‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 34 sur 783 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

NEUBOROUG, HExNRI WALPOLE, venant du fond.

HE.NRi. Mon cher oncle!

WALPOLE, Rassure-toi. C.'la va mieux! tu es libre du moins!

iiEMu. Que dites-vous?..

WALPOLE. J'ai eu d'abord avec le roi une discussion assez vive...

HEMu. Je le sais.

WALPOLE. Qui a fini assez mal; car Sa .Majesté ne voulait rien enli.'udiv, et moi je soutenais toujours, dussé-je le ré-

L'AMBITIFIX,

péter à la tribune, qu'en Angleterre on était libre... [A demi-voix, et sans (luc Nouhoroiuj l'entende.) libre, si on le voulait, d'enlever au roi ses maîtresses...

HENRI. Mon oiieli'!..

WAi.poLE. Sur ce mot-là... il m'a roiifriVliéde son cabinet, et j'ai cru que tout était fini, que tout é'ait |K!rdu... mais avec un roi boiiime (rbonneur, il y a toujours de la ressource. 11 paraît qui; dejiuis deux heures, et une fois bî premier mouvement pissé, il s'est calmé... il a réfléchi... il a senti (jue mes conseils n'étaient pas si déraisonnables, et il vient de me pn'vcnir, |)ar un billet très-froid et très-laconique, qu'il ava'l fait lever tes arrêts, et qu'il te gardait seulement prisoiniier ici sur parole jusipi'à ce soir.

NELBOiioic. A la bonne heure!

wAi.poi.E. A celte lettre... en était jointe une autr*' dont j'ignore le contenu, et qui était pour toi... Neuboroug, la voici.

NEUBOROUG. Donne donc... [Il ladécaehèir en tremblant, et la lit avec émotion.)

WALPOLE, avec inquiétude. Eh bien ?..

NEiBOROLG. Ah ! mon ami !..

WALPOi.E. Qu'e-t ce donc?

NKCKOROLG. Liiisse-moi finir... ce bon roi... [Usant.) « D'a- « près ce que j'ai vu, et surtout d'aprt's ce que m'a <iit « Walpole, je poux mettre en vous t<»ute ma conliance. — « J'ai un important service à vous demander!., venez, je « vous atten<ls ! »

WALPOLE. Qu'est-ce que ce peut être?

NEL'EOROUc. Tu t'cu doutcs bien!., et rien n'égale ma joie! non pas tant pour l;i place, qui est honorable, j'en conviens! mais pour autre chose encore... car enfin, ton neveu est en disgrâce, moi je suis en faveur; je vais être ministre, et il m'est permis alors d'avoir pour l'avenir des idées irallianci\. . auxquelles sans cela je n'aurais jamais osé m'arrèter !

HENRI. Ah ! je ne suis pas assez heureux pour cela... (.1 demi-voix, à Neuboroug.) ce n'est pas moi qu'on aime!..

NEL'BOROUG, vivemeut et à voix basse. C'est vous !

HENRI. Est-il possible!

NELBOcoLG. Elle luc l'a avoué à moi, son père!

HENRI, avec émotion. Marguerite!.. Mais en effet... son trouble... (// fait quelques pas vers Neuhonnuj , qui vient de remonter le théâtre.)

NEUBOROio. Plus tard... plus tard... je suis attendu... et j'ai à peine le temps de remercier cet excellent ami à qui je dois tout. (.1 Henri, montrant IVatpole.) Vous ne savez pas tout ce qu'il a lait pour moi; c'est le triomphe de l'amitié! et si, comme je le (;rois maiuteiiaut, j'arrive au pouvoir, ce sera grâce à lui !

iiEMU. (lomnieiit cela?

[SEUBOROiJG. lina.;inez-vous qui' ce iiialiu nous avions un rival, un coiicui'i'ent redoulabh ((ne les Siiiideil .uil \u>vlaient au ministère...

WALPOLE, avecun geste d'effroi. Neuboroug ! jel'en supplie !

NEi BOROL'G. Nou... uoii, je parlerai... je ne suis pas un ingrat... je ne cache pas les services qu'on me rend... je les proclame tout haut... (.4 Henri.) C'était un membre de la chambre haute... un lord... un j(Hine homme .sans crédit, sans expérience... c'était du moins l'avis de Walpole (pii me l'a dit... car moi je ne luien veux pas, je ne le connais pas... mais il paraît (pie le roi l'aimait, le protégeait, l'avait |U'is en affection...

HENRI. 0 ci<d !..

WALPOLE, voulant l'interromiirc. Eli! de grâce!..

NEUiiORorG, (i Walpole. Enliii rordoimanee était signée, je l'ai vu(> entre le> mains, et j'ai cru ipie tout était fini! -.1 Henri.) Eh bien' pas du tout, loin de se laisser abattre, mon ami \Yalpole a redoublé d'efiorts; je ne sais pas comment il s'y est pris... nuis il a si bien l'ail, si bien ma-

nœuvré, qu'en quelques heures le favori a été renverse

HENRI. Vous, mon oncle !

WALPOLE. Moi!., par exemple!

NEiHOROLG, viant. Oh ! tu nvi l'avais bien dit : Je le renverserai... Voilà du d(h()U(;ment, de la chaleur! Voilà ce qui .s'appelle servir ses amis! et si jamais je suis au pouvoir, je U: pnmdrai pour modèle... j(.' vous le jure à tous les deux, et si j'y manque jamais !..

SCÈNK m.

NEUnOUOlJG, HEMll, \N ALIMiLi:, I .N HUISSIER.

L'ni'issiKR. Sa Majesté attend sir Neuboroug dans son cabinet...

NEi'BOROLT.. Lc l'oi m'altcnl!.. adieu... adieu... je reviens vous apprendre ce qui aura été décidé! [Il sort par le fond.]

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