SCÈNE VI
Lks précédents, MADAMii DORl^EVAL, HERMANCE .
[Elles arriccnt de l'appartement de Durbecal, à droite du fond.)
DoiiBEVAL. Ari'ivnZjMcsrlinn's, iio;is avons de grands projets pour ce milin; venez donner votre voiv, car nous délibérons.
MADAMi-: DORiiEVAL, sahuint . Monsieur Poîii^ni! miiuwsu:, de même. Mon danseur d'iiicr au soir! D;nuiEVA!.. Quand je dis (}ue nous délibérons,., c'est-à-diic que j'ai décidé. Nous irnns au salon... C'est aujciurd'hiii samedi, un jour comme il faut : le jour où tout le monde y va... pour éviter la foule. De là, nous irons an bois. Ces dames essaieront ma nouvelle calèche, et nous, mes chevaux anglais; car Poligni nous reste, il nous accompagne. HER.M.\iscE. L'aimable tuteur! il n'annonce jamais que de boimes nouvelles. Cela se trouve d'autant mieux que j'ai un nouveau chapeau deCélianc; oui, mu cousine, j'ai quitté voti'c marclKsnde de modes; avec elle rien de surprenant, rien d'inattendu ; pas une pensée originale. l'OLiGM, riant, il est si difiicilc de trouver des idées neuves ! iiERMANCE. Surtout cn chapeaux!
iMiRiiEVAL, à sa femme. Vous voyez, chère amie, que vous n'êtes pas prête; lâchez de ne pas nous faire attendre, et surtout, je vous en prie, de ne pis affecter comme hier cette >im|)l:cité dtîmiseetde toilette qui me fait tort. Je ne vous refuse rien pour vos dépenses; mais ayez au moins la bonté d'en faire. Faites-n;oi le plaisir d'être heureuse : si ce n'est pour vous, que ce soit pour moi î
MADAME DORKEVAL, doucemput. Aujourd'hui, Monsieur, vous ne vous plaindrez pas de moi : je vous demanderai la [lermi.'ision de ne pas vous accompagner... DiiRiiEVAi.. Y pensez-vous?
MADAME DORHEVAL. Par goùt, j'aimc mieux rester. DORBEVAL. J'cu suis bicu fàché, cliére amie; mais je vous ai acheté une calèche de six mille francs ; je veux qu'on h voie...
.MADAME DORBEVAL. J'avais (Ics motifs qui me faisaient désirer de rester chez moi; mais puisque vous l'exigez...
roLiGM. L'exiger!.. Ah! ce n'est pas, j'en suis sûr, l'inteiiUon de Dorbeval.
•DORiiEVAE. Ni»n, sans doute. (.1 sa femme.) iN'allcz-vous pas aux yeux de mes amis, me faii'i; passer pour un despote, un tyran? Vous savez bien que je n'exige jamais, et ipie vous êtes la maîtresse.
wv.wswstv. , allant à la tahle de droite i-l f-aiUetant un album. .Monsieur Pnligui, venez donc voir.
iioRHEVAi,, a/J/*;7(//(/. Dubois! mes gants! mon chapeau, et qu'on attelle à l'instant. .\ous n'irons qu'au sahm, ce (|ni (.'St fort désagiêable... S'approcliant de madame Dorbeval pendant que Poligni et Ikrmance causent à voi,c basse à l'attire extrémité du salon.) .Mais pui.s-je savuir, au inoin>, sans indiscrétion ni jalousie, quel est le motif si imporlaut tpii vous retient ici?
MADAME noRBEVAE. Une amic intime, une amie d'enfance, qui était ( n paysétranger, et (pii, aprèstrois uns d'absence, revient demain à Paris; voilà pnuivjiiui je désirais me trouver Ici à Sun arrivée.
DORBEVAL, mettant ses gants. C'est juste! Je ne dis plus rien, surtout si elle est jolie, parce ((ue la sensibilité... l'amitié... nous connaissons cela, n'est-ce pas, Poligni? Lh bien! Herniance! est-ce qu'ds ne m'entendent pas. (// va près d'eux.)
UERM ANCE , Sortant de sa conversation avec Poli(jni. Pardon! nous causions de beaux-arts, de peinture; et en me pati int du salon. Monsieur me l'avait fait oublier.
poi M..M, vivement. Quoi! je serais as.sez heureux!..
DORHEVAE. Asscz lieurcux!.. je te dis que lu l'es trop. Allons, donne-lui la main, et parlons; moi, je suis le surveillant, le tuteur, c'est mon emploi! [A madame Dorbeval.) Adieu, chèie amie, je vous laisse dans les expansions du sentinit-nt. Je vais au salon, de là à la Bourse, m'occuper de mes intérêts et de chix de l'oligni, et j'aurai mené de front, dans ce jour, les alfaires, les plaisirs, l'argent et l'amitié. [Poliipii, llermance et Dorbeval sortent parla porte du fond; madame Dorbeval rentre a gauche dans son apijartement.)