SCÈNE IV
ADRIENxNE, AUCHONNET.
MicnoN.NET, fl Adrienne, qui, silencieuse, baisse les yeux. Ce que je viens d'entendre est donc vrai... le comte de Saxe est celui que tu aimes?
ADRiENJiE, à voix basse. Oui.
iMiCHO.NNET. Et que tu veux délivrer?
ADRiE.NNE, de même. Oui.
MicH0>NET, Au prix de ta fortune?
ADRIENNE, ovcc possion. Au prix de tout mon sang!
MICHONNET. Mais lu n'as donc pas entendu qu'il ne t'aimait pas, qu'il en aimait une autre?
ADBiENNE. Jc le sais !
MiCH0N.NET. Et tu oscs mc l'avoucr... et tu n'en rougis pas...
ADRIENNE. Ah! VOUS ne pouvez pas comprendre, vous, qu'on aime sans le vouloir et malgré soi.
MICHONNET, vivement. Si !
.\DRiENNE. Cherchant à le cacher à tous et à soi-même... en rougissant de honte, de cette honte qui est encore de l'amour!
MICHONNET, ovec passioTi. Si! si! je le compremls!.. pardon, Adrienne, c'est moi qui suis un insensé de l'avoir parlé ainsi. Mais qu 'espères-tu?
ADRIENNE. Ricn!.. {Avec amour.) que de le sauver!.. Et puis, ne nous a-t-on pas parlé tout à l'heure d'une rivale, d'une grande dame?
MICHONNET. Celle an bracelet, sans doute, celle qu'il te préfère et pour laquelle il t'a trahie.
ADRIENNE, portant la main a son cœur. C'est vrai ! mais ne me le dites pas, c'est cijmme si vous mc frappiez là d'un fer Croid et aigu, et ce n'est pas votre intention.
MICHONNET, vivement et avec bonté. Oh ! non, non ! tu ne peux le croire.
ADRIENNE. Cette rivale, je veux la connaître. {Avec énergie.) Je la connaîtrai! pour lui dire : C'est par vous qu'il fut prisonnier, c'est par moi qu'il a recouvré la liberté, même celle de vous voir, de vous aimer, de me trahir encore... Jugez vous-même, Madame, qui de nous aimait le mieux.
MICHONNET. Et lui?
ADRIENNE, avcc mépris. Lui!., il m'a trompée, j'y renonce à jamais!
MICHONNET, OVCC joie. Bicu cela!.. Mais alors, réponds-moi, pourquoi tout sacrifier à un ingrat?
ADRIENNE. Poui'quoi ? VOUS me le demandez ! La vengeance m'est-elle donc >n:erdite et ne m'est-il pas permis de la choisir ? N'avez-vous pas entendu tout à l'heure qu'il s'agisiait pour lui en ce moment de combattre, de vaincre, de
gagner un duché... peut-être une couronne... Et songez donc, ami, songez, s'il me la devait!., s'il la tenait de ma main! Roi, par la tendresse de celle qu'il a abandonnée et trahie!.. Roi, par le dévouement de la pauvre comédienne!.. Ah ! il aura beau faire, il ne pourra m'oublier ! A défaut de son amour, sa gloire même et sa puissance lui parleront de moi ! comprenez-vous à présent ma vengeance?
Comblé de mes bienfaits, je veux l'en accabler!
0 mon vieux Corneille ! viens à mon aide! viens soutenir mon courage, viens remplir mon cœur de ces élans généreux, de ces sublimes sentiments que tu as tant de fois placés dans ma bouche Prouve-leur à tous que nous, les interprètes de ton génie, nous pouvons gagner au contact de tes nobles pensées... autre chose que de les bien traduire ! Ce que tu as dit, je le ferai ! {A Michonnet.) Allez ! courez le délivrer! Je vous attendrai chez moi. {Elle sort par le fond .)