‹ Œuvres complètes de E. Scribe (volume 3)Chapitre 356 sur 783 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

DORBEVAL, POLIGNI; ils arrivent du grand salon.

DORBEVAL. La bonne chose (|u'un dîner! surtout einix d'à présent! et quelle sublime, quelle admirable invention que celle du vin de Champignc!

l'OLiGNi, froidement. Oui, cela égaie, cela étourdit, cela fait tout oublier.

DOUBEVAL. Mais j'ai des compliments à te faire : tu étais charmant auprès d'IIermance; tondre, galant, empressé. Est-ce que, par hasard, tu en serais amoureux?

POLIGNI. Eh ! morbleu ! il le faut bien, j'ysuis forcé. Veux-tu que l'on croie que je ne l'épouse que pour sa dot? Dans la position où je suis, aux yeux du monde, il n'y a qu'une

grande passion qui puisse me justifier, et je m'essayais. Aussi j'avais besoin de respirer; si tu savais comme c'est terrible un amour d'obligation!

DORBEVAL. Eh ! mon Dieu ! tu l'y feras ; le mariaj.'re en luimême n'est pas autre chose, cl ce n'est pas parce que ta femme est riche que tu feras plus mauvais ménage. 11 y a dans le monde une foule de préjugés bourgeois contre la fortune et même contre la beauté! Une jeune personne estelle riche? ah! elle aura un mauvais caractère; est-elle jolie? elle sera coquette. Eh bien ! moi, je connais des femmes laides qui n'avaient rien, et qui font enrager leurs maris; qui ne leur apportent dans leur ménage que des chagrins. Si elles avaient apporté une dot, la dot serait là; c'est une indemnité; car la fortune ne gale rien et répare bien des choses. Je t'engage donc à prendre la tienne en patience, à t'y résigner, ct à continuer Ion système de passion, si cela te convient, si cela t'arrange.

POLIGNI. Oui, certainement. Il faut que mes amis, il faut que tout le monde me croie heureux; il y va de mon h(»nneur. Mais ce qui m'inquiète, c'est ce .soir, dans ton salon, ce contrat de mariage. Quand devant tout le inonde on en lira les articles, quand on connaîtra mon peu de furlune et la dotd'Hermance, qu'est-ce qu'on va dire? et puis, je crains qu'elle n'y soit.

DORBEVAL. Quî doUC?

POLIGNI. Madame de Brienne! Grâce au ciel, elle a refusé d'assister à ce dîner; aussi, tu as vu comme j'y étais bien, comme j'étais à mon aise! Mais elle doit venir ce aoir, et sa vue seule... Devant elle, je ne pourrai jamais signer.

DORBEVAL. Quol enfantillage! Mais il faut avoir pitié de la faible.'^se. Cette signature était fixée pour onze heures au salon, eh bien! je vais trouver le notaire, et .suis en prévenir le reste de la compagnie, je l'emmené là, (Montrant la première porte à droiie.) dans mon cabinet, ainsi ijuc ta future et nos témoins ; nous y lirons, nous y signi;r<jns ce contrat qui t'effraie, et d'ici à une demi-heure , tout sera terminé entre nous, et en comité secret. Es-tu content?

POLIGNI. A la bonne heure.

DORBEVAL. Pour Ics autros signatures, qui ne sont que de luxe, les donnera après cpii voudra. Mais afin de procéder par ordre, voici d'abord des papiers qui désormais t'appartiennent; c'est la dot de ta femme, qu'en bon t;t fidèle tuteur je remets entre les mains de l'époux de son choix.

POLIGNI. Eli quoi! déjà?

DORBEVAL. Puis(|n'en signant tu vas reconnaître les aToir reçus, il faut (|ue je te les donne, et tu conviendras que c'est un beau moment que celui où l'on touche la dot ! c'est peutêtre même le plus... [S' interrompant.) Malheureusement tu n'en jouiras pas longtemps, car là-des.sus tu as des dettes à payer. Lajaunais, (pii ce soir est dos nôtres, compte sur son argent.

poiiGM. Oui, mon ami, je sais que de mes mains ce portefeuille va passer dans les siennes.

iioRiiKVAL. Pas tout à fait; prends bien garde ; lu ne lui donneras que d ux cent mille francs.

I'01,I(;m. El pourquoi?

ixiRitKVAL. PaiTO (pie les cent mille éciis qu'il me doit, c'est à moi que tu les remettras; c'est eonvonu.

POLIGNI, riant. Ah ' c'est à toi ! Mais alors lu pouvais les garder.

DOUBEVAL. Non, luoii elier, ikuvo qu'en atVaires la règle, l'exactitude... Maisquand j'y pense, ce Lajaunaisque malgré lui je force à être honnête et à payer ses dettes!.. [Riant.) C'est très-gai.

POLIGNI. Oui, sans doute!

DOUBEVAL, riant. Tu n'en ris pas assez.

POLIGNI. Si vraiment, c'esttrès-d rôle. [Ilsrienitous les dciuv.)

LE MARIAGE D'ARGENT

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