SCÈNE PREMIÈRE
M. DE JORDY, CÉCILE, CHAMPENOUX, tenant un sac d'argent.
{M. de Jordy est assis auprès de la table et cause avec Cécile qui travaille; Champenoux est debout vers le fond à droite, tenant un sac d'argent sur son bras.)
DE JonDY. Et tu dis donc, Cécile, que ce m.itin il courait après toi dans lo jardin?
CÉCILE. Oui, mon frore.
DE JORDY. Et qu'il t'a ombrassûe?
CÉCILE. Je crois qu'oui.
DE JORDY. D<ÎUX fois.
CÉCILE. Je n'en sais ri n; je n'ai pas compté; quand on est occupé à se; défendre...
DE JORDY. Voyez-vous le petit mauvais sujet ! à peine
LAGNY. — Imprimerie de VutAT el Cie. — Pï" 4 —
LA MARRAINE
dix-neuf ans, et emlirns?fv (!('jà la sieur crun avoue ! et d'un avoué de Scnlis! Si c'était dans la capitale, je ne dis pas : on en voit bien d'autres; mais nous aurons soin îuijourd'luii même d'en prévenir sa marraine.
CÉCILE, Et moi, si vous en parlez à madame de Néris, je ne VOU-; dir-ai plus rion. Je ne veux pas qu'à cause de moi M. Edouard soit grondé, parce que, s'il m'a embrassée, c'est sans intention. Il ne SJiit jamais ce qu'il t'ait.
DE jouDY. Tu crois?
ciiA.Mi ENOLX, s'avançant. Dites donc. Monsieur, je vous attends toujours.
DE JOUDY. Eb bien! est-ce que tu n'es p:is fait pour cela! Je suis à loi.
CHAMPENOUX. Voilà deux heurts que vou^ me dites cela. Si jt: vouais demander de l'arjent, à la bonne heure; mais connue jVn apporte'. .
DE jonDY. Je Kiis bien, Ion dernier fermage. Je vais rédiger ta (luittaïue. [Se mcllant ù écrire.) iN'est-ce pas trois mille francs?..
cnAMPE^oux. Oui, Monsieur. Pourquoi donc que Madame ne reçoit pas eilc-niénie comme aulrefuis? c'était si tût fait.
DE joRDY. Farce que je suis son avoué.
Ain : Traitant l'amour sftni pitid.
Aussitôt donc, cii ce cas, Qn'uiu all'airo la rLcliiUiC, Je fuis chargé par M:iil;imo D'lii avuir tout romliarras.
CIIAMPINOIX.
J.' piiiiimPiiro il m'y r'counallrc, Miiil.iin', ([ui vous lais.s'l.j luiiltro. Vous paiu un eus lieuv [lour ùtre Son lu)mme d'alfair's.
Dii jonuY.
Jiislrnuiif.
ciiAiireNoi X.
Sini iKiUiUi' dViubarias... et, coiunic Vous oli:-; uu liniiiiùte lioumii-.
Vous y ou l'ail's puursuu jul'uu!.
DE JORDY. Qu'est-ce quc c'est? tiens, voilà ta quittance ; et lesti'ois mille francs...
ciiAMPENOux. Dans ce sac. (// lo dépose sur la table.)
DE JORDV. C'est bon ; va-l'en.
ciiAMi'ENoux. ÎNon pas; il faut que je parle à Madame.
DE jORDY. Elle n'est pas visible; mais (]u'est-ce (|ue tu as besoin de lui dire?
riiAMPENOiix. Cela me regarde ; une affaire particulière... Car vous, monsieur le nouveau régisseur, qifi faites le fier avec moi , vous changeriez bien vite de ton, si vous saviez ipii je suis.
DE JORDY. Eb! qui donc es-lu? Monsieur Cbauipenoux, fermier de Madame.
ciiAMPENObx. C'est possible; ce que je veux dire n'est pas rapport à mon état, mais à ma naissance,
DE JORDY. Ta naissance!., n'es-lu pas, à ce que je crois du moins, le (ils d'un ancien garde-ebasse?
riruu'ENotix. C'e>t possible; mais il y a un autre titie que vous voudriez bien avoir, et qui me rapproche de Madame, un litre que je pourrais vous dire, et ipie je ne vous dirai pas, exprès pour vous appnmdre...
DE JORDY. Eb! alors, laisse-nuti lian([uille et va te prouKMier!
ciiAMi'ENocx. Pour ee qui est de me promener, je le pourr.ds si je voulais ; mais j'aime mieux aller déjeuner, parce cpu" j'ai le droit de déjeuner ici. Je suis de la maison, on doit m'y reeevoij', m'y accueillir avec
égard ; et moi, à cause de n.on titre, je peux aussi être fier et avoir des airs insolents,
DE JORDY. Qu'est-ce à dire?
cuAMpENOux. Je sais bien qu • cela va sur vos brisées ; mais, rassurez-vous, je ne prendrai pas t(tut, il vous en restera encore assez (Af. Jordy se Icvi; ; il linil f lusieurs papiers.)
Ain : Amis, voici la riante semaine.
Quoique, d'ajjréR le ran;; dont je m.; vaut.-. Faire anticliaml)!' soit assez iucoi.v'nant; J'attendrai l)ioii que Madam' se présente, Et je prendrai patience en d(''jeunaiit. J' vas boire un coup, ici i^rès, dans l'jul' rîiamltre; Car en fait d' vin on n'a qu'à m'en montrer : Je ne lui fais jamais faire anticham'jr,-, Dès qu'il parait, moi Je lui dis d'entrer.
[H entre dans la chambre à droite )