‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 266 sur 783 · ADRIENNE, MAURICE · texte numérisé non relu

ADRIENNE, MAURICE

MAURICE. Ainsi, Adriennc, c'était loi...

\VRiv.:\yE, montrant de la main Michonnet, qui vient de sortir. Et lui, mon meilleur ami, lui qui m'est venu en aide,., mais ne parlons plus de cela... tu as accepté...

MAURICE. A une condition... c'est qu'à ton tour tu ne refuseras rien de moi! J'ignore l'avenir qui m'est réservé, j'ignore si je dois, sur le champ de bataille, gagner ou perdre la couronne ducale que les états de Courlande m'ont décernée; mais vainqueur, je jure de partager avec toi le duché que tu m'aides h conquérir, de te donner le nom que tu m'aides à immortaliser.'

ADKiENNE. Ta fcmmc ! moi !

MAURICE. Toi ! reine jtar le cœur et digne de commander à tous! Qui a grandi mon intelligence? toi. Qui a é[)uni mes sentiments? toi. Qui asouftlé dans mon sein le génie des grands hommes, dont tu es l'interprète?., toi! toujours toi!.. Mais, ô ciel! tu pâlis!

ADRIENNE. Nc craius rien... tint de bonheur succédant à tant de désespoir aura épaisé mt;s forces.

MAURICE, l'aidant à s'assmir sur le canaoé. Tu chancelles !

ADRIENNE. Eu cfTct, uu troubleétraugc, une douleur sourde et inconnue s'est emparée de moi... depuis quelques moments... depuis celui où j'ai porté à mes lèvres ce bouquet.

M.\URicE. Lequel?

ADRIENNE. lugratc! je le prenais pour un adieu de départ, et c'était un message de retour!

MAURICE. Que veux-tu dire?

ADRIENNE. Ces flcurs... envoyées par toi dans ce coffret...

\\\v MCE, passant près de la iMe [\). Moi! je ne t'ai rien envoyé... ce bouquet, où est-il?

.ADRIENNE. Brûlé ! jc crovais quc tu nous avais tous deux repoussés et dédaignés... il était comme moi, il ne pouvait plus vivre !

MAURICE, ayec tendresse. Adriennc ! mais 1 1 main tremble., tu souffres beaucoup...

ADRIENNE. Noii, uou, plus maintenant. [Afontrant sonctrur.) La douleur n'est plus là... [Portant la main à sa tète.) mais là... C'est singulier, c'est bizarre... mille objets divers et fanlasli(iues passant devant moi... se succèdenl confusément et sans ordre. . [A Maurice.) Où étions-nous? qu'est-ce que je te disais? je ne sais plus... Il me semble que mon imagin.ition s'égare... et que ma raison, que je cherche à retenir, va m'abandonner... [Vivement.) Je ne le veux pas,., en la perdant, je perdrais mon bonheur... Oh! non... non... je ne le veux pas! pour lui d'abord, pour Maurice, et puis pour cc soir... Ou vient d'ouvrir, et la &dle est dt^ji pleine' Je conçois leur curiosité et leur iaipatitiico; on leur promet depuis si longîeinpi la Rvi/r/it' du grand Corneille'.. Oli! oui, di'puis longtemps... depuis les premiers jours où je vis Maurice... On ne voulait pas remonter l'ouvrage...

(1) Muirico, .\ibionne.

ADRIENNE LEGOUVREUR.

C'est trop vieux, disait-on... mais, moi j'y tenais... j'avais imc idée... Maurice ne m'a pas encore dit : Je vous aime! ni nuii non plus... je n'ose i)as... et il y a là certains vers que je serais si heureuse de lui adresser, à lui, devant tout le monde, sans que personne s'en doute...

MAiRicK. Mon amie, ma bien-aimée, reviens à toi.

