SCENE IlL
MADAME DE BRIENNE, MADAME DORBEVAL, arricant vivement du grand salon.
MADAME DE uuiENNE. Eh lUais! c'cst Élisc 1 MADAME DoiuïEVAL, /(>/■/ aijHèc. Ah! tc voilà! je te cherchais... Viens à mon aide, viens à mon secours!
MADAME DE RHIENNE. QuaS-tU dollC?
MADAME DORREVAL. J'ai bcsiiin de to4i appui, dc tes conseil-;, ou c'est fait de moi. Tout à l'Iicnre Cieik', ma femme di; chamiii'c vient de me donner cette lettre.
MADAME DE RKIIN^E. El de qui?
MADAMEDORUEVAL. Ne ledcviiies-tu pas, au trouble oùjesui.s?
MADAME DE iiRiENNE. De M. de Naiigis?
MADAME DORBEVAL. Oui, il cst au déscspoir, il veut mourir.
MADAME DE BRiEis.NE. Caluic-toi. Il iiic sciuble qu'il te doit èlicindiftérent?
MADAME DORBEVAL. Ets'il HO l'était pas?
MADAME DE BRIE^^E. Qucdis-tii, luallieureuso?
MADAME DORBEVAL. Ail! Ile tuc trahis pus ! (.1 voixbass'' et regardant autour d'elle.) Eh bien ! oui; j'ai voulu le fuir, je l'ai baimi iW. ma présence ; je peux tout supporter, hormis sa douleur et sim désespoir. Tiens, lis toi-mènie.
MADAME DE BRIENNE, jireuant la lettre et limnt. u Ea jdus aimée, la iiliis adorée des femmes.» {S' interrompant. ) .\h ! je n'ai pas besoin d'achever; je compreiuls tes tourments; car je les ai éprouvés.
MADAME DOBB£VAi. .\!i 1 qi»<' lu dcvais so illVir!
.M4DAME DE CRiENNE, lui prcuaid la main, et la regardant un instant en silence. (Jui, tu es bien malheureusi', je le vois; mais tu le .serais bien jjIus encore, si tu étiis cou- I>able. Le malheur réel, c'est l'oubli de ses devoir^... .Me préserve le ciel de m'ériger ici en moraliste, moi, ton amie, moi, qui .suis femme et faible connue toi; d'autres s'ariiieront des maximes les plus sévères ; je te parle, moi, île ton inti'ièfj de ton repos, de Ion bonheur.
MADAME ix>RUEVAL. Mais Ce saccifice'- quG tu rac demandes, ce n'est pas moi seule qui dois en souffrir. Lis .^Mileineiit les dernières lignes, elles te concernent.
MADAME DE uiîiK>NE. Oui , ici, au bas de la quatrième page. (Lisant.) « J'apprends l'airivée de madame de Brieiine, « de cette amie qui V(j'JS est si chère; je sais dans o: m >- « ment les moyens de lui être utile; mais pour cela II faut « que je vous parle à vous seule. Il y va de son sort, de .sa « fort une. »
MADAME DORBEVAL. Eh blcU ?
MADAME DE BRIENNE, souriunt. Si j'avais pu hésiter, voilà qui rac décidt'rait sur-le-champ.
MADAME DORBEVAL. QuC diS-tU?
•MADAME DE BRIENNE. Ecoute-Hioi, Élisc; jc Connais .M. de Naiigis.
.MADAME DOriBEVAL. Toi?
MADAME DE BRIENNE. Fort pcu, 11 cst Vrai. Lofs dc la dernière ambassade, il vint à Saint-Pétersbourg, et je le rencontrai souvent dans le monde, où il obtenait des succès nombreux; car on le dit fort aimable, fort séduisant, et surtout n'aimant jamais qu'avec passion.
.MADAME DORBEVAL. M. de.Naugisî
.MADAME DE BRIENNE. C'csl SOU svstème, ct Ic mciUeurpour réu.ssir. Cet amant que vous apercevez à peine dans le monde n'a que le temps d'être aimable et de séduire; il ne se montre jamais que sous son beau côté ; tandis que les maris que nous voyons toute la journée se montrent franchement tels qu'ils sont, distraits, ennuyés, de mauvaise humeur; ils nedissimulenirien. Juge alors ce qu'ils gagnent à la comparaison! mais ces rivaux qu'on leur^j^réfère, ces rivaux si passionnés, n'ont pas plutôt usurpé les droits du mari, qu'ils en prennent les manières; tant (jn'on refuse dc les écouter, ils sont furieux, dése-pérés, {Montrant la Hlre qu'elle tient.) ils écrivent quatre pages, ils sont prêts à mourir! lis meurent, ma chère! Pins tard, calmes, tranquilles, ils no savent |>!us ('crire.et se portent à merveille. Tous les homiiies eu sont là, et M. de Nangis sera comme eux. MADAME DORBEVAL. Tu puuriais suppospr...
MADAME DE BKiENNE. Je veux croiiT qu'il cst de bonne fui; mais eu l'aimant, H ne songe qu'à lui et aux intert'ts dt! son amour ; peu lui importe ton intérêt on la ivpnlalion. Cette lettre qu'il t'envoie ainsi ne pouvait-elle pas t'evposor? MADAME DORBEVAL. N >u : piiut d'adrossc ni de signature. MADAME DE BRIENNE. Mais Cécile, à (pli il s'est conlié. possède son -secret, peut-être le tien; un pas de phn, et tu es C(»uipromiso aux yeux du monde, tu exposes un bien ipù ne t'appartient pas . tu as des enfants, une tille, et ta ivpulalion ist la dot de t » fille.
MADAME DORBEVAL. Ciaud Dicu ! [Froidement ei retenant à elle.) Que me demandes-tu? (pie veux-tu que je fasse?
MADAME DE BRIENNE. Quc tu n'acconles poiiit <"e rendezvous; que lu renonces à M. de Nangis. Voilà ce qu'il faut lui écrire.
MADAME iHiRRKVu.. 0 cicl! ouc paivillc réi>ous«' ! [Pans ce momeid entre Doiieral par la pmte du fond.'^
MADAME DE BRIENNE. Ili Ulème Ct à l'iUSt Ult. TieUS. Voici
sa lettre.
MADAME DORBEVAL. Tii Ic vcTix ; uiais coiiimeut faiiv? mais que lui dire? .Vli! que j'aurais besoin de coh-mmIs!
LE MARIAGE D'ARGENT