SCÈNE vr
DORBEVAL, POLIGM, eiUratU du fond.
DORBEVAL. Eh bien! mon cher ami, eh bien! monsieur l'agent de change, que devenez-vous donc? Je ne l'ai pas vu ilepuis ta unuvelle dignité.
pOLir.M, avec agitation. Ne pouvant te ix^Joindro, j'ai couru chez Lajaunais.
DOAUEVAL. Et pourijuoi l'aire?
l'OLicM, de mèni'. Pour lui rendre sa parole, pour rompre notre marché, il rofu.st; , ou il veut des dédommagements énormes; il parle de cent mille francs.
LE MARFAGt: D ARGENT.
POtlOirv, tourant à elle pour la soutenir. Amélie! — Acte 4, scène 6.
DORBEVAL. Ah çà ! je t'écoute et ne puis te comprendre ; rompre le marché le plus avantaf^oux ! et au moment on je viens déjà de t'employcr dans une affaire superbe ! A qui en as-tu? pour quelle raison?
poLiGNi. Ah! mon ami, je l'ai vue, et un seul mot délie a changé toutes mes résolutions. Je renonce à la fortune et àses vaines promesses; madame de Brienne est tout ponrnvii
DORBEVAL. 11 Serait possible! Et tu es bien sur an moins que celle à qui tn t'immoles ainsi mérite un paicil sacritice'.'
POMGM. Elle n'a jamais ainifqui' moi; et [u-ndant ces trois années d'absence, nul autre souvenir, uni autre hommage...
DORBEVAL. Tu cu es bicu sur?
POLiGNi. Elle me l'a dit.
DORUEVAL. Et si je le disais, moi... Mais au fait cela ne me regarde pas : fais comme tu le voudras.
poLiGNi, avec inquiétude. Quoi? (|u'estce que c'est? qu'estce que cela signifie ?
DORBEVAL. Rien... rien, mon ami; d'ailleurs, je ne puis, c'est un secret (|ui m'a été conlié.
poLiGNi. En as-tu donc pour moi, pour un ami?
DORBEVAL. SI tu étais raisonnable, si j'étais sûr de ta dis-
crétion... mais je te connais; tu ne sais jamais prendre les choses modérément, ni d'inie manière philosophique,
pOLir.M. Je me tairai, je t' le jure.
DORBEVAL, (/ denu'-coi,v. Eh bien! mon ami, nrxdarae de Brienne avait une liaison en Russie.
POLICM. Ou(!lle indigne cahunnie! qui oserait le soutenir?
DORBEVAL. Te vuilà di'jà ! ne vas-tu pa-; te bittre avec moi, parce que je veux te rendre service? si tu le prends ainsi , je ne te dirai rien.
poLiGM, se modérant. Non, mon ami, je te remercie... Mais, comment s;ùs-tu ? où as tn vu?..
DORRK.vAL. Je Ic sais par ma fenune, qui est son ancienne amie et sa confidente. Je l'ai vu par une lettre, que j'ai lue de mes propres yeux, ici, tout à Ihenre, et qui est encore entre ses mains; est-ce clair? Une lettre adressée à madame de Brienne par M. di* Nangis !
poi.iGM, /"unV'ua". .M. de Nangis.
DORBEVAL. Oui, Hiou chcr, uuc inclination commencée en Russie sous le règne du premier mari; et lu veux èlre le second, tn venx lui succéder!
POLU.M. .\dieu !
LE MAUIAGE irAIlGKNT.
^—^z:^! .•;ii.CA'.niN iX
MADAMK DE BRiENNE. Ce billet esl polir moi. — Acie 3, scène 4.
dorbeval, le retenant. Où vas-tu?
POLIGM. Chez M. deAangis.
DORBEVAL. Y peiises-tu ? la compromettre par un éclat , quand tu lui dois des remercîmentsetde la reconnaissance ! Tu allais te sacrifier pour elle, le ruiner à jamais , et elle t'ofïre les moyens de rompre; elle te rend ta liljerté, ta fortune; je voudrais bien être à ta place : tu es trop heureux d'être trahi.
POLIGM. Oui, oui, je suis trop heureux! mais je suis furieux, et elle saura du moins...
DORBEVAL. Et voilà cc qu'il ne faut pas. Dans la bonne société, un galant homme qu'on trahit ne se plaint jamais; sans cela, ce serait un bruit, on ne s'entendrait pas! D'ailleurs, tu m'as prorais... La voici... du silence ! et songe à ta parole.