AiiiuKNNE. Tais-toi donc... il faut que j'entre en scène. Oh ! quelle nombreuse, quelle brillante assemblée! Comme tous ces regards tournés vers moi suivent chacun de mes mouvements!.. Us sont bons de m'aimer ainsi... Ah! il est dans sa loge... c'est lui... il me sourit... [Murmurant entre ses lèvres.) Bonjour, Maurice... A toi. Psyché, voici ta réplitiue,

Ne les détournez pas, ces yeux qui me déchirent. Ces yeux tendres, ces yeux perçants, mais amoureux, Qui Semblent partiiger le trouble qu'ils m'inspirent. Hélas! i)lus ils sont dangereux.

Plus je me plais ;\ m'att;icher sur eux ! Par quel ordre du ciel, que je ne puis comprendre.

Vous dis-je plus que je ne dofs?

Moi, de qui la pudeur devrait du moms attendre Que l'amour m'expliquât le trouble où je vous vois ; Vous soupirez, seigneur, ain>i que je soupire; Vos sens, comme les miens, paraissent interdits. C'est à moi de m'en taire, à vous de me le dire, Et cependant c'est moi qui vous le dis!

MAURICE, lui prenant la main. Adrienne! Adrienne! elle ne me voit plus... ne m'entend plus... Mon Dieu, l'effroi me glace... que faire?.. [Il agite la sonnette qui est sur la table; paraît la femme de chambre.) Votre maîtresse est en danger... courez!., des secours!.. Moi, je ne la quitte plus... [La femme de chambre sort.) Ma présence et mes soins lui rendront peut-être le calme... [Prenant la main d' Adrienne.) Écoute-moi , de grâce !

ADRIENNE, avcc é(jarement. Regarde... regarde donc!.. Qui entre dans sa loge? qui s'assied près de lui?.. Je la reconnais, quoiqu'elle cache son visage! c'est elle!., il lui parle !.. {Avec désespoir.) Maurice!., il -ne me regarde plus!.. Maurice!..

MAURICE. 11 est près de toi...

ADRIENNE, sans l'écouter. Ah! voilà leurs yeux qui se rencontrent, leurs mains qui se pressent! voilà qu'elle lui dit : Restez!.. Et moi, il m'oublie! il me repousse... il ne voit pas que je me meurs!

MAURICE. Adrienne!.. par pitié!

ADRIENNE, uvec furcur. De la pitié!

MAURICE. Ma voix n'a-l-elle donc plus de pouvoir sur ton cœur?

ADRIENNE. QuC HIC VOulCZ-VOUS?

MAURICE. Que tu m'écoutes un seul instant! (|ue tu me regardes, moi... Maurice!

ADRIENNE, le regardant arec égarement, Maui'ice!.. non.. il est p.rcs d'elle... il m'oublie !.. Va-t'en! va- t'en!

(Poiirsuhant Maurice, qui recula d'effroi.)

Va lui jurer la foi que tu m'avais Jiirée,

Les dieux, les justes dieux... n'auront pas oublié

Que les mêmes serments avec moi t'ont lié...

Porte... porte aux autels... un cœur qui m'abandonne... Va, cours, mais crains encoi-...

[Poussant un cri et reconnaissant Maurice.) .\h ! Maurice !.. [Elle se jette dans ses bras.)

M.vuRiCE. Mon Dieu... venez à mon aide!., et pas de secours!... pas un ami... [Apercevant Michonnet.) Ah! je me trompais!,, en voici un!

MAURICE, ADRIENNE, MICHONNET.

MICHONNET, enfra/jf vicement. Ce qu'on m'a dit est il vrai? Adrienne en danger !

M.\URicE, Adrienne se meurt !

MICHONNET, approchant le fauteuil de droite qu'il place au milieu du théâtre, et sur lequel Maurice dépose Adrienne à moitié évanouie. Non,,, non,,, elle respire encore!., tout espoir n'est pas perdu,..

M.\URiCE, s' approchant de l'autre côté du canapé. EWe ouvre les yeux !

