SCÈNE XV
CÉCILE, CAROLINE, CHaMPENOUX.
CHAMPENOux, entrant d'un air effrayé. Ah ! ma marraine! ah! Mademoiselle! cette fois ce n'est pas de ma faute, c'est bien de lui-même, et sans que je lui aie rien dit... M. Edouard...
CAROLINE. Qu'est-ce donc?
CHAMHENoux. 11 cst parti, et pour jamais... et pour ne plus revenir.
CAROLINE. Qu'est-ce que cela signifie?
CHAMPENOUX. J'allais à la poste pour vous obéir; j'y allais lentement, c'est vrai, quand j'ai entendu un homme à cheval qui galopait derrière moi. C'était M. Edouard. « Ou que vous allez comme ça? que je « lui dis. — Je m'en vais pour toujours, qu'il me ré- (( pond. Dédaigné, repoussé par tout le monde, je ne « puis épouser celle que j'aime. Il ne m'est pas môme « permis de l'aimer. »
CÉCILE. 0 ciel.
CAROLINE, à Cécile. Eh! que me disiez-vous donc de son indifférence? C'est du délire, de la pission... la tête n'y est plus, et je suis désolée maintenant.
CÉCILE. Madame...
CAROLINE. Rassurez-vous; je n'ai pas oublié mes promesses. Vous épouserez M. Léonard : je lui prèlerai, s'il le faut, cent, deux cent mille francs, pour acheter une charge. J'en i)arli'rai à votre frère.
CÉCILE. Quoi! .Madam(% tant de bontés, tant de générosité !..
CHAMPENOUX. Ah! UKi marraiuc ! que c'est bien à vous! Tant que vous ne ferez que des mariages comme ceux-là...
CAROLINE. Eh bien?..
CHAMPENOUX. Vous ètcs sùi'e de mon approbation.
CAROLINE. C'est bien heureux. L'essentiel, maintenant, est de courir sur les traces d'Edouard... savoir ce qu'il est devenu.
CHAMPENOUX. Mais, ma marraine, vous ne voulez plus le marier, vous me le promettez.
LA MARRAINE
CAROLINE. Eh! je n'y pense guère, ni lui non plus.
CHAMPKNOux. Au fait, voilà mani'sellc Cécile qui est placée, c'est toujours une crainte de moins. Eh bien! ma marraine, je cours après lui. [Il sort par le fond.)
CÉCILE. Et moi je cours dire à mon frère que, grâce à vous, Madame, j'épouse M. Léonard. {Elle entre dans la chambre à droil-.)