SCÈNE IV; COELIE, DESROSOIRS LÉOPOLD
cœLiE. Ce n'est rien !.. c'est M. Desrosoirs, ce vieux garçnn si riche... l'ami de la maison.
DESROSOIRS, à la cantonade. Ne réveillez personne... je ni' suis pas pressé... je déjeunerai, s'il le faut, cela me donner.i plus de temps. [Saluant.) Mademoiselle Cœlie... Monsieur de Mniideville... un charmant jeune homme que tout le mimde chérit, surtout depuis .son retour d'Angleterre.
LÉOPOLD. Vous êtes trop bon... Monsieur vient ici comme moi pour affaires?
DESROSOIRS. Du lout ; ce clier Dulistel est depuis vingt ans mon ami intime. Je l'ai connu quand il était officier et moi jiayeur général. Mais je n'ai jamais fait d'affaires avec lui. { Je ne lui ai jamais rien confié, rien pi'èté... ce qui est pro- ^ bablement cause de l'inaUérahle amitié cpii nous unit !
LÉOPOLD. Y pensez-vuus? i
DKSKOsoiRS. Oui, jeune homme... règle géiiiTale : voulezvous être bien avec tout le monde, ne prêtez jamais à personne; car ce (jui peut vous arriver de plus heureux... c'est
qu'on vous rende. Par exemple, et rien ne vmis en empêche, donnez si vous voulez... c'est différent.
COELIE. Ce qui vous arrive souvent, monsieur Desro.oirs.
DESROsoiRS. Mais oui, quan 1 je le peux!
LÉOPOLD, Et vous avez rai.son.
COELIE. Donner est plus agréable que recevoir.
DEsiiosoiRS. Ccrtainemenl. D'abord on s'en souvient plus longtemps.
COELIE. Quelle horreur!
DESROSOIRS. C'est possible... mais c'est ainsi. Celui qui rend un service ne l'oublie jamais, tandis rpie celui (\u\ le reçoit... [Geste de Cœlie.) Ah! vous allez encore, comme l'auli-e jour, m'appeler cœur froid et égoïste, parce que je vois le monde tel qu'il est... Aussi je me tais, pour ne pas détruii-e vos illusions de seize ans. Madame Dulistel, votre charmante .«œur, est-elle visible?
coti.ifi. Non, Monsieur, je ne crois pas.
DESROSOIRS. Elle désirait, ainsi que vous, aller cette semaine à l'Opéra, el je lui apportais une loge.
CŒLIE. En vérité, je n'en revii-iis pas! Monsieur Desrosoirs, vous êtes la providence des dames... Toujours aux pctils soins pour elles, toujours des bouquets, des bonbons, des loges d'Opéra !
DEsnosoiRS. Aujourd'hui j'ai eu de la peine. On s'arrachait les coupons... Heureusement je suis lié avec l'administralio:!. [Se retournant vers Cœlie.) Voici, ma belle diinoiselle, les derniers chefs-d'œuvre de Dant in, se» dernières épigrammes en plâtre, Il n'y a pins que lui m linlenanl (pii nous fasse rire ! J'y ai joint les nouvelles contredanses qui ont paru chez Troupenas, et votre abonnement à la lievue de Paris.
ccEi.iE. Que disais-je? vous êtes d'une cnmplaisauee...
DESROSOIRS. A mon Age on n'a que ce miiite-là, et je ferais courir tout Paris à mes chevaux pour ètn? agréable à vous d'abord et à votre sœur! vous lui direz cpie je l'atleiids ici, au salon, cl je ne doute pas...
LEOPOLD. Qu'elle ne s'empresse de venir...
DESROSOIRS. Mais oui; vous allez me trouver bien fat, cl cependant c'est la vérité.
CŒLIE. Je vais près d'Albcrlinc me charger de votre commission.
DESROSOIRS. Trop de bontés!
cŒLiE. C'est justice... vous vous chargez si souvent des noires! [Elle lui fait la révérence, et sort.)