ADRIENNE. Ah! qucllcs souffrances! qui donc est jiivs do mo\^l.. [Avec joie.) Maurice! (Se retournant et voyant Michonnet.) Et vous aussi!,, dès que je souffrais, vous deviez être là,.. Ce n'est plus ma tète, c'est mi poitrine, qui est brûlante... j'ai là comme un brasier... comme un feu dévorant qui me consume...

, MICHONNET, s'adressant à Maurice. Mais tout me prouve.,, ne voyez-vous pas comme moi les traces du poison.,, d'un poison actif et terrible.,,

M.\URiCE, Quoi!,, tu pourais soupçonner...

MICHONNET, ayec fureur. Je soupçonne tout le monde,,, et cette rivale... cette grande dame!..

}i.>M\\iQ.^, poussant un cri d'effroi. Tais-toi!,, tais-toi!..

ADRIENNE. Ah! le mal redouble... Vous qui m'aimez tant, sauvez-moi, secourez -moi.,. Je ne veux pas mourir!.. Tantôt j'eusse imploré la mort comme un bienfait... j'étais si malheireusc, mais à présent je ne veux pas mourir.,, il m' lime!., il m'a nommée sa femme!

MICHONNET, étonné. Sa femme !

ADRIENNE. Mon Dieu! exaucez moi!,, mon Dieu! laissezmoi vivre,., quelques jours encore.,, quelques jours près de lui.,. Je suis si jeune, et la vie s'ouvrait pour moi si belle !

MAURICE, Ah! e'(\st alfreux!

ADRIENNE, La vic !, , la vie '... Vains efforts !. . vaine prière !.. mes jours sont comptés!., je sens les forces et l'existence qui m'échappent!.. [A Maurice.) Ne me quitte pas... bientôt mes yeux ne te verront plus... bientôt ma main ne pourra |)lus pres.ser la tienne!..

..AiAURicE. .\drienne!.. Adrienne!..

ADRIENNE. 0 triouiplies du théâtre! mon cœur ne battra plus de vos ardentes émotions!.-. Et vous, longues études d'un art que j'aimais taiit, rien ne restera de vous après moi... [Avec douleur.) Rien ne nous survit à nous autres...

ADRIRNNE LECOUVREUR.

rien que le souvenir... (.4 ceux qui l'entourent.) Le vôtre, n'est-ce pas? Adieu, Maurice... adieu, mes deux amis!..

MiCHONMîT, aocc (lésespoiv et tombant à ses [uocls. Morte... morte!..

MALiiici:. Ouolilect généreuse (ille! si jamais quelque gloire s'attache à mes jours, c'est à toi que j'en ferai liotnmagc^el toujrmrs unis, même après la mort, le nom de Maurice de Saxe ))c .se séparera jamais de celui d'.Adrienne!

VIALAT LT G'S IMPRIMEURS ET ÉDITELRS.

É DO Cap, 11, tniirnaut uu'.our du gu-ridon. '~eli m'eil é;al, l'Iioniinur avml loiil. — Soi

LA MARRAINE

COMKDir.-VALDEYIIXE EN UN ACTE

Représentée, pour la preiuicrc fois, à Paris, sur ictliéàtre du Uyuiuase draïuatiquc,

le «9 novembre 199 3.

EN SOCItTÉ AVEC MH. LOCKROI ET CIUBOT.

CÉCILE, sœur de M. ilc Joidy.

CHAMPENOUX, fLrmkr, et autre fdleul do madame de Néris.

IJcrennnngfs.

MADAME DE NÉRIS, jeune veuve.

ÉDODARD, son tilleul.

M. DE JORDY, son homme d'affaires.

La scène se passe dans un château, à douze lieues de Paris.

Le théâtre représente un salon de campagne, porte au fond; deux portes latérales. Auv douv cotés de la porte, une croisée avec des persiennes; une des persiennes est entr'ouverte. A irauche de l'acteur, une td)lo et ce qu'il faut pour écrire. A droite, un petit guéridon, sur lequel on voit une raquette rt un volant.

■ -loat's--.

Page 1