa femme de chambre.

l'acre. Qui vous l'a remis?

LE PRINCE. Ou plutôt vendu à un taux d'autant plus exorbitant...

l'abbé. Qu'ici ces valeurs-là ne sont pas rares!

LE PRINCE, qui, pendant ce temps, a remonte le lhcàtrt\ parlant à un domestique. Ce billet au numéro trois des |)remières, sans dire de quelle part. [Revenant près de L'ubbe (I). Et maintenant, mon cher abbé, j'ose compter sur toi!..

l'abbé. Et pourquoi?

LE PRINCE. Pour te rendre témoin d'un éclat tiue je m(> dois ;'i inoi-mèm(>; je veux d'aliord ce soir tout lirisrr chez elle.

(1) L'abbé, le ininrr.

l'abbé. C'est du plus mauvais goût pour un abbé et un savant !

le PRINCE. Quand la science est trahie!..

l'abbé. La science doit savoir se taire!.. Le bruit est permis au comte de Saxe... à un soldat, mais à vous, presque parent de la reine... à vous, un homme marié, ce serait un scandale...

LE PRINCE. On saura toujours l'anecdote... parce qu'ici, au Théâtre-Français... Tiens, [Montrant mademoiselle Jouve ■ not, qui est à la cheminée.) voilà déjà mademoiselle Jouvenot qui n'a encore vu personne, et qui pr-ut-ètre a déjà trouvé moyen de le dire.

l'abbé. Prévenez-la... Racontez l'histoire à tout le monde!.. Faites mieux encore... une vengeance digne de vous... Les deux amants n'avaient-ils pas résolu de passer cette soirée dans le plus rigoureux tète-à-téte, dans cette petite maison qui vous appartient?

LE PRINCE. Je le crois bien! louée et meublée à mes frais.

l'abbé. Raison de plus!... je ferais comme chez moi... un souper galant, délicieux, où j'inviterais ce soir toute la Comédie française, toutes ces dames.

LE PRINCE, secouant la tête Un souper galant... délicieux...

l'abbé. C'est moi qui paie, j'ai j)erdu le pari.

LE i'\\\ycE, vivement. C'est juste!

l'abbé. Au lieu du tète-à-tète, une surprise... un coup de théâtre, tableau mythologique.

LE PRINCE. Mars et Vénus.

l'abbé. Surpris par... [S'interrompnnl.) Ballet-conicdie , vengeance en un acte! Vous, de votre côté, allez faire vos invitations.

LE PRINCE. Toi, du tien, le plus grand secret avec la Duclos... et nous aurons ce soir un succès d'enthousiasme. [On entend un grand bruit de bravos.) Tiens, nous y sommes déjà...

MicHONNET, entrant (1). Eh! oui, c'est Adrienne! Entendez-vous, toute la salle applaudit; mademoiselle Duclos ne sait déjà plus oii elle en est.

LE PRINCE, applaudissant. Bravo! cela commence.

MICHONNET. Que dit-Il?

LE PMSCE, avec colère. Bravo!., bravo!., bravo. Adrienne! (/^.<; sortent par la porte à giuctie.)

MICHONNET, montrant le prince. Jusqu'à celui-ci, qu'elle a gagné et subjugué... Une jireuve pareille de tact et de goût ' [.i part.) Je ne l'en aurais pas cru capable.